« Municipales: tirer les bonnes leçons», par Christophe Borgel

Christophe BorgelLes élections municipales de mars 2014 resteront dans la mémoire de la gauche. Jamais défaite ne fut aussi lourde. Il faut avoir l’humilité de la reconnaître, la volonté de la comprendre et la combativité pour reconstruire. Nos électeurs nous ont boudés. Un chiffre pour s’en convaincre: l’ensemble de la gauche perd plus d’un million de voix au 1er tour de cette élection sur l’ensemble des communes de plus de 3 500 habitants. La gauche a été victime d’une “abstention-sanction” avec un différentiel de participation entre la gauche et la droite estimé à plus de 10 points par plusieurs enquêtes. Cette abstention est d’abord liée à une situation nationale. Nos électeurs nous ont demandé plus de justice, plus de crédibilité, plus d’efficacité.

L’intervention du président de la République lundi soir dernier, les premières déclarations du nouveau Premier ministre, montrent que le message a été entendu à l’ouverture de cette nouvelle étape du quinquennat. Cette désaffection est aussi de surcroît, dans certaines villes, aggravée par une absence de renouvellement, il nous faudra en tenir compte pour les prochaines échéances électorales.

La droite s’est solidement mobilisée, elle conquiert de nombreuses communes mais elle ne progresse pas en voix par rapport à 2008 (7 618 204 au 1er tour en 2014 contre 7 743 874 en 2008). Le FN, avec près de 600 listes, dépasse son implantation de 1995 qui était pour ce parti son meilleur cru. Il solidifie son implantation, progresse en sièges (1 544) mais peu en voix. Ce qui frappe surtout, c’est la porosité entre son électorat et celui de la droite. Porosité au second tour avec un très bon report du FN sur la droite lorsqu’il ne pouvait pas se maintenir et la plupart du temps une baisse au profit de la droite dans les triangulaires où le FN n’était pas en situation de l’emporter. Porosité dès le 1er tour, car la droite a bénéficié de l’apport des électeurs du FN quand celui-ci était absent. Dans cette élection municipale, la droite et l’extrême droite avaient en commun le rejet du pouvoir en place, la détestation de la gauche.

Maintenant, il nous faut reconstruire dans de nombreux territoires comme ont sur le faire les générations qui ont conduit la gauche aux victoires de 1977, 1989 ou 2008. Au lendemain d’une défaite, on a toujours l’impression que la montagne à gravir est trop haute. La gauche a gagné ces dernières années dans des territoires qui paraissaient imprenables, nul doute que de nouvelles générations sauront le faire de nouveau. Il faut juste tirer les bonnes leçons de ce scrutin de mars 2014.

Christophe Borgel, secrétaire national du PS aux élections, député de la Haute-Garonne

Cet éditorial est extrait de la lettre des élus socialistes et républicains n°160, du 7 avril 2014