Scandale Orpea : l’action des parlementaires socialistes

Le 24 janvier, les premiers extraits du livre-enquête « Les Fossoyeurs » (Fayard), de Victor Castanet, sont publiés dans Le Monde. Dans cet ouvrage, fruit de trois ans d'enquête et de 250 témoignages, le journaliste indépendant décrit un système où les soins d'hygiène, la prise en charge médicale et les repas des résidents des Ehpad du groupe Orpea sont parfois "rationnés", du fait d'une "politique de réduction des coûts" visant à améliorer la rentabilité. Des situations parfaitement inhumaines y sont décrites. Il n’en fallait pas davantage pour susciter une réaction immédiate de la part des parlementaires socialistes. 

Interpellé sur le sujet lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, Olivier Véran a déclaré que les pouvoirs publics devaient la vérité « aux familles, aux soignants et aux résidents ». Au titre de la recherche de cette vérité, les députés socialistes, veulent auditionner le patron d’Orpea et créer une commission d’enquête, a notamment annoncé le député des Landes Boris Vallaud dans un tweet. Il s’agit de frapper fort et de ne pas laisser planer l’impunité. « L'objectif est de comprendre pourquoi c'est plus rentable d'investir dans un Ehpad que dans de l'immobilier de bureaux », explique sur France Info le sénateur socialiste Bernard Jomier. Il ajoute "Ce qui est en train d'être révélé est une honte pour notre pays. On voit bien que les contrôles ont été défaillants". Il estime également que le législateur doit définir un seuil minimal d'encadrement des personnes âgées. "Dans certains Ehpad, il y a 4 personnels pour 10 résidents, contre 7 pour 10 dans d'autres. On ne doit plus accepter ces écarts-là". Bernard Jomier regrette que de précédents rapports parlementaires sur la question n'aient "rien changé". 

Maintenant, il faut agir, réparer, éviter que d’autres situations similaires ne s’installent, ou ne continuent à s’installer. A ce titre, les élus socialistes ont demandé que les parlementaires puissent disposer d'un droit de visite dans les Ehpad sur le modèle de ce qui se pratique pour les lieux de privation de liberté. « On a ce droit dans les centres pénitentiaires (...) parce que ce sont des lieux de privation de liberté. Dans nos Ehpad, dans certains établissements médico-sociaux, les gens ne sont pas privés de liberté mais ils sont vulnérables », a fait valoir la députée Christine Pires Beaune, réclamant ainsi de pouvoir aller « dans n'importe quel Ehpad de notre circonscription » afin de pouvoir « constater ce qu'il se passe ». « Je ne suis pas surprise par ces révélations, mais très choquée », a-t-elle encore ajouté sur LCP.

La loi permet aux parlementaires de visiter à l'improviste les locaux de garde à vue, les centres de rétention, les zones d'attente et les établissements pénitentiaires. En 2015, ce droit a été élargi aux centres éducatifs fermés. Il serait donc envisageable d’élargir à nouveau ce périmètre. 

Finalement, l’écho médiatique donné aux « Fossoyeurs » a permis aux oppositions de dénoncer les « promesses non tenues » d’Emmanuel Macron sur le sujet plus vaste de la dépendance, mais l’action immédiate des élus socialistes devrait continuer d’encadrer ces logiques de marché dénuées de sens et dans lesquelles le lien humain n’a plus sa place. l faut que le médico-social soit guidé par la valeur du soin, de la bienveillance et de la qualité de prise en charge de ces personnes, et pas des valeurs financières ou de rentabilité.