Tribune : "Le 8 mars et les 364 autres jours" par Yseline Fourtic

Le 8 mars et les 364 autres jours

Pour nous militantes et militants féministes, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes est un moment particulier dans l’année : celui où nous sommes autant féministes et engagé.e.s pour l’égalité que d’habitude, mais où il nous faut mettre les bouchées doubles pour exposer la persistance des inégalités entre les femmes et les hommes, pour lever le coin du voile de l’ordinaire sexiste, pour rappeler que la marche vers la fin de la domination masculine est tout sauf un long fleuve tranquille ou pour garder notre calme face aux promotions sur les produits d’entretien opportunément organisées par certaines enseignes de grande distribution.

En bref, le 8 mars est un tunnel : j’ai plutôt envie de parler des 364 autres jours.

Agir pour l’égalité entre les femmes et les hommes, en d’autres termes être un.e élue féministe, c’est tout d’abord faire preuve de vigilance constante. Vigilance constante, parce que la caractéristique principale des inégalités entre les femmes et les hommes est leur capacité à s’infiltrer dans toutes les failles de l’action publique, au nom d’une apparente neutralité des politiques publiques.

A force de documenter, de dénoncer, de compter, d’analyser, nous savons à quel point les inégalités entre les femmes et les hommes pèsent sur notre collectivité. Nous savons que les privilèges des hommes ne sont pas révolus. Chausser les lunettes du genre demande une capacité critique et des grilles d’analyse antisexistes dont nous ne sommes pas tou.te.s pourvu.e.s à égalité.

Les femmes ont toujours connu les impacts délétères du sexisme et de la domination masculine sur leurs vies, leurs décisions, leurs trajectoires professionnelles et familiales. Elles ont toujours subi, de manière plus ou moins consciente, la charge mentale de l’organisation de la vie quotidienne.

Avec l’amplification du dérèglement climatique, avec les perturbations du monde entrainées par la crise sanitaire du covid-19, cette charge mentale s’est encore alourdie. Elle est devenue écologique et sanitaire. Parmi nous, quelle est la catégorie de la population qui, aujourd’hui, assume majoritairement dans nos foyers chaque petit pas permettant de réduire l’empreinte écologique de la famille ? Qui doit calculer, en faisant les courses de la semaine, le meilleur rapport qualité-prix-environnement ? Qui pense au recyclage, au zéro déchet, à éviter les emballages, les produits d’entretien nocifs et les produits transformés ? Qui est en première ligne, dans les hôpitaux et les EHPAD, pour prendre en charge les malades et les personnes âgées, en tentant de leur faire oublier le renforcement de la solitude en vertu du principe de précaution sanitaire ?

Ce sont davantage les femmes.

Et pourtant, les décisions politiques de gestion de la crise restent l’apanage d’un entre-soi (très) majoritairement masculin.

En matière sanitaire comme en matière écologique d’ailleurs, la gouvernance des hommes continue de croire que les décisions nécessaires à un avenir soutenable peuvent être repoussées dans un échéancier flou. Cette croyance nous empêche de prendre suffisamment vite les décisions nécessaires pour notre survie collective. L’épidémie se moque du pari présidentiel, et l’incantation du « quoi qu’il en coûte » s’avère finalement très chère en vies humaines.

Il est temps d’affirmer l’écoféminisme comme un instrument politique à la hauteur de nos générations et des suivantes.

Face aux ondes de choc du mouvement #MeToo, qui soulignent la prégnance des violences faites aux femmes et aux filles dans toutes les sphères de notre société, face au constat renouvelé de l’invisibilisation des femmes dans les sphères de pouvoir et les espaces médiatique, face à une urgence climatique chaque jour plus pressante, face à une crise sanitaire qui n’en finit plus, les élu.e.s socialistes et républicains portent la responsabilité d’affirmer avec ambition leur écoféminisme et la primauté du principe de précaution.

Notre écoféminisme est une détermination du quotidien, qui s’incarne chaque jour dans nos mandats. Il fait partie intégrante de l’ADN de la gauche. C’est par lui que nous tissons des ponts avec celles et ceux, engagé.e.s, qui ont fait d’autres choix que les structures partisanes pour transformer la société. C’est par lui que nous nous opposons aux conservatistes et aux tenant.e.s d’un libéralisme qui consume nos ressources et le droit au bonheur.

L'écologie et le féminisme sont désormais des forces politiques incontournables dans le paysage politique. A nous de marteler qu'il n'y aura pas de transformation sociale si elle est pensée en dehors de l'urgence climatique et de l'urgence féministe.

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Yseline Fourtic-Dutarde