Nicole Belloubet

Elue - Nicole BelloubetIl y a des coups de téléphone qui bouleversent une vie. Celui que Nicole Belloubet a reçu mardi 12 février est de ceux-là. Au bout du fil, le président du Sénat, Jean- Pierre Bel lance : « Le Conseil constitutionnel, ça te dirait ? ». « Bien sûr », répond-elle, d’abord persuadée que son interlocuteur la teste. « C’est au cours de la conversation que j’ai compris que c’était une proposition… un peu ferme ! ». Quatre heures plus tard, l’AFP confirmait sa nomination. Et Nicole Belloubet basculait dans une nouvelle vie.

 

Une habitude pour elle. Car cette femme engagée a déjà connu plusieurs vies. C’est d’abord l’Université qui l’attire. En 1990, elle décroche son doctorat en droit à la Sorbonne et, deux ans plus tard, l’agrégation de droit public. Elle enseigne. Hier à Évry- Val d’Essonne, aujourd’hui à Sciences Po Toulouse. Boulimique de travail, elle collabore à plusieurs revues savantes : Pouvoirs, la Revue française d’administration publique,…

À 42 ans, Jack Lang en fait la plus jeune rectrice de France, à Limoges. Elle s’engage avec passion dans cette 2e vie au sein de l’Éducation nationale. Le ministre lui confie en 2000 l’Académie de Toulouse, puis deux rapports : “les violences sexuelles à l’école” (2001) et “30 mesures pour l’avenir du lycée” (2002). « C’est un rapport qui a fait date », se souvient Christian Forestier, ancien directeur du Cabinet du ministre. Vincent Peillon, l’an dernier, lui a confié à son tour la responsabilité du thème “la réussite scolaire pour tous” dans la concertation sur la refondation de l’école.

Le droit vivant

Sa troisième vie, Nicole Belloubet l’inaugure ce jour de mars 2005 où elle démissionne du Rectorat de Toulouse. Face au gouvernement Fillon, elle pose son refus d’organiser la rentrée avec 200 postes d’enseignants en moins. Commence alors son parcours d’élue locale. À vrai dire, il s’agit d’une rechute. Nicole Belloubet avait déjà été tête de liste malheureuse pour la gauche aux municipales de 1989 à St-Rémy-lès-Chevreuse. Six ans d’apprentissage, la vie d’élue d’opposition. Cette fois-ci, à Toulouse, elle s’impose très vite comme une pièce maîtresse dans la conquête du Capitole. Trois ans plus tard, c’est en 1re adjointe de Pierre Cohen qu’elle y entre. Et en 2010, elle rejoint Martin Malvy, en campagne pour sa réélection à la tête du Conseil régional Midi-Pyrénées, comme 1re vice-présidente, en charge de l’éducation de l’enseignement supérieur et de la recherche.

C’est donc de la Région Midi-Pyrénées que sa quatrième vie l’arrache aujourd’hui. « J’étais sur une autre trajectoire en tant qu’élue », reconnaît-elle sans cacher une paradoxale tristesse, « mais cela ne se refuse pas ». “Cela” se refuse d’autant moins que, pour la première fois, un renouvellement du Conseil constitutionnel voit entrer trois femmes rue Montpensier. « La République tient sa promesse d’égalité. C’est le plafond de verre qui cède par le haut », se réjouit Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes.

« J’ai toujours pensé que la présence des femmes apporte un équilibre nécessaire dans une institution », commente Nicole Belloubet avec sa retenue habituelle. « À l’origine de cette nomination, il y a des qualités et un moment. Il était nécessaire qu’il y ait des femmes, donc c’est la conjonction d’un moment et de qualités ». L’Élysée ne dit pas autre chose : « Ces trois femmes incarnent une volonté de faire rentrer au Conseil des juristes ayant une connaissance pratique du droit. Aucune n’est dans le droit purement théorique. Toutes sont dans le droit vivant, un droit ancré dans la société ».

Un éloge taillé sur mesure pour Nicole Belloubet. Ceux qui la côtoient au quotidien – universitaires, élus et techniciens – parlent de finesse d’analyse, de capacité d’écoute et vantent son humour pince-sans-rire. Celui qui lui a fait refuser les adieux que lui faisaient les vice-présidents de la Région Midi-Pyrénées la semaine dernière, d’après l’un d’eux, en leur lançant : « Dans 9 ans, j’aurai seulement 66 ans et je serai de retour ! ». Déjà la vie d’après ?

Thierry Pourreyron