« Les communes, socle de la citoyenneté », par André Laignel

LaignelCe Congrès des Maires de France est important parce qu’il est le premier du mandat et que de nombreux nouveaux maires y participent ; important parce que beaucoup d’entre nous s’interrogent sur l’avenir des communes, alors que leur rôle est toujours plus essentiel dans la mise en oeuvre des politiques de proximité et que le maire est de plus en plus souvent le pre­mier recours et le dernier espoir de nos concitoyens dans la difficulté.

La réforme territoriale et l’avenir de nos fi­nances sont, bien sûr, au coeur des préoccu­pations du Congrès.

L’actuel projet de réforme territoriale porte de graves dangers pour les communes, le prin­cipal étant celui de leur « évaporation ». Cela se traduit par une série de mesures visant à substituer l’intercommunalité à l’échelon communal : transfert obligatoire de compé­tences ; suppression de la libre définition de l’intérêt communautaire par les communes ; risque d’extension à 20 000 habitants du seuil minimum et élection au suffrage direct des intercommunalités, ce qui mettrait évi­demment en danger l’existence même des communes.

La coopération intercommunale est une nécessité, mais elle doit rester un outil au service des communes et non l’instrument de leur extinction. Dans ces temps où les ci­toyens doutent, où le recul démocratique est plus qu’inquiétant, la commune et son maire doivent plus que jamais rester l’échelon de proximité, de solidarité et de citoyenneté.

L’autre inquiétude, c’est le risque d’étouffe­ment financier, de paralysie de l’action. En­gagé il y plusieurs années par la suppression brutale de la taxe professionnelle, le gel des dotations puis leur baisse, la capacité d’ac­tion des communes est compromise. Nous avons conscience que l’état finan­cier de la France, largement hérité des gestions précé­dentes, nécessite des efforts. Encore faut-il que les écono­mies soient supportables, négociées et non imposées.

11 milliards de baisse de dotations sur les trois ans à venir, alors que les charges obli­gatoires ne cessent d’augmenter, ne met­tront pas seulement à mal nos collectivités, mais aussi le Pays.

Comment répondre aux appels en faveur de la refondation de l’école, du logement, de la petite enfance, de la transition énergétique… – toutes politiques que nous approuvons -, alors que les moyens nous sont soustraits ? Comment ne pas mettre en panne les inves­tissements, alors qu’ils sont la plus immé­diate variable d’ajustement ? Chacun de nous attend du Premier ministre qu’il réaffirme la place de la commune et son soutien à l’in­vestissement public, piliers de la République décentralisée et puissants leviers de progrès et de relance du Pays.

Avec audace et imagination, donnons aux communes la liberté d’agir, elles sauront l’utiliser avec discernement et efficacité au service des citoyens.

André Laignel, maire d’Issoudun, premier vice-président délégué de l’AMF

Cet éditorial est extrait de la lettre des élus socialistes et républicains n°187 du 18 novembre 2014

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