Sénat : un débat pour enrayer le cycle vicieux de la pauvreté

Le mardi 20 mai avait lieu au Sénat un débat autour du rapport d’information : « Comment enrayer le cycle de la pauvreté́ ? Osons la fraternité ! » écrit par M. Yannick Vaugrenard sénateur de la Loire-Atlantique (PS) au nom de la Délégation sénatoriale à la prospective. Au cours de leurs interventions les sénateurs ont pu dialoguer à propos des actions à mettre en place pour contrer efficacement l’avancée de la pauvreté. Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, était également présente afin de répondre aux interrogations des parlementaires et de présenter les politiques mises en place par le gouvernement.

C’est logiquement le rapporteur et auteur du rapport M. Vaugrenard qui a ouvert la séance en citant Simone de Beauvoir : « Ce qu’il y a de plus scandaleux dans le scandale c’est qu’on s ‘y habitue. » Selon lui, la France connaît aujourd’hui un « raz de marée de la misère d’autant plus dramatique qu’il est silencieux. » C’est ainsi que 9 millions de personnes et 4 millions de ménages se noient dans la pauvreté, à cause d’un système social qui n’est plus capable de les protéger de l’exclusion. Face à ces chiffres terribles, Yannick Vaugrenard a souligné la nécessité d’une réflexion globale sur les inégalités. C’est là le but du rapport, qui s’articule autour de trois grands objectifs :

  • Prendre conscience : il faut se rendre compte que la pauvreté est un problème central en France, un fléau que l’on ne pourra traiter qu’en plaçant la question des inégalités au cœur du débat politique. Cela passe également par l’amélioration de nos connaissances encore disparates et donc par le perfectionnement des statistiques sur la pauvreté, qui devraient être aussi précises et fréquentes que celles sur le chômage.
  • Instaurer la confiance par l’arrêt total de la stigmatisation que subissent les plus fragiles et donc un effort de pédagogie. Si l’image négative qui touche les pauvres change, ça sera toute l’action envers eux qui deviendra plus intelligente. On pourra enfin les associer aux politiques sociales les concernant, ce qui n’est pas le cas pour le moment. En outre, la restauration de la confiance passe par un service public plus efficace et des mesures de protection novatrices. Le sénateur Vaugrenard a ainsi proposé la création d’un numéro 115 prioritaire spécialement destiné aux familles dans la rue, afin qu’aucun enfant ne dorme plus dehors. Il a également expliqué son envie de voir s’automatiser les versements des prestations sociales, afin que le chiffre de 40 milliards d’euros correspondant aux non-recours ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Agir spécialement envers les plus jeunes par l’attribution des allocations familiales dès le premier enfant est selon lui une nécessité, tout comme la création d’un référent unique, qui permettra un accompagnement personnalisé et non plus une pluralité des acteurs qui nuit à leur efficacité.
  • Oser la fraternité, c’est le dernier objectif et il est primordial. Le but est que toutes les parties prenantes de l’action sociale, de l’Etat aux associations en passant par les collectivités focalisent leurs actions sur les résultats dans la lutte contre la pauvreté. Ils doivent donc réfléchir à une meilleure répartition des compétences,  à une simplification des procédures et de leur langage parfois trop complexes et enfin peut être même à une évaluation de leurs actions.

Yannick Vaugrenard a conclu sa riche prise de parole en déclarant que « les gens frappés par la misère sont contraints de regarder passer la vie sans pouvoir y participer. » Loin de baisser les bras, il a demandé à ce que la lutte contre la pauvreté soit élevée au rang de mission régalienne de l’Etat.

Plusieurs sénateurs de la majorité sont ensuite venus apporter leur pierre au débat. Beaucoup se sont accordés sur le fait qu’il fallait sortir d’un système propre à stigmatiser les personnes en difficultés financières. Ainsi selon Martial Bourquin (Doubs) « les citoyens victimes de la pauvreté sont trop souvent stigmatisés: il faut y remédier, c’est une double peine. » Beaucoup d’élus ont également souligné le besoin d’agir envers les jeunes et les femmes, premières victimes de la pauvreté. « La pauvreté a un sexe : les femmes sont plus pauvres, en cause: l’accès à l’emploi, les salaires inférieurs, etc. » a souligné Michelle Meunier (Loire-Atlantique). Tous se sont enfin accordés sur le fait que le changement nécessitait forcément une volonté politique forte. Marie-Noëlle Lienemann (Paris) a donc appelé à une « une stratégie de redistribution massive des richesses pour atteindre l’objectif de fraternité ».

Ségolène Neuville a ensuite pris la parole pour expliquer la position du gouvernement.  Ce dernier a d’abord mis en place, l’année dernière, un plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale dont les priorités s’accordent en partie avec celles soulignées par les sénateurs. Il comporte par exemple plusieurs mesures ciblées envers les enfants, qui permettent de lutter contre ce que Ségolène Neuville nomme « la pauvreté héréditaire ». La secrétaire d’Etat a en outre rappelé que le gouvernement avait conservé les minimas sociaux destinés aux personnes âgées dans un souci de justice sociale. Elle a néanmoins reconnu que la route était encore longue avant d’arriver à une situation ne serait-ce qu’acceptable. Les priorités sont ainsi de faire évoluer les mentalités, d’abord, mais également de simplifier le système de solidarité en utilisant peut être la bonne idée du référent unique.

Ce débat constructif a donc  pour un moment permis de redonner une place centrale à une calamité, qu’on a trop souvent qualifiée d’épidémie incurable, pour justifier la relative inaction des pouvoirs publics. Les sénateurs comme le gouvernement semblent motivés pour changer la donne et s’entendent sur un constat : si l’éradication de la pauvreté ne sera pas pour demain, les mesures concrètes doivent être pour aujourd’hui.

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