Le dossier du mois : innover et agir

Les dernières années auront été celles des crises pour les collectivités. Crise économique, crise des recettes (avec notamment le combat mené par le gouvernement contre la fiscalité locale), crise énergétique et écologique… Toutes apparaissent avec leur lot de besoins, appelant les collectivités de gauche à agir : pour la justice sociale, pour protéger les plus démunis, pour construire un avenir durable. Mais aussi avec toutes les contraintes qu’elles engendrent, réduisant ainsi les marges de manœuvre.

Quel instrument plus politique qu’un budget ? C’est là que les axes principaux sont décidés, que les moyens sont injectés dans les chantiers majeurs, qu’un conseil décide de ce qui est prioritaire et de ce qui ne l’est pas. Car faire de la politique, c’est avant tout choisir. Construire un budget est un exercice qui ne peut se limiter à de la simple technique financière pour boucler les fins d’années.

C’est pourquoi nous voulons, dans ce dossier du mois, mettre en valeur les collectivités de gauche qui innovent et agissent. Mettre en place un plan de sobriété sans toucher à la continuité des services publics, concilier écologie et réduction des factures, se réinterroger sur les délégations de service publics pour assurer leur qualité… Si les crises actuelles sont un moment de difficulté, elles sont aussi une opportunité pour tous les élus socialistes et apparentés de changer les manières de faire, mais sans jamais dévier des valeurs qui nous animent : la justice sociale, l’émancipation, l’écologie, la proximité, et surtout une action concrète qui change la vie des gens.

Le budget : Pour contenir la crise énergétique, préserver nos ressources et maintenir la continuité du service public, les communes ne manquent pas d’imagination.

L’éclairage 


Toutes les communes ayant un plan de gestion des ressources dans le cadre de la crise énergétique agissent sur l’organisation de l’éclairage public. En effet, il s’agissait, en 2017, du deuxième poste de dépense énergétique des communes après les bâtiments.

L’une des mesures qui permet le plus d’amortir le coût de l’éclairage public est le remplacement des sources lumineuses consommatrices par des dispositifs à LED. C’est ce qui est actuellement mis en place à Nancy. Le maire, Mathieu KLEIN, a pour objectif de généraliser l’utilisation des LED d’ici fin 2023 et d’utiliser 100% de ce type d’éclairage public d’ici 2025. Il s’agit d’accélérer la mise en place d’un plan d’action déjà pensé et forcé par la crise énergétique. 

Dans l’Ain, la commune de Bourg-en-Bresse avait déjà adopté les ampoules LED sur les grands boulevards. Mais aujourd’hui, la municipalité, conduite par Jean-François DEBAT, a décidé d’aller plus loin et d’opter pour une baisse d’intensité d’éclairage diminuant l’énergie allouée à ces boulevards équipés en LED.  

Cette année, à Morlaix, la charge liée à la consommation électrique est en augmentation moyenne de 247% d’une année à l’autre. La municipalité, conduite par le maire Jean-Paul VERMOT, a adopté l’extinction de l’éclairage public pendant les plages horaires peu fréquentées par la population. Cela varie en fonction des quartiers, beaucoup ou peu investis, et des horaires. 

Un système similaire est adopté à Brest. La cité du Ponant se refuse à éteindre l’éclairage public en centre-ville. Pour François CUILLANDRE, maire de Brest, il faut conserver l’éclairage public en centre-ville pour des raisons de sécurité.  

Les décorations lumineuses : Les fêtes de fin d’année sont souvent avides d’énergie et de pollution lumineuse. En cela, certaines villes ont décidé de réagir. À Genlis, commune de cinq mille habitants de la Côte-d'Or, le maire, Martial MATHIRON, a proposé une réduction du temps de d’allumage des décorations lumineuses de fin d’année (du 9 décembre au 2 janvier) couplée à l’extinction nocturne de ces décorations. De quoi limiter l’augmentation de la consommation électrique tout en conservant la magie des fêtes. 

Pour aller plus loin et ne pas uniquement faire peser le poids de la crise sur le secteur public, Jean-François DEBAT, maire de Bourg-en-Bresse, s’attaque directement au privé : “En juillet, j’ai pris un arrêté pour ne plus voir les portes des commerces ouvertes alors que la climatisation tourne”. Il se positionne également sur un sujet qui est souvent mis en avant dernièrement, les éclairages des devantures commerciales.

Le chauffage


La diminution de l’utilisation du chauffage reste, au même titre que l’éclairage public, un des plus importants leviers de maîtrise des dépenses des communes. 

Plus généralement, à défaut d’avoir une bonne isolation maintenir une température convenable au sein des bâtiments publics est central. Il faut donc trouver le juste milieu entre économies d’énergie et disette énergétique.

C’est le cas à Cergy (95) avec un plan aussi ambitieux que détaillé. La municipalité a décidé de baisser de 19 à 18 degrés la température de l’hôtel de ville et dans les mairies annexes. Ce qui ne sera pas le cas pour les écoles, les réfectoires et les crèches.Enfin, une partie des gymnases sera fermée tous les dimanches pour éviter la chauffe de lieux non ou peu utilisés.

Jean-Paul JEANDON, maire de Cergy, annonce que, même avec ces économies, cette situation reste “catastrophique”. La ville risque un surcoût d’environ 5 millions d’euros. Dans ce cas, le budget ne serait pas contenu et, comme le projet de loi finance le prévoit, Cergy n’aurait plus le droit aux subventions de l’État. Plusieurs projets seraient alors suspendus, comme la rénovation du parvis de Cergy-Préfecture, un chantier, estimé à 6 millions d’€uros avec une subvention de l'État de 1,5 million.

Le cas des piscines 


Toutes les villes, comme Brest, Nancy ou Cergy ont décidé de baisser la température des bassins d'un degré. De même que Marseille où les bassins vont passer d’une chauffe de 28 degrés contre 27 avec une baisse de 27 à 26 degrés pour la chauffe de l’air ambiant des piscines.

Les ressources en eau


Comme vu lors des épisodes de sécheresse de ces derniers étés, l’eau n’est plus cette ressource inépuisable. L’économie de son utilisation nécessite aussi un investissement conséquent. 

Pour cela, la ville de Nancy prévoit l’intensification du recyclage des eaux de la piscine et des eaux de pluie pour permettre une réutilisation optimale. De même, il a été décidé de réduire de moitié le nombre de plantes en pot pour limiter la quantité d’arrosage.

Les idées originales 


Pallier les conséquences désastreuses de cette crise nécessite la force d’imposer l’inexorable, une résilience vitale et beaucoup d’ingéniosité.

À Nancy, cette crise est l’occasion de se débarrasser d’un puits de consommation d’énergie : la patinoire. L’objectif est le remplacement de la patinoire Simone Veil par une patinoire synthétique en plaque de Téflon. Sachant que la surface standard d’une piste de patinage consomme en moyenne 1500 à 2400 MWh par an, le gain de cette masse énergétique pour la commune du Grand Est serait la bienvenue.

La ville de Marseille, conduite par son maire, Benoit PAYAN, lancera, dès 2023, une grande étude thermique de son bâti afin de construire un plan de réduction énergétique durable. Ce diagnostic permettra d'engager la transformation des bâtiments et de les doter de systèmes domotiques, contrôlables à distance. Obtenir un système de bâtiment dit “intelligent” dans une commune de la taille de la cité phocéenne permettrait une économie moyenne, en comparant aux résultats observés pour les logements privés, de 10% des dépenses d’énergie allouées au chauffage.

Bourg en Bresse, avec le grand Bourg agglomération, participe au dispositif Ecowatt. C’est un dispositif mis en place par le Réseau de transport d’électricité (RTE) qui informe en temps réel, par SMS ou par mail, les entreprises, les collectivités et les particuliers du niveau de la consommation d’électricité. Grâce à Ecowatt, des actions concrètes de délestage peuvent être mises en œuvre pour réduire la consommation électrique en cas de pic de consommation. L’objectif est de favoriser un partage de l’énergie, notamment lorsque l’utilisation de celle-ci met le réseau de distribution sous tension.

Enfin, la ville de Paris a décidé récemment de proposer une augmentation de la taxe foncière de plus de 50% (13,5% contre 20,5). Cette différence de 7 points ne toucherait ni les bénéficiaires de minimas sociaux, ni les propriétaires engagés dans des rénovations d’isolation thermique de 2020 à 2026. Cette exonération vaut pour 5 ans. Le but étant de récolter un nouveau revenu à hauteur de 586 millions d’euros pour la mairie de la capitale sans trop impacter la qualité des services publics, les plus précaires et inciter les propriétaires à rénover l’isolation de leur bien si cela n’est pas encore fait. Malgré les vives réactions après cette déclaration, il faut tout de même rappeler qu’une taxe foncière à 20,5% resterait en moyenne deux fois moins élevée que celle des autres grandes villes de France. Cette décision « permettra de maintenir une haute qualité de nos services publics, de continuer à investir dans le logement, dans la transition écologique, dans l'entretien et la modernisation de notre patrimoine et de nos équipements, dans l'embellissement de nos rues et de nos jardins », confie Anne HIDALGO au Point.  (Il est prévu 1,7 milliard d'investissements à Paris pour 2023). 

Toutes ces mesures d’économie sont des exemples de changement adoptés par des communes socialistes et apparentées face à la crise énergétique que nous rencontrons. Cette situation est l’occasion de limiter notre empreinte carbone, certes, mais aussi et surtout d’optimiser notre consommation d’énergie en évitant le surplus lié à notre trop grand confort, tout en garantissant la continuité du service public pour tous.