Hommage à Michel Rocard

François Rebsamen

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Michel Rocard. La République perd un homme d’État qui s’est notamment illustré dans la lutte contre le colonialisme. Son respect des cultures et des civilisations lui a permis de trouver la voie de l’apaisement en Nouvelle-Calédonie et d’aboutir aux accords de Matignon. Européen convaincu, il a profondément marqué le paysage politique de la gauche et de notre pays. Défenseur d’un socialisme moderne, tourné vers le dialogue, il portait une vision réformiste de l’État. Initiateur de la CSG et du RMI, c’est avec conviction qu’il défendait l’égalité pour tous les travailleurs et l’insertion pour les plus démunis. Je garde de lui l’image d’un homme de cœur, qui a porté dans toute son action l’intime conviction que notre pays avance toujours plus vite quand il est porté par la cohésion sociale.

Les élus locaux socialistes et républicains retiendront particulièrement son action comme maire de Conflans-Ste-Honorine, une ville qu’il a profondément marquée de son empreinte. Pendant près de 20 ans à la tête de la municipalité, il est de cette jeune génération des élus socialistes qui ont le mieux illustré une forme de renouvellement, de rajeunissement et de confiance dans la démocratie locale. À partir de 1981, comme ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, il aura à cœur de déployer sa vision d’une France qui apprend la décentralisation dans la foulée des lois Defferre et il sera le “père” des contrats de plan Etat-régions.

En cette période de doute sur l’Europe, qui traverse beaucoup des pays du Vieux Continent, comment ne pas évoquer l’engagement qui fut le sien en faveur de l’Union ? Après avoir été Premier ministre, il deviendra un parlementaire européen particulièrement actif et impliqué. Son éclectisme, sa curiosité intellectuelle, sa virtuosité, il les mettra aussi au service des affaires du monde, se passionnant pour le changement climatique comme pour le Proche-Orient, consacrant au cours de sa vie une quarantaine de livres à des sujets qui témoignent de sa capacité à embrasser des problématiques d’une diversité impressionnante.

Au nom de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains, je veux ici saluer la mémoire d’un des hommes qui aura marqué l’histoire du socialisme français et qui nous laisse de surcroît dans beaucoup de domaines des pistes de réflexion et d’action à prolonger et à transmettre.

François Rebsamen, 
président de la FNESR

266 – éditorial