L’élu de la semaine: Alain Tourret

Alain TourretVertu radicale

Député PRG du Calvados, Alain Tourret ne craint pas d’être à contre courant. Sur la réduction du temps de travail, l’héritage tel qu’il est conçu en France ou la réforme territoriale. Il vient de publier une Lettre ouverte au Premier ministre

C’est en moins d’une semaine que la Lettre ouverte du député du Calvados a été rédigée, éditée et adressée à son destinataire, Manuel Valls. Alain Tourret voulait ainsi manifester son soutien au nouveau locataire de Matignon alors qu’il voyait certains de ses collègues socialistes exprimer leur distance avec le nouveau chef de la majorité. Il y vante les qualités des radicaux dont il prête au Premier ministre une certaine faveur à leur égard. Dans ce petit livre d’une grosse centaine de pages, l’élu normand évoque quelques chantiers dont il dit le groupe RDDP de l’Assemblée nationale prêt à les soutenir. Et il invite avec une certaine vigueur le locataire de Matignon à ne pas trop s’embarrasser avec certains dogmes. Ainsi, Alain Tourret veut-il redonner toute sa place à la valeur travail dont il assure qu’elle est de gauche et dont il désespère que celle-ci l’ait laissée à la droite. « La droite, c’est la rente, la gauche, c’est le travail, et on a fait exploser ça en se focalisant sur la pénibilité, en assurant que la solution, c’était de travailler toujours moins. C’est aussi de cette manière que la gauche s’est coupée de la classe ouvrière », assure celui qui fut longtemps élu au Conseil régional de Basse Normandie et qui est un ardent promoteur des start-up et de l’entreprise individuelle. Issu de la méritocratie républicaine, devenu avocat alors que son milieu familial ne l’y destinait pas, il est aussi partisan d’un débat sans tabou sur la question de l’héritage. D’abord, assure-t-il, on ne peut plus le concevoir de la même manière lorsque les gens ont une espérance de vie de 90 ans alors qu’ils vivaient 20 ou 30 ans de moins au milieu du XXe siècle. Et de surcroît, les structures de la cellule familiale ne sont plus les mêmes qu’auparavant. « La gauche doit pouvoir regarder cette question en  face », plaide le député, révolté de voir certains de ses collègues – comme tel héritier d’une dynastie industrielle – s’étant juste donné la peine de naître milliardaire. Et pour assurer aussi la lutte contre les inégalités socioculturelles, il faut selon lui porter un effort soutenu en direction des universités qu’il distingue nettement des grandes écoles, lieux de reproduction des élites.

Supprimer 30 000 communes

Quant à la réforme territoriale, c’est peu dire que le maire de Moult – depuis 1981 – la réclame. Supprimer les pays et les syndicats intercommunaux lui semble une évidence, oublier les départements ne le chagrine en rien et il préconise même de faire disparaître 30 000 communes : «Soit elles se regroupent, soit elles s’agrègent à une plus grande». Voilà la recette très vigoureuse que promeut l’élu du Calvados, partisan depuis longtemps de la fusion des deux Normandie. À la question du rôle de l’élu de proximité, il réplique : « La proximité ? C’est ce qui nous a amené le Front national ! ». Toutefois, il appelle les responsables publics à prendre en compte les inégalités croissantes entre habitants des villes et des campagnes. « Les nouveaux pauvres, ce sont ceux qui habitent loin de leur lieu de travail et qui n’ont que la voiture pour s’y rendre », analyse-t-il.  La progression du FN, il l’explique aussi dans la multiplication des affaires : « Il n’y a plus de référence morale, la République irréprochable a failli et c’est l’image de la République qui est abîmée ». C’est l’une des raisons pour lesquelles il voue une admiration certaine à Maximilien Robespierre – il a lancé à l’Assemblée nationale le Club des amis de l’Incorruptible qui réunit élus de droite mais davantage de gauche – et prépare avec le concours d’universitaires français et étrangers un colloque international du 18 au 20 septembre prochain au Palais-Bourbon sur le thème, précisément, de “Vertu et politique”.

Philippe Foussier

Cette brève est extraite de la lettre des élus socialistes et républicains n°168, du 2 juin 2014

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