La sénatrice américaine

Karine Claireaux Karine Claireaux est sénatrice de St-Pierre et Miquelon et maire de St-Pierre, la principale ville de l’archipel français d’Amérique du Nord

Femme engagée qui ne compte pas son temps, Karine Claireaux partage sa vie entre son archipel et la métropole. À St-Pierre, elle est disponible en mairie le samedi et le dimanche matin. Ses administrés apprécient cette proximité. « Lorsque je fais mes courses comme tout le monde au supermarché, les St-Pierrais n’hésitent pas à venir me parler de leurs problèmes, les plus petits comme les plus importants », raconte Karine Claireaux, dont la famille est arrivée à St Pierre en 1846. La population ultramarine semble proche de ses élus : « Être sénatrice-maire, ça a un sens dans les territoires d’outre-mer. Cela rassure les habitants et permet d’appuyer les dossiers locaux à Paris ».

Très tôt, Karine Claireaux a su se forger une conscience politique, entre un grand-oncle sénateur dans les années 1960, Henri Claireaux, et des parents qui l’ont toujours poussée à s’interroger sur l’avenir de St-Pierre et Miquelon et sur les relations à entretenir avec la métropole.

L’apprentissage du terrain

Alors âgée d’une quinzaine d’années, Karine Claireaux prend pour modèle Albert Pen, l’un des leaders politiques de l’archipel : il sera d’ailleurs le successeur d’Henri Claireaux au Sénat. Elle participe à ses réunions, captivée par son charisme. Afin de se rapprocher de lui, elle entre au comité de rédaction du journal local dont il est le directeur de la rédaction. Grâce à cette proximité de pensée, elle intègre sa liste municipale pour les élections de 1983.

D’abord conseillère municipale, elle est élue adjointe en 1989. On lui confie la tâche de récupérer des concessions dans le cimetière communal. « De par sa situation géographique et son histoire d’Île de pêcheurs, St-Pierre a connu beaucoup de passage et de nombreuses concessions, à l’époque à perpétuité, sont à l’état d’abandon. Il a fallu retrouver les héritiers et tout mettre en œuvre pour récupérer les concessions. J’ai vécu cette mission comme un travail d’apprentissage sur la population locale », explique Karine Claireaux. Réélue en 1995, elle est chargée des questions sociales, notamment auprès du CCAS et des personnes âgées.

En 2001, elle est tête de liste aux municipales. Elle décide d’adhérer au Parti socialiste pour « être en totale transparence » avec les citoyens. L’élection a dû être refaite en raison de sa victoire par une seule voix d’avance. Donc en 2002, elle gagne avec la même liste et une avance, confortable, de 460 voix. « Ici, les campagnes ne se déroulent pas comme en métropole. Les gens perçoivent le porte-à-porte ou le tractage comme une intrusion. Il ne faut surtout pas être offensif. Les campagnes sont plutôt “soft” », précise Karine Claireaux. Lors de ce mandat, la maire a dû augmenter les impôts. Cette mesure impopulaire a été relativement bien accueillie par la population grâce à un gros travail d’explication sur le statut administratif particulier de l’archipel. Depuis 2004, Karine Claireaux est également membre du bureau de la FNESR. Elle y trouve la force d’un réseau de partage d’expériences et de bonnes pratiques.

Elle est d’ailleurs très attachée à la notion d’échange. « Les collectivités ultramarines partagent de nombreuses préoccupations. St-Pierre et Miquelon présente des situations proches de la Polynésie, notamment en matière d’assainissement, de traitement des déchets ou de pollution. La place des outremers en France n’est pas assez prise en considération. Il est facilement oublié que 94 % de la biodiversité nationale se trouve dans les territoires d’outre-mer. Or, nous serons les premiers territoires français à subir les conséquences du réchauffement climatique », ajoute Karine Claireaux.

La gestion des déchets est une des priorités de l’archipel. Depuis deux ans, le tri sélectif a permis de développer une économie circulaire. Un protocole a été signé sur le verre et bientôt il en sera de même pour les emballages. Le secteur des travaux publics utilise une partie de ce verre recyclé. St-Pierre et Miquelon se veut un terrain d’expérimentation en matière de développement durable. « La population s’est de suite mise au recyclage et notre projet a été lauréat de l’appel à projet zéro déchet, zéro gaspillage du ministère de l’Écologie », précise Karine Claireaux. Un sujet lui tient également à cœur, celui de la révision institutionnelle de St-Pierre et Miquelon. Karine Claireaux est d’ailleurs présidente du mouvement “Ensemble pour construire” qui se veut force de proposition pour plus de dialogue d’égalité et d’efficacité entre le Conseil territorial et les collectivités locales de l’archipel.

Julien Bossu

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