« Reconquérir nos territoires », par Mathieu Klein

Mathieu KleinJamais depuis le début de la décentralisation en 1982, le contexte n’aura été aussi délicat pour les nouvelles assemblées départementales élues le 29 mars dernier. Nous avons tous ressenti et éprouvé durant la campagne la distance de plus en plus forte entre le citoyen et la politique, et plus largement le citoyen et la chose publique. Un électeur inscrit sur deux ne s’est pas déplacé pour ces élections.

Pourtant nos concitoyens ne s’en désintéressent pas. Ils jugent simplement que nous ne répondons plus suffisamment à leurs attentes Plus de 5 % des électeurs qui se sont déplacés le 29 mars ont voté blanc. Ils étaient plus de 1 million. Nous devons les entendre autant que ceux qui se sont exprimés car leur acte volontaire a un sens. Ils doivent être entendus, rencontrés, comme les électeurs du FN.

Sans perdre un seul instant, il nous faut raccommoder une République fragile et prendre notre part à ce grand chantier de la rénovation citoyenne armé de nos valeurs et de nos convictions de gauche.

Les six années qui viennent doivent être en Meurthe-et-Moselle comme dans toute la France celles de la reconquête républicaine des territoires, des femmes et des hommes qui y vivent. Ils attendent des actes pour l’emploi, le pouvoir d’achat, le soutien à l’activité économique, le logement, les services en milieu rural, la santé, l’égalité réelle dans les quartiers populaires, l’éducation.

J’ai une conviction : celle que nous ne pouvons plus aborder notre mandat comme avant. C’est notre manière de faire de la politique qui est profondément interrogée. C’est le contenu même des réponses que nous apportons à nos concitoyens qui l’est tout autant.

Nous devons inventer ensemble, chacun à sa manière mais solidairement, et en fonction de nos sensibilités et de nos personnalités, une autre manière d’être élus de la République. Faisons confiance aux citoyens eux-mêmes et à leurs représentants divers pour élaborer avec nous les meilleures solutions.

Être élus aujourd’hui, c’est s’opposer à la fragmentation de la société, c’est avoir l’audace que la France du 11 janvier parle à celle qui n’a pas voté dimanche dernier et le précédent, ou qui a voté en colère ; c’est ne jamais disjoindre projet de territoire et projet de société.

« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », nous enseignait Jaurès. C’est aussi nourrir son action et sa pensée de l’écoute attentive et bienveillante, c’est porter de la considération aux gens pour qu’en écho ceux-ci nous en portent, c’est prendre en compte les idées sans ostracisme et sectarisme « en ne regardant pas qui le dit mais ce qui est dit ».

Mathieu Klein, président du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle

Cet éditorial est extrait de la lettre de Communes de France n°207 du 7 avril 2015

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