L’élu de la semaine: Claude Dilain

Claude Dilain

Solidaire et juste

Décédé le 3 mars, Claude Dilain s’est toujours battu pour que les habitants des quartiers populaires, dans toute la France, «deviennent des citoyens à part entière, et pas entièrement à part.»

Lui rendant hommage le 7 mars à Clichy-sous-Bois, François Hollande a souligné ce qu’était Claude Dilain : «Un homme révolté qui s’exprimait sans colère.» Claude Dilain ne supportait pas l’injustice mais il ne s’est jamais réfugié derrière les diatribes incendiaires et inutiles : toujours, il a voulu agir. Au quotidien. Dans son métier, dans la politique, toute sa vie en atteste. Né à St-Denis en 1948, ce fils d’ouvrier s’installe comme pédiatre à Clichy-sous-Bois en 1978 et devient maire de la commune en 1995, puis conseiller général en 1998. Il sera battu en 2004 puis réélu en 2011. Élu sénateur en 2011, partisan du non-cumul des mandats, il abandonne son mandat de maire.

Il apparaît sur le devant de la scène en octobre 2005, avec la mort de deux jeunes électrocutés dans un transformateur où ils s’étaient réfugiés, poursuivis par les forces de l’ordre. On connaît la suite, ces images d’affrontements qui ont fait le tour du monde. Des émeutes ont enflammé la France pendant plusieurs semaines. On découvre aussi ce qu’est Clichy, on apprend comment une ville à 15 kilomètres de Paris a pu s’enfoncer au fil des années dans la relégation, dans la misère. Durant ces jours, ces nuits, ces semaines, Claude Dilain est présent, pour apaiser bien sûr, mais aussi pour donner de l’espoir, de la confiance, de la volonté. Ne jamais interrompre la discussion, même quand c’est difficile, ne jamais baisser les bras, toujours avoir confiance en l’Homme. Dans les années qui suivent, il poursuit le combat pour sa ville. Mais il s’attelle aussi à un chantier plus large, devenant, comme l’a déclaré Manuel Valls à son décès, le «défenseur acharné des territoires urbains en difficulté.» Où qu’il soit, il agit : au Conseil national des villes, dont il est vice-président de 2000 à 2007 ; à l’Association Villes et Banlieue, qu’il préside pendant trois ans ; au Sénat, à partir de 2011 ; à l’Agence nationale de l’habitat, qu’il préside à partir de mars 2014.

J’ai Honte

Il est présent avec sa volonté, avec ses mots. En juin 2012, par exemple, il déclare que la France n’a pas besoin d’un ministère de la Ville mais d’un ministère de l’égalité des chances. Personne, surtout, n’a oublié sa tribune dans le Monde en avril 2010 : «Moi, Claude Dilain maire de Clichy-sous-Bois, j’ai honte». Honte «d’être le représentant impuissant de la République française», honte de voir l’état de sa commune, honte de voir des immeubles en déshérence abandonnés aux mains des marchands de sommeil. Revenant sur cet article deux ans plus tard, il a déclaré : «Je l’ai fait, sinon rien n’aurait bougé», tout en reconnaissant qu’il avait stigmatisé sa ville. «Une équation difficile», a-t-il conclu.

Être toujours dans le concret, au plus près des besoins. Quand Jacques Chirac lui demande en 2005 ce qu’il faudrait en priorité pour sa ville, il répond : «Un commissariat et un tramway.» Pour le commissariat, c’est fait ; quant au tramway, il desservira Clichy en 2018. Il a accompagné depuis 2005 pierre par pierre la rénovation de la ville. Il s’était attelé en 2008 à un projet que certains considéraient comme insensé, inadapté : l’ouverture d’une villa Médicis à Clichy, projet de réalisation d’une résidence d’artistes, jumelée avec la villa romaine. Combien se sont alors gaussé de cette audace… et pourtant, quel symbole extraordinaire.

Au Sénat aussi, il a agi : il a été le co-rapporteur de la loi ALUR, pour l’accès au logement et à un urbanisme renforcé. Sans oublier son rapport sur les copropriétés privées remis en 2013 à la ministre du Logement. Tout cela est connu et s’inscrit dans sa ligne de vie : il a été, pour reprendre les mots de Bernard Cazeneuve, un «infatigable militant du vivre ensemble.»

Denis Lefebvre

Ce portrait est extrait de la lettre de Communes de France n°203 du 9 mars 2015

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