L’élu de la semaine : Hervé Utard

Entre opposition constructive et majorité active

Conseiller municipal et communautaire de Vitré (Ille-et-Vilaine), Hervé Utard est depuis 2015, conseiller régional de Bretagne

Hervé Utard fait parti de cette génération d’engagés en politique qui n’ont pas supporté de voir l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle de 2002. «C’était pour moi une évidence de m’engager. J’avais la volonté de comprendre comment nous avions pu en arriver là et la meilleure façon de le faire c’était de voir ça de l’intérieur. J’ai donc rejoint les rangs du MJS, où je me suis rapidement impliqué dans le mouvement», explique Hervé Utard. En 2008, il choisit de se présenter aux élections cantonales, «sur une terre plutôt acquise au centre-droit». Hervé Utard y voit une terre de conquête possible, malheureusement, cela se solde par une défaite. «J’ai beaucoup appris de cette première campagne. Les 6 mois de porte à porte m’ont permis de mieux connaître les habitants et d’améliorer ma perception de leur quotidien», ajoute-t-il.

Hervé Utard n’est pas issu d’une famille particulièrement politisée. Il qualifie ses parents de “sympathisants”. Son expérience et son ouverture sur le monde il se l’est notamment forgée lorsqu’il était étudiant en ingénierie et qu’il a pris part à «une aventure humaine», à travers une association humanitaire, travaillant à l’installation d’un réseau d’eau potable au Salvador. «Cette expérience très forte a marqué ma vie et n’est pas étrangère à mon envie d’être au service de mes concitoyens», précise Hervé Utard.

En 2010, il est présent sur la liste de gauche aux élections régionales mais en position non-éligible. Il retente sa chance aux élections cantonales qui ont lieu l’année suivante sur le canton voisin. «Ce canton inclut la ville de Vitré. Je suis qualifié pour le second tour mais la partie rurale du canton a majoritairement voté pour mon adversaire de droite», confie Hervé Utard qui décide alors de mettre à profit son expérience des campagnes électorales à la section socialiste de Vitré. En 2012, il est le directeur de campagne de la candidate socialiste.

Unité et combat

En 2014, il conduit la liste aux municipales à Vitré, avec l’espoir de faire enfin tomber ce bastion tenu par Pierre Méhaignerie depuis 1977. «Je me suis rapproché des membres ayant fait partie de l’opposition lors de la précédente mandature afin de former une alliance portée par la liste socialiste. Pierre Méhaignerie a une image indéboulonnable. Nous avons dû mettre en place une opposition constructive», précise Hervé Utard. Ce ne sera pas encore pour cette fois-ci.

Lors des dernières élections régionales, Hervé Utard entre au Conseil régional de Bretagne. «Cette fois-ci, je me retrouve dans la majorité et découvre une autre manière de faire de la politique et Jean-Yves Le Drian est écouté et respecté de tous», explique Hervé Utard. Il y est membre de la commission chargé du développement durable. «Dans ce domaine, les implications du Conseil régional sont nombreuses. Par exemple, nous travaillons sur l’alimentation du bétail et sur les accompagnements possibles pour les projets de méthanisation. Nous travaillons également sur la COP21 Bretagne, qui est la déclinaison locale de ce qui a été voté à Paris afin de limiter les impacts des gaz à effet de serre».

Faire face au populisme

Hervé Utard tient particulièrement à l’action européenne sur le territoire de la Région. «L’action de l’Union Européenne est importante pour l’animation des territoires. Nous devons nous battre pour briser la défiance vis-à-vis de l’Europe que certains tentent de normaliser». Dans le même temps, il fait également le constat de la montée du populisme sur son territoire. «Cette montée accompagne un changement de société. L’information n’est plus autant contrôlée et n’importe qui peut devenir une force de diffusion et ce, peu importe la véracité du message qu’il souhaite faire passer. Nous devons agir. Il n’y a pas assez de formation des citoyens. Il est de notre devoir d’élus de les former et particulièrement les jeunes, et pas uniquement en les incitant à aller voter», ajoute Hervé Utard, qui évoque «des murs tombés et une confiance vis-à-vis des élus de la République qui disparaît».

Pour Hervé Utard, la lutte contre l’extrême-droite doit prendre une autre tournure : «leurs élus sont mieux formés, plus professionnels et surtout très présents sur les territoires, où les habitants se sentent abandonnés, ils ne perçoivent pas de retour de l’État. Je constate une colère de la part des néoruraux, une forme de frustration de ne pas retrouver les services de l’État qu’ils ont connu en ville mais qu’ils ne trouvent plus en zone rurale».

Julien Bossu