Pierre Bourguignon

Elu - Pierre BourguignonDéputé de la Seine-Maritime de 1981 à 1993 et de 1997 à 2012, maire de Sotteville lès Rouen depuis 1989, Pierre Bourguignon est un des grands spécialistes français des questions liées à la ville, auxquelles il a d’ailleurs consacré un essai, Les Socialistes et la ville (l’Encyclopédie du socialisme, 2005). De 1993 à 2008, il a présidé l’Association des maires ville et banlieue de France dont il est resté membre du bureau, et il copréside depuis 2007 le Forum pour la gestion des villes. Il est aussi membre du Conseil national des villes.

Nous l’avions rencontré fin 2012, dans le cadre de la préparation de notre trimestriel n° 7 consacré à la culture. De ce long entretien, nous avions alors retenu ce qui avait spécifiquement trait à cette question. Mais rien n’est simple avec Pierre Bourguignon, car tout est lié pour lui, et ce qui lui importe davantage, c’est la ville, ou plutôt Sotteville. Reprenons en effet le début de cet entretien : « Je me vois l’animateur d’un travail pour mes concitoyens et avec eux, qui est de faire que, là où j’ai une responsabilité, qui m’a été confiée par le suffrage universel, je fais de la ville en permanence, même avec de la culture ». Le cadre est donc posé.

L’élu a des phrases à l’emporte-pièce, sans doute, mais qui cadrent bien le sens de son action, et permettent de mesurer dans quoi il s’inscrit. Ainsi, quand on lui demande s’il agit, s’il réalise « pour le vivre ensemble », sa réponse claque : « Voilà des mots que je n’utilise jamais. Ils me font bondir. Par contre, être ensemble… là, oui ! ».

Révolution permanente

Être ensemble, donc, mais en n’oubliant jamais la finalité, et Pierre Bourguignon, au fil de l’entretien, utilise même un mot qui n’a plus guère cours aujourd’hui dans le Landerneau politique, celui de…”révolution”. Jugeons-en : « Dans toutes les réunions que j’anime, je dis que nous sommes dans une politique authentiquement sociale et démocratique, nous sommes des sociaux-démocrates. La révolution, nous la faisons en permanence. Nous croyons au progrès, et nous agissons pour que chacun ait plus de degré de liberté ». Toute l’action municipale sottevillaise en découle : « Cela commence avec les petits. À l’école maternelle, à l’école primaire, entre midi et deux heures, il y a les ateliers du midi, avec des ateliers municipaux. Les enfants y vont s’ils le souhaitent pour découvrir le travail du bois, les danses orientales, des jeux avec des mots, etc. Il n’y a rien d’obligatoire. (…) Par ailleurs, nous avons aussi créé avec la Caisse d’allocations familiales ce qu’on a appelé le Contrat partenaires jeunes : le financement toute l’année du loisir jeune ».

Quel que soit le secteur d’activités, Pierre Bourguignon et son équipe agissent en s’inscrivant dans la durée : « Il ne suffit pas, déclare-t-il, de dire qu’on a lancé quelque chose… Ce qui m’importe, c’est la durée. Seule la durée fait qu’on se comprend sans grands discours, sans paroles de “com’”, sur le fond avec nos concitoyens. Ce n’est pas très tendance actuellement… mais justement c’est notre travail, ce que nous devons faire ». Il ne cache pas que ce travail est « long et opiniâtre ».

Quand on lui demande enfin s’il se promène dans d’autres villes, pour voir leurs réalisations, sa réponse n’étonne pas : « Il y a plein de choses bien qui se font dans des tas d’endroit, et j’en suis ravi. Mais mon problème n’est pas de comparer avec ce que font les autres. Mon problème, c’est Sotteville : que la ville se développe, et pas uniquement matériellement, se refasse en permanence et que les nouvelles générations aient envie d’y rester ».

Denis Lefebvre