L’élu de la semaine: Bernard Delanoë

DelanoeLe premier “grand maire” de la mondialisation

La gauche se souviendra longtemps de l’image de Bertrand Delanoë et de son équipe, place de l’Hôtel de Ville, en cette soirée de mars 2001, une soirée marquant la fin d’une ère… Cette victoire, que le peuple de gauche parisien avait attendue depuis des décennies, Bertrand Delanoë, en bon communicant et fin politique, l’avait placée sous le signe du “changement d’ère”. Implanté dans le XVIIIe arrondissement, c’est avant tout un mitterrandien convaincu qui contribue, en 1983, à arracher la fédération de Paris au Ceres.

 

Élu pour la première fois en 1977, année où Georges Sarre s’inclina de peu devant Jacques Chirac, Bertrand Delanoë s’imposa, au cours des années 1990 comme le principal opposant à la municipalité RPR de l’époque, municipalité rongée par les scandales, les dissensions et les dissidences. Artisan des premières victoires de 1995 (qui vit la gauche arracher six arrondissements à la droite) et de nouveau candidat en 2001, Bertrand Delanoë sut se saisir de l’évolution de long terme de la capitale pour se donner une chance historique de victoire.

Politique de rupture

 Il y a bien eu un “moment Delanoë”. À l’instar de Ken Livingstone à Londres, de Francesco Rutelli ou Walter Veltroni à Rome ou de Klaus Wovereit à Berlin, Bertrand Delanoë incarne la nouvelle social-démocratie des grandes métropoles occidentales connectées à la mondialisation. Des grandes réalisations de l’ère Delanoë, on retiendra une nouvelle conception des transports. L’évolution de la sociologie parisienne et le nouvel ethos qui a progressivement vu le jour dans les “idéopoles” a contribué à modifier le rapport que les citoyens entretiennent avec les transports ou l’espace public. À l’évidence, la politique de l’ère Delanoë est en rupture complète avec des décennies de “tout voiture”. On se souvient de la petite révolution que fut la modification du boulevard Magenta. Couloirs de bus, vélos en libre-service, autolib, espaces piétonnisés et construction du tramway des Maréchaux, la politique de l’ère Delanoë fut bien une mutation d’ampleur du rapport entretenu avec les déplacements.

Cette politique volontariste n’est pas allée sans rencontrer quelques résistances mais a incontestablement fait muter la capitale en même temps qu’elle a fait prendre conscience de l’importance de la question de la mobilité dans l’émergence des nouveaux clivages politiques et sociaux. Des parcs et jardins devenus de véritables lieux de vie, une politique de construction de places de crèches, de logements sociaux ambitieuse, un souci écologique accru, une volonté de se saisir des nouvelles technologies, de nombreux aspects caractérisent l’ère Delanoë, qui a conjugué dimension environnementale, souci de compétitivité et tentatives de réponses au creusement des inégalités.

Les enjeux auxquels la municipalité parisienne a dû faire face ont été immenses. La “gentrification” a premier chef a puissamment travaillé la capitale. Comme toutes les métropoles de la mondialisation, Paris a été confrontée au renchérissement du foncier, à la mutation des anciens quartiers populaires. La nouvelle économie des grandes métropoles a induit une mutation de leur sociologie. Au fil des décennies et particulièrement au cours des années 1980 et 1990, ouvriers et employés ont vu leur part dans la population parisienne régresser. Des quartiers entiers ont muté. Trop souvent le qualificatif “bobo” a masqué une évolution structurelle des grandes métropoles dans la mondialisation et une adaptation et une inventivité nouvelle de la social-démocratie en Europe. Bertrand Delanoë a été à la tête d’un des laboratoires de la redéfinition de l’action publique dans la mondialisation. 2001-2014. C’est cela, le “moment Delanoë” !

Gaël Brustier

Ce portrait est extrait de la newsletter n°158 du 24 mars 2014