Parole de Maire : JF Fountaine, Maire de La Rochelle

FNESR : Comment en tant que maire, avez-vous vécu la période COVID, comment avez-vous jugé l'action de l'État pour vos concitoyens ?

JFF : A La Rochelle nous avons une situation où nous gérons beaucoup d'équipements. Nous sommes entre la ville et l'agglomération, et un acteur important sur les espaces congrès entre autres. Cela fait que même avant les décisions de lancer des grandes campagnes de vaccination, nous avions déjà réservé des sites en se disant qu’un jour ou l'autre, il faudra vacciner en masse. J'ai plutôt une vision plutôt bienveillante de l'État, qui se retrouvait face à une situation de jamais vu, qui a plutôt fait coopérer les préfets avec les maires, donc je n’ai pas de critique particulière.

L'État a pris un certain nombre de décisions que nous avons appliquées sur le terrain. Je peux vous donner l’exemple de la gestion des marchés : on a pu dialoguer avec les préfets et mettre en place un certain nombre d’actions afin de les laisser ouverts.

Ensuite, j'ai plutôt été sur une attitude de prudence : nous avons parfois pris des décisions qui était plus exigeantes encore que celles de l'État. Dans la campagne des élections municipales par exemple, j'ai annulé mes meetings avant que ce soit obligatoire. Ensuite, une fois que les élections sont passées, les choses ont été simples et fluides dans la mesure où les équipes étaient déjà en place, et j'ai pu faire coopérer l'agglomération.

De plus, La Rochelle compte de très bons élus sur le secteur de la santé. Il y a notamment l’un des responsables de la caisse d'assurance maladie. Mon numéro deux est un médecin qui exerçait en hôpital pendant toute sa vie professionnelle. Nous avons beaucoup de monde dans l’agglomération qui vient du corps médical, et nous avons mis en place une petite instance de concertation qui nous a guidé dans certains choix.

C’est donc une période dense, chargée, mais dans laquelle nous avions notre propre structure de conseil. À tel point qu'en juillet 2020 j'étais l’un des premiers maires à demander la mise en place de masques dans la ville alors que ce n’était pas obligatoire. Mais ça nous a semblé utile de le faire.

Ensuite sur la vaccination, comme tout le monde, nous avons mis en place ces centres, y compris un grand centre de vaccination. Nous avons souffert comme tout le monde au début du manque de doses. Après, les choses se sont plutôt bien passées. L’été dernier, nous avons massivement vacciné à la fois les habitants de notre territoire, mais aussi les touristes qui passaient.

FNESR : Quelle était la proportion de touristes vaccinés ?

JFF : Ceux qui le demandaient. Au départ, nous n’étions pas favorables, mais après il a bien fallu vacciner… car on est équipé pour ça. Aujourd'hui, on continue encore une vaccination importante puisque sur la troisième dose, on arrive à des taux élevés. Donc j’aurais tendance à dire que l’on a traversé et que l’on continue à vivre dans une situation critique, une situation de crise, mais plutôt bien coordonnée entre le préfet et nous. Le préfet n'a jamais pris de décision sans nous en parler auparavant et réciproquement, chaque fois qu'on lui a demandé des choses particulières, il adhérait à nos propositions.

FNESR : Comment vous voyez vous, en tant que maire, président de l'agglomération La Rochelle et alentours dans cinq ans ? Quels sont les grands projets structurants que vous souhaitez et allez porter ?

JFF : D'abord, notre principal projet, c’est territoire zéro carbone. Mais ce n’est pas dans cinq ans, c'est plus long que ça. C’est un  projet pour 2040, ça va venir vite, mais c'est beaucoup d'étapes à franchir sur la réduction de nos émissions. Nous sommes très en pointe sur les questions de mobilité, vélos, bus, etc.. Moins sur les questions de production énergétique, mais notre agglomération a voté à l'unanimité ce grand projet qui va structurer l'ensemble.

A échéance de cinq ans, on voit assez bien les équipements qui vont venir pour produire de l'énergie renouvelable. Il y aura un grand débat sur l’éolien, entre ceux qui sont pour et  ceux qui sont contre. J'ai la chance d'avoir un vice-président sur les questions environnementales qui est une grande pointure, Président d'université, très engagé, qui s'appelle Gérard Blanchard. ll est aussi vice-président de la région Nouvelle Aquitaine. Donc là nous avons une personnalité puissante, solide, très convaincue, très convaincante.

Ensuite, il y a des questions de développement de nos territoires. Il avait été touché par un niveau de chômage élevé et donc des efforts économiques ont été faits sur de nombreuses années, et ont permis de largement améliorer la situation. Cela s’est amélioré à tel point que sur certains métiers, ici comme dans d'autres territoires, on manque de personnel. C’est également un territoire qui est très attractif, presque trop, sur les prix de l'immobilier. Donc beaucoup de programmes sont mis en œuvre pour pouvoir offrir du logement à des gens qui n’ont pas des revenus considérables, notamment des jeunes. Le résultat est là puisque l’on arrive sur la ville de La Rochelle à rouvrir des écoles et des classes. C'est donc que la jeunesse reste sur la ville même si les conditions d'accès ne sont pas simples.  

FNESR : L’attrait touristique de la ville profite-t-il de tout cela ?

JFF : L’attrait touristique contribue à l'attractivité. Mais La Rochelle n'est pas une destination balnéaire. Oui, l'île de Ré et d'Oléron sont des destinations balnéaires avec une population qui est multipliée par quatre ou cinq. Ce n’est pas le cas de la Rochelle, c’est une ville qui vit toute l'année avec son économie. Donc il y a une pointe touristique mais ce n'est pas du tout une multiplication par trois ou par cinq.

FNESR : Que pensez-vous de l’Etat et de ses actions vis-à-vis des collectivités, qu'il y a un investissement suffisant ? Pensez-vous que M. Macron va suffisamment loin en termes de décentralisation, qu’il pourrait donner davantage d'autonomie en terme financier ?  

JFF : La réponse est oui. Oui, il pourrait donner plus d'autonomie. Mais le problème de l'État, c'est qu'il est chargé de mettre en œuvre des réglementations et que la question de fond, c'est parfois des réglementations inadaptées à nos territoires. Donc, c'est plutôt les parlementaires qui parfois pondent des textes difficiles à appliquer, et l'Etat se retrouve coincé entre le terrain avec les maires. J'ai des exemples en quantité, on nous demande de ne pas consommer trop d’espaces agricoles. Très bien oui, mais comment faire pour loger les gens et produire du logement social ?

Il y a trop souvent des textes de loi compliqués à mettre en œuvre et l'État est parfois redondant avec les équipes locales. Nous, on a des expertises sur l'aménagement, pareil du côté de l'État, et cela donne parfois des débats un peu surréaliste. On a un peu trop complexifié certaines choses.

Il y a deux types de collectivités territoriales. Il y a des structures comme la ville de La Rochelle, notre agglomération, avec des équipes puissantes, de l'intelligence, des services de qualité. Maintenant, vous prenez une petite commune un peu isolée de cinq cents habitants au fin fond de la Charente Maritime. Niveau zéro, pas en qualité mais en quantité de personnes pour accompagner des réglementations complexes. Et c'est là l'État qui va se substituer à la commune pour l'accompagner, la guider dans un maquis complexe à comprendre.

Donc nous avons un vrai souci si on veut alléger l'État et laisser plus d'autonomie aux collectivités : il va falloir que, à un moment donné qu’il n’existe plus que des collectivités, des agglomérations de plus de deux cent mille habitants. Ou alors l'État se retrouve aujourd'hui à tenir la main, à accompagner et à aider. Nous agissons avec une certaine autonomie à l'échelle de notre agglomération, mais avec une certaine puissance de feu. Il y a des agglomérations qui n'ont pas cette puissance de feu.

FNESR : Comment voyez-vous les présidentielles, et législatives localement ?

JFF : En premier lieu, je m’inscris dans une gauche sociale-démocrate. J'étais parfaitement à l'aise avec le gouvernement Jospin. Si le rassemblement de la gauche c'est de dire que demain je soutiendrais Jean-Luc Mélenchon, alors je ne suis pas d'accord. Je considère que c'est totalement irréaliste. Yannick Jadot un peu plus accessible mais il y a encore trop d’écarts. Donc on a aujourd'hui une offre politique à gauche qui va de très très très à gauche jusqu'à une gauche modérée, ce qui rend la fusion compliquée. Je ne vois pas de lien aujourd'hui possible avec l'extrême gauche. C'est ce qu’il s'est passé avec les frondeurs et François Hollande. Moi je veux soutenir une gauche responsable, qui ne soit pas une gauche de protestation mais une gauche d'action.

Aux législatives, on a une situation un peu particulière.  Je pressens une situation nouvelle dans notre pays où le président peut être réélu mais sans majorité au parlement mais sans opposition majoritaire non plus. C'est-à-dire pas une cohabitation, mais une coalition, un système à l'allemande. Le Parti socialiste dans cette hypothèse sera coupé en deux. Entre ceux qui diront qu’il faut jouer le jeu, il a été élu et qu'on infléchisse et d'autres qui diront non faut qu'on reste dans l'opposition. Ce sera pareil chez les Républicains. Moi, je m’inscris définitivement dans une politique d'une gauche responsable, et très tournée vers les sujets environnementaux.