L’élu de la semaine : François Mitterrand

f-mitt-portrait  2016, année François Mitterrand

2016 est l’année François Mitterrand, dont on commémore le centenaire de sa naissance le 26 octobre 1916, mais aussi les 20 ans de sa mort, le 8 janvier 1996, les 70 ans de sa première élection à l’Assemblée nationale, le 10 novembre 1946 et les 35 ans de son accession à la Présidence de La République, le 10 mai 1981

Les commémorations ont démarré à Jarnac le 8 janvier dernier pour marquer l’anniversaire des 20 ans de la disparition de François Mitterrand. Selon Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du PS : « Commémorer Mitterrand, c’est commémorer la victoire du peuple de gauche tout entier. Il le disait lui-même, le 10 mai 1981, c’est l’espoir qui l’a emporté. C’est ainsi, le mitterrandisme est une aventure collective même si François Mitterrand est unique ». Le centenaire de sa naissance a été commémoré à l’initiative de l’Institut François Mitterrand, présidé par Hubert Védrine, lors d’un colloque qui s’est déroulé le 26 octobre à l’auditorium du Louvre.

Un homme de culture

La matinée a démarré avec le lancement du site internet “François Mitterrand/Le verbe en image”, réalisé par l’Institut national de l’audiovisuel et l’Institut François Mitterrand (cf. p. suivante). La première table ronde de la journée était consacrée à “François Mitterrand et la culture”. « Les années 1981-1992 sont les 10 glorieuses de la culture, lance en ouverture Edgar Morin. L’épanouissement de ces 10 glorieuses est unique dans notre histoire qui va rester dans les siècles », poursuit celui qui a connu François Mitterrand à la Libération. « François Mitterrand est arrivé avec une vision de la culture », poursuit Jack Lang, qui précise que pour l’ancien président de la République, c’était une question d’état d’esprit, de raisonnement et de regard sur la vie. Beaucoup de témoignages tout au long de cette matinée pour confirmer le lien indéfectible qui unissait François Mitterrand et la culture : « Il vivait grâce à la culture » (Laure Adler) ; « On avait l’impression que tout était possible » (Françoise Nyssen, Actes Sud) ; « Mitterrand était un cinéphile » (Costa-Gavras) ; « Il continuait à grandir avec les livres, c’était un ami des artistes, il les aimait, les protégeait » (Ariane Mnouchkine) ; « Il y a un avant et un après François Mitterrand, souligne Pierre Bergé. C’était un président qui vivait de la culture. Il ne connaissait pas la musique, mais il a voulu l’Opéra Bastille ». Daniel Buren précise que « les arts plastiques ont connu une métamorphose avec l’arrivée de François Mitterrand, alors qu’avant dans ce domaine, la France était à la traîne par rapport à l’Allemagne et l’Italie ». Erick Orsena relève la détermination permanente de François Mitterrand : « Quand on parlait de culture, c’était un élan. La culture, ce n’est pas un dossier, ce n’est pas la Cour des comptes. La culture, c’est une fête ». Pour l’architecte de la BNF Dominique Perrault, François Mitterrand était extrêmement contemporain : « Son appel à la création a été entendu et il vit encore ». Conseiller auprès du Centre du patrimoine mondial à l’UNESCO et co-président du Partenariat Français pour la Ville et les Territoires (PFVT), l’ancien sénateur-maire de Chinon Yves Dauge souligne le souhait de François Mitterrand de travailler sur la mémoire et sa volonté d’ancrage territorial avec les grands travaux à Paris et en Province « François Mitterrand avait la volonté de faire de l’art au cœur des villes. Le tour de France culturel des 40 grands projets met en avant le savoir-faire Français ». « La première des inégalités, c’est l’inégalité territoriale. Il n’y a pas d’avenir pour la France s’il n’y a pas d’ambition, poursuit Jack Lang. Le rôle de l’État, c’est de donner la possibilité de faire faire, François Mitterrand a marqué son temps en donnant leur chance à de jeunes créateurs », conclut l’ancien ministre de la Culture.

Mitterrand et la France

L’après-midi a permis à plus d’une trentaine de proches d’évoquer la mémoire de l’ancien président de la République après la diffusion d’extraits vidéo issus du nouveau site. De Louis Mermaz à Hubert Védrine en passant par Pierre Joxe, Robert Badinter, Michel Charasse, Béatrice Marre, Jean Auroux, Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres, chacun a relaté son parcours politique et sa personnalité. Moment plus intime lors de l’évocation du Latche de François Mitterrand par son fils Gilbert ; « Latche, ce n’était pas un refuge, c’était plutôt un repli, une évasion. Les bruits et la fureur du monde y arrivaient de façon amortie », se rappelle Gilbert Mitterrand.

Venu conclure cette journée de commémoration, François Hollande a souligné que « François Mitterrand était la France. Il a porté la voix de la France dans le monde, un pays ouvert, respecté, écouté. C’était un patriote et un européen. C’est pour que la France soit grande qu’il voulait que l’Europe soit unie », a notamment rappelé l’actuel Président de la République.

Brigitte Bossu

 

L’élu de la semaine : François Mitterrand

Une longue marche vers le pouvoir

A l’occasion du centenaire de François Mitterrand, Communes de France a choisi de revenir sur le parcours de celui qui fut un homme d’exception

Président de la République de 1981 à 1995, François Mitterrand est le 5e d’une fratrie de 8 enfants. Né le 26 octobre 1916 en Charente, à Jarnac, il sera enterré en janvier 1996 au cimetière des Grands’Maisons à quelques encablures de sa maison natale. Propriété de l’Institut François-Mitterrand depuis 2011, elle est classée à l’inventaire des monuments historiques et a reçu le label “Maison des illustres”. Très attaché à sa maison natale où il a passé une grande partie de son enfance, François Mitterrand y séjournera régulièrement avec ses frères et sœurs. Il a toujours gardé la nostalgie des lieux de son enfance. « J’ai souvent regretté de ne pouvoir garder davantage de lien avec cette Charente, avec le Jarnac de mon enfance. Ma vie politique m’a conduit vers un territoire différent, auquel j’ai voué beaucoup d’attachement. Pourtant, je n’ai jamais vraiment quitté Jarnac. Je reviens dans la maison où je suis né, dans la maison où mes grands-parents, mes parents ont vécu et dans laquelle une de mes sœurs vit », rappelait-il en 1995. Il quitte la Charente en 1934 pour suivre des études de droit à Paris. Il y restera jusqu’à sa mobilisation.

Depuis l’automne 1938, François Mitterrand est sous les drapeaux. Il a 23 ans lorsque la guerre éclate. « Par le hasard de la petite histoire, j’ai connu successivement, en l’espace de ces quatre à cinq ans, les camps de prisonniers de guerre en Allemagne, la France occupée, l’Angleterre, l’Afrique du Nord, de nouveau l’Angleterre et de nouveau la France, quelques mois avant la libération de mon pays. Tout cet itinéraire a préparé, il faut bien le dire, tout naturellement, une nouvelle étape de réflexion », déclare-t-il en 1987. À la Libération, François Mitterrand, alors âgé de 28 ans, est désigné par de Gaulle commissaire général correspondant du ministère des Prisonniers. Il devient le plus jeune des ministres de la IVe République. Il sera onze fois ministre de 1947 à 1957 : aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre dans les gouvernements Ramadier puis Schuman de 1947 à 1948 ; chargé de l’information dans les gouvernements Marie, Schuman et Queuille de 1948 à 1949 ; ministre de la France d’Outre-Mer puis ministre d’État des gouvernements Pleven, Queuille et Faure de 1950 à 1952 ; ministre délégué au Conseil de l’Europe du gouvernement Laniel, de 1952 à 1953 ; ministre de l’Intérieur du gouvernement Mendès France de 1954 à 1955 ; enfin ministre d’État et de la Justice dans le gouvernement de Guy Mollet jusqu’en juin 1957.

La Nièvre, terre d’élection

François Mitterrand se présente – après un premier échec en juin 1946 dans la 5e circonscription de la Seine – aux élections législatives dans la Nièvre. Le 10 novembre 1946, il devient député et s’apparente au groupe de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). La Nièvre deviendra sa terre d’élection. Sénateur, député et président du Conseil général, il fut maire de Château Chinon de 1959 à 1981.

En 1963, il crée le Comité d’action institutionnel avec ses plus fidèles partisans : Roland Dumas, Claude Estier, Louis Mermaz, Georges Dayan, Georges Beauchamp, Charles Hernu, quelques autres encore, dont le jeune Pierre Joxe, Georges Fillioud ou André Rousselet. C’est ce mouvement qui deviendra bientôt la Convention des institutions républicaines (CIR). En 1965, après le retrait de Gaston Defferre, François Mitterrand, qui a réussi à rassembler autour de son nom Pierre Mendès France, Waldeck Rochet pour le PCF et Guy Mollet pour la SFIO, se présente à l’élection présidentielle, mettant de Gaulle en ballottage.

Union de la gauche

La défaite de 1965 et son éviction de la course à la présidentielle en 1969 ont convaincu François Mitterrand de l’utilité d’être à la tête d’un grand parti de rassemblement. Il propose alors l’idée d’une fusion de la CIR avec le nouveau Parti socialiste d’Alain Savary. Lors du Congrès d’Epinay en 1971, qui doit sceller cette union, le PS d’Alain Savary est persuadé d’absorber la CIR. Grâce à une alliance entre le CERES de Jean-Pierre Chevènement, la motion Defferre-Mauroy et les Conventionnels, c’est François Mitterrand qui prend la tête du PS en isolant le tandem Mollet-Savary.

Dès lors, le Parti socialiste ne cessera de se développer. Il accueille le PSU de Michel Rocard et des militants de la CFDT et des milieux chrétiens de gauche, comme Jacques Delors. Le PS a le vent en poupe et emporte 37 villes de plus de 10 000 habitants aux municipales de 1977. Il se positionne désormais devant le Parti communiste. Georges Marchais met alors un terme au Programme commun. Un mauvais report de voix à gauche lors des législatives de 1978 entraîne la victoire de la droite et conduit à une crise au sein du PS. Au Congrès de Metz en 1979, François Mitterrand, qui souhaite maintenir la ligne d’union de la gauche, doit écarter Michel Rocard. La voie est désormais libre, François Mitterrand sera le candidat désigné pour battre la droite.

Le soir du 10 mai 1981, il est élu Président de la République avec 51,6 % des voix. C’est à Château Chinon qu’il fera sa première déclaration : « Cette victoire est d’abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l’emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat ». François Mitterrand fut aussi le Président d’une gauche qu’il porta au pouvoir. Réélu en 1988, il demeure une figure immense de l’histoire du socialisme français et de l’histoire de France.

Brigitte Bossu,
avec l’Institut François Mitterrand

Lancement du site internet “François Mitterrand : le verbe en images”
Mercredi 26 octobre, au Louvre à l’occasion de la commémoration du centenaire de la naissance de François Mitterrand, l’Ina et l’Institut François Mitterrand ont lancé officiellement la fresque interactive “François Mitterrand – Le verbe en images”.
Ce site internet patrimonial propose de revisiter 50 ans de la vie de François Mitterrand, de 1945 à 1996, à travers 300 archives d’actualités : des “Actualités françaises” de la fin des années 40 aux “Journaux télévisés” du service public des années 90.
Au total, ce sont plus de 20 heures d’images à (re)découvrir : interviews, meetings, émissions politiques, débats qui ont jalonné sa carrière d’homme politique, archives officielles de la présidence de la République – vœux, voyages officiels, allocutions et discours -, mais aussi portraits et entretiens dans lesquels il livre des traits plus intimes de sa personnalité et de ses goûts, littéraires notamment.
Plus de vingt parcours thématiques ont été créés par les historiens comme autant de visites guidées à travers ces vidéos. Parmi eux, les duels de François Mitterrand, les cohabitations, la politique internationale ou encore la crise et les grands choix économiques.
http://fresques.ina.fr/mitterrand

Le parcours d’un homme du Morvan
Installé dans un ancien couvent du 18e siècle, le Musée du septennat abrite les cadeaux officiels ou personnels reçus par le Président de la République, François Mitterrand, dans le cadre de ses fonctions et donnés par lui au Département de la Nièvre. Après sa réélection, en 1988, un nouveau bâtiment relié au premier par une vaste salle souterraine, dont la grande baie vitrée s’ouvre sur les collines du Morvan, a été édifié pour abriter les cadeaux offerts durant le deuxième septennat.
Céramiques, verreries, pièces d’argenterie et d’orfèvrerie, dessins, gravures, tableaux, meubles et tapisseries, s’ajoutent aux décorations, médailles et objets d’artisanat local venus des cinq continents pour exprimer les relations privilégiées de la France et de son Président avec de très nombreux pays. On trouve, à côté de ces objets, une information générale sur les voyages présidentiels, illustrée de photographies montrant la remise des cadeaux au Président. A l’occasion des 30 ans du Musée du Septennat de Château-Chinon et dans le cadre du Centenaire de François Mitterrand, le musée présentera, jusqu’au 31 décembre, une exposition : François Mitterrand, Le parcours d’un homme en Morvan.
Musée du Septennat 6 rue du château 58120 Château-Chinon (ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 à 13h et de 14 à 18h)

Jarnac, ville natale de François Mitterrand
La Maison natale. François Mitterrand y est né le 26 octobre 1916 et y a vécu toute son enfance. Lorsque, Président, il revenait Rue Abel Guy, il disait « Quand j’y retourne, j’y retrouve ma maison telle qu’elle était, ce sont les mêmes pièces, les mêmes décors ». Les visiteurs peuvent parcourir les pièces que le Président, enfant et adulte, a habité et s’imprégner du cadre de vie qui l’a marqué et accompagné. Une exposition de photos et de documents inédits, mise en place par l’Institut François Mitterrand, permet de mieux connaître la famille et la jeunesse du Président.
Le Musée François Mitterrand. François Mitterrand a souhaité honorer sa ville natale en offrant une collection d’objets et de sculptures, de gravures et de dessins qui lui ont été offerts par des personnalités du monde entier: Présidents, rois, reines, premiers ministres, ambassadeurs, mais aussi artistes et particuliers. Une exposition sur les grands travaux “Architectures capitales” présente les grands projets d’architecture voulus par François Mitterrand : le Grand Louvre, la Bibliothèque nationale de France, la Grande Arche, l’Institut du monde arabe, l’Opéra Bastille, la Villette, le Musée des Arts et des Métiers, le ministère des Finances à Bercy, le Collège de France et la Grande Galerie du Muséum.
Maison natale 22, rue Abel Guy – 16200 Jarnac, 05 45 35 46 08 – Musée François Mitterrand – 10 Quai de l’Orangerie

 

Mitterrand dans ses textes
Anne Pingeot nous livre deux ensembles, de la main même de François Mitterrand : son journal couvrant six années de leur vie commune, 1964-1970, et un ensemble de 1 218 lettres qu’il lui a envoyées entre 1962 et 1995. Ce journal et ces lettres sont de caractère différent, y compris “physiquement”. Si les lettres sont de facture classique, le journal est un objet qu’on peut qualifier d’artistique. Y est intégré, de la main même de François Mitterrand, un savant et méticuleux patchwork : photos, cartes postales, caricatures de presse, extraits de journaux, menus, etc. Ce journal est reproduit en fac-similé en haut de page de l’épais volume, les textes de Mitterrand sont reproduits en caractères d’imprimerie. On imagine le temps passé par son auteur pour le mettre en forme… Quant aux lettres, elles sont souvent quotidiennes, et même davantage. On remarquera qu’elles sont moins nombreuses à partir de 1981 : le temps est plus compté par l’exercice du pouvoir ? Pas uniquement : désormais le couple est réuni.
Un homme est l’auteur, une femme est la destinataire. Tous deux sont unis par un amour passion. Mitterrand exprime sa passion au fil des pages. Le plus étonnant sans doute est qu’il le fait dans une confiance totale, chaque phrase en atteste : il se décadenasse pour la première fois de sa vie, il s’ouvre. On le sent aussi animé d’une vigueur croissante dès les premiers mois de cette liaison.
Il n’y a pas dans ces textes que l’expression de l’amour, ce serait vite lassant. On le voit en Pygmalion, guidant, conseillant. On en apprend beaucoup sur la vie politique sous la Ve République à Paris ou en province. On le voit croquant ses contemporains dans des portraits d’une grande acuité. Même si Anne n’apparaît pas “réellement” (on ne connaît pas ses lettres…), on mesure que ce couple était aussi uni par une passion pour l’art et la culture. Ces deux volumes apportent un enrichissement considérable à notre connaissance de François Mitterrand et de sa personnalité.
Denis Lefebvre
François Mitterrand, Lettres à Anne 1962-1975, Gallimard, 1 276 p, 35 €.
François Mitterrand, Journal pour Anne 1964-1970, Gallimard, 493 p., 45 €

Mitterrand dans ses mots
De A comme Action à V comme Vision, Alain Bergounioux nous offre un recueil de quelques centaines de mots de François Mitterrand : des extraits de discours, d’articles, d’entretiens, de déclarations à certains journalistes. Ces textes mettent en avant trois dimensions : l’homme politique, l’homme de culture, l’homme d’État. En introduction, l’auteur nous offre un texte d’une dizaine de pages : les temps forts d’une vie, en reconnaissant « la difficulté d’appréhender la personnalité de François Mitterrand ».
D. L
Alain Bergounioux, Les mots de Mitterrand, Dalloz, 155 p., 3 €