Retour sur les scrutins du printemps

Une enquête de l’institut Harris Interactive vient apporter son lot de réponses après la récente séquence électorale du printemps. C’est une occasion d’analyser quelques phénomènes essentiels à la situation électorale du pays marquée aux municipales par un effondrement de la gauche et aux élections européennes par une sensible percée du Front national.

Selon l’Institut, les jeunes se caractérisent par un comportement électoral alliant abstention massive, forte mobilisation de l’électorat FN mais également une paradoxale propension plus forte que le reste de la population à voter à gauche. Toutefois, c’est parmi les jeunes hommes ouvriers que le FN semble trouver des électeurs particulièrement convaincus. Cette enquête vient corroborer les travaux faisant de la mutation de notre appareil productif une des clés du basculement à l’extrême droite de nombre d’ouvriers. Les ouvriers des grandes unités de production votent davantage à gauche que la moyenne des Français et nettement moins pour le FN que leurs collègues des petites unités de production, phénomène observé depuis 30 ans selon des modalités diverses dans toute l’Europe. Quant au mariage pour tous, il n’explique nullement le vote FN. En revanche, s’identifier à la “classe modeste” est largement corrélé au vote FN quand s’identifier à la “classe aisée” l’est au vote pour les partis de gouvernement. Les déterminants sociaux, sécuritaires et xénophobes du vote FN sont très forts.

L’électorat de 2012 de François Hollande s’est à la fois massivement abstenu et dispersé en 2009. Le maintien de la gauche radicale organisée au sein du Front de Gauche à des scores modestes s’explique certes par une faible mobilisation de son électorat, pessimiste, et qui ne semble pas trouver dans le bulletin de vote une voie pour se faire entendre, mais traduit une situation plus générale en Europe.

“L’opposition de gauche” semble ne pas trouver prise électoralement parlant. Cela démontre le chemin difficile qui est celui de la gauche radicale face à la social-démocratie, non seulement en France mais dans l’ensemble de l’Europe.

Reste que selon d’autres études, dont celles de Joël Gombin, dans environ 5 500 communes il s’est trouvé davantage d’électeurs qu’à la présidentielle pour voter FN et ce malgré une augmentation de l’abstention, ce qui traduit une progression qui va au-delà de la seule bonne mobilisation de son électorat.

Gaël Brustier

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Cette brève est extraite de la lettre des élus socialistes et républicains n°175-176 du 3 août 2014