L’élu de la semaine: Lokmane Benabid

Lokmane BEnvie d’agir

Adjoint au maire de Moyeuvre-Grande, dans le bassin sidérurgique et minier mosellan, Lokmane Benabid, 26 ans, a déjà derrière lui des années bien remplies d’engagement politique

On pourrait dire de Lokmane Benabid qu’il est un – jeune – homme pressé. Ce n’est pas complètement faux. Mais il a d’abord envie d’agir. Sa conscience politique s’éveille à l’âge de 13 ans. Comme pour beaucoup de jeunes et même de très jeunes, le 21 avril 2002 a constitué un choc. Même si elle n’est pas inédite, l’élimination de la gauche du second tour d’une élection présidentielle mettait au premier plan l’extrême droite, contrairement au précédent de 1969 qui avait vu s’affronter plus placidement Georges Pompidou et Alain Poher… Au lendemain du 21 avril, donc, Lokmane Benabid participe à ses premières manifestations. Contre le Front national. Un Front national qu’il retrouvera “aux affaires” à partir de 2014 dans la commune voisine de Hayange, qui fait canton commun avec Moyeuvre-Grande.

Aujourd’hui élu de Moyeuvre-Grande, c’est cette ville qui l’a vu naître à l’état-civil comme à la politique. Dirigée par le PS depuis une trentaine d’années, avec à sa tête l’ancien député René Drouin, Moyeuvre-Grande avait connu depuis la Libération une succession de municipalités communistes. Cette commune de moins de 8 000 habitants a vu sa population diminuer de près de moitié depuis le début des années 60. La crise de la sidérurgie y a en effet été particulièrement intense. Elle s’est soldée en 1993 par la fermeture de la dernière mine de fer en exploitation, à Moyeuvre-Grande même.

Pas de temps mort

Mais revenons-en au jeune Lokmane Benabid. Après son éveil aux enjeux politiques en 2002, les expérimentations hasardeuses de la droite lui permettront de diversifier ses champs d’intérêt en participant activement aux manifestations anti-CPE en 2006. Et l’année suivante, il rejoint la section du PS de la ville tout en s’investissant dans la campagne présidentielle. On le sait, Ségolène Royal ne sera pas élue. Mais l’année suivante, aux élections municipales, Lokmane Benabid fait lui son entrée au conseil municipal, élu sur la liste menée par René Drouin. À 19 ans, donc, le jeune élu devient chargé de la communication. C’est cette année-là aussi qu’il fait son entrée au conseil fédéral du PS. Les responsabilités au sein du PS, il les approfondira ensuite en devenant secrétaire de la section de Moyeuvre-Grande en 2012. «Militant de terrain, je suis convaincu que le travail d’un élu ne doit pas connaître de temps mort», assure-t-il. On le croit volontiers.

Pas tout à fait rassasié par ses mandats et responsabilités, Lokmane Benabid décide en 2013 de s’engager avec de nombreux autres jeunes secrétaires de section dans la création du collectif “Inventons demain”. Implanté dans toute la France, ce mouvement est né après l’affaire Cahuzac avec comme idée l’exigence d’une plus grande transparence de la vie publique. Chaque année apporte son lot de nouveautés dans la vie bien remplie de Lokmane Benabid. En 2014, réélu conseiller municipal, il devient adjoint aux sports, ce qui le conduit à s’occuper d’une vingtaine d’associations sportives, de la gestion des équipements de la ville et du budget dévolu à ce secteur. Le sport, avant de le gérer comme adjoint, il en a été un pratiquant assidu et accompli et il sait l’importance, notamment pour les jeunes.

Il eut été surprenant que 2015 ne soit pas une année de nouvelles conquêtes pour Lokmane Benabid. Engagé au sein de la motion D conduite par la députée des Hautes-Alpes Karine Berger, il fait son entrée au conseil national du PS après le Congrès de Poitiers. Même si les médias ont surtout insisté sur une des propositions choc de la motion en question – vendre “Solferino” et déménager le siège national du PS en banlieue –, elle comportait un certain nombre d’autres dispositions. On retiendra par exemple le “référendum révocatoire” pour les élus condamnés par la justice ou encore la multiplication par 4 en dix ans du budget consacré à la politique de la ville. On découvre aussi la mesure destinée à empêcher qu’un élu n’exerce plus de trois mandats successifs dans le temps pour un même poste. Lokmane Benabid a encore quelques années devant lui pour mettre en application cette proposition. En entendant, il fonce. La preuve ? Il est candidat aux élections régionales de décembre.

Philippe Foussier

Ce portrait est extrait de la lettre de Communes de France n°223-224 du 4 septembre 2015

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