L’élu de la semaine: Florian Lecoultre

Florian LecoultreLe refus de la fatalité

A 25 ans, Florian Lecoultre est maire de Nouzonville, dans les Ardennes, depuis l’an passé.

L’engagement, il connaît : son père, ouvrier dans une usine d’emboutissage et d’assemblage, est délégué syndical CGT. Lui-même a fait ses premières armes en 2006, à l’occasion du mouvement anti-CPE : il s’investit dans le premier syndicat lycéen de France, l’UNL, dont il devient le président en 2008. Il rejoint ensuite le MJS et le PS, et s’investit dans différentes associations locales de Nouzonville, la commune dans laquelle il a grandi et toujours vécu.

L’action s’est imposée à lui, sur un fond de révolte, comme il le reconnaît : « Ce qui m’a toujours révolté, c’est la fatalité, et dans les Ardennes elle s’est emparée du plus grand nombre. Pas de travail, il faut quitter la région. Dans ma commune, les usines ont fermé les unes après les autres, et les habitants considèrent que tout va empirer ». Tout est à refaire, ou presque. Maire à plein-temps, il consacre tous ses efforts à ce vaste chantier.

Comme cadre de son action, il met en avant le matériel et l’immatériel. L’immatériel ? « Enrayer ce sentiment de l’échec inéluctable. Faire passer un autre état d’esprit : on n’est pas condamnés à crever lentement ». Mais il faut des résultats concrets aussi : c’est l’aspect matériel. Le maire agit dans deux domaines principaux. La question des friches industrielles tout d’abord : elles ne manquent pas. Nouzonville a vécu pendant des décennies de la sidérurgie, des forges, et tout a aujourd’hui disparu, mais les bâtiments restent. « Les réhabiliter, en faire des activités économiques ? Bien sûr, c’est compliqué, dans la période actuelle. Mon objectif est déjà d’offrir un espace aux artisans locaux, qui travaillent souvent chez eux, les mettre en réseau, et se tourner vers du travail qui soit plus collaboratif. D’autres régions, comme le Nord-Pas-de-Calais, ont intégré ces nouveautés, nous devons nous y mettre dans les Ardennes. Nous manquons aussi de ressources. Nous devons réfléchir à un autre modèle. »

La Riviera de la Hollande

Il entend aussi innover, en profitant de la beauté de sa région, du cadre naturel, de la verdure, donc en développant le tourisme. « Nous sommes peut-être au nord-est de la France, mais nous sommes au sud de la Belgique, et même la Riviera de la Hollande. » La Riviera ? « Oui ! Beaucoup de Hollandais aiment notre région ; ils descendent la Meuse en bateau, et arrivent chez nous. Ils y viennent aussi en camping-car, puis se promènent à vélo. Beaucoup y ont des résidences secondaires. Le tourisme est un enjeu pour nous. Nous devons prendre ce virage. » Pour l’instant, ce pari n’est pas gagné. Les habitants ont du mal à imaginer que leur commune puisse devenir une ville touristique. Mais le maire ne ménage pas ses efforts pour les convaincre que le résultat pourra être positif pour l’économie locale, le commerce. C’est dans ce cadre-là qu’il porte aussi de nombreux efforts pour améliorer les entrées de la ville.

Cette volonté est-elle partagée par les communes voisines ? Florian Lecoultre reconnaît : « C’est compliqué. Nouzonville est un peu isolée dans un environnement de droite, surtout depuis que Charleville-Mézières est tombée. Un peu isolée, et à l’écart aussi : tout se concentre sur un axe Charleville-Sedan, dont Nouzonville est exclue, y compris géographiquement ». Mais le maire ne baisse pas les bras, soutenu par la population locale, qui partage sa détermination, et son inventivité. « On sait, conclut-il, qu’on ne s’en sortira que par nous-mêmes ».

Denis Lefebvre

Ce portrait est extrait de la lettre de Communes de France n°215 du 10 juin 2015

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