Karim Bouamrane, maire de combat

FNESR : Vous êtes Maire de Saint-Ouen depuis bientôt un an. Comment vivez-vous ce premier mandat dans le contexte actuel de crise sanitaire ?

KB : Comme durant la campagne, c'est une question d’état d’esprit. Nous devons garder en tête que la population a besoin de nous. Nos patrons, ce sont les habitantes et les habitants de Saint-Ouen. Nous devons leur apporter de la protection, leur donner des perspectives d’espoir et concomitamment leur assurer des services publics globaux. Nous devons donc nous adapter. Il faut répondre présent et travailler deux fois plus. Il faut envoyer un maximum de force et de soutien à toutes celles et ceux qui ont besoin de nous.

FNESR : Pouvez-vous décrire le but de votre action municipale, les projets que vous souhaitez insuffler à Saint-Ouen durant votre mandat ?

KB : Saint Ouen est une ville de 55 000 habitants, mitoyenne avec cinq portes de Paris, avec les Hauts de Seine et traversée par la Seine. C’est une ville assez atypique ou un phénomène de gentrification cohabite avec les classes populaires existantes.

Nous avons  réussi à gagner les élections municipales avec EELV, avec le PRG, avec le Parti Socialiste, en étant fiers de ce que nous sommes et en conservant comme socle commun une base citoyenne. C’est ce que nous avons appelé “Réinventons Saint-Ouen''. Nous avons créé une sorte de confédération en réunissant toutes ces forces politiques de gauche autour de cette nouvelle organisation.

Saint-Ouen est une ville très dense, de 4,5 km2 pour plus de 50 000 habitants, une ville avec énormément de projets structurants. C’est une ville qui a un campus hospitalier de 12 500 étudiants, qui va arriver dans 5 ans. De plus, l’arrivée de la ligne 14 place Saint-Ouen au cœur de la métropole, qui a 30% du village olympique. C’est une ville qui a rénové son stade pour avoir, je l’espère, une équipe qui jouera en Ligue 1 dans 2 ans. C’est une ville qui a le plus grand marché d’Europe : Les Puces . C'est une ville qui a la DGSI qui vient ; notre enjeu était de faire que personne, au regard de ce projet, ne soit laissé au bord du chemin; c’est pourquoi notre vision est celle du progrès partagé. Nous avons caractérisé cette vision au cœur de valeurs : des valeurs de bienveillance, des valeurs de fraternité, des valeurs de générosité, des valeurs de travail, d’humilité, d’égalité, de solidarité. On a eu la vision, on a eu les valeurs, on a eu l’organisation politique. C'est comme cela que l'on a su rassembler les habitants des quartiers populaires et les CSP +. Nous avons su écrire une histoire commune, nous nous sommes rendu compte que tout ceux qui venaient à Saint-Ouen avaient un lien direct ou indirect avec la culture populaire et avec la réussite républicaine. La réussite républicaine, ce que j'appelle l'élite populaire, se traduit par 4 axes : une ville ou on se sent en sécurité, la démocratisation de l’excellence, une ville belle et une ville qui rayonne.

FNESR : Quel est l’impact de l’extension de la ligne 14 jusqu’à Saint-Ouen ? Est- ce que cela va changer la population ? Développer l’attractivité ? Désenclaver les transports ?

Sur le plan géostratégique Saint-Ouen est désormais au centre de la métropole. On met désormais 10 minutes pour aller du centre de Paris, de Châtelet à Saint-Ouen.

Sur le plan politique et économique, cela va désengorger une partie de la 13. Et cela va permettre aux 22 000 salariés qui viennent chaque jour à Saint-Ouen d'y accéder plus simplement. A contrario, toutes celles et ceux qui sortent de Saint-Ouen ça leur permet d’aller travailler en zone de confort.

Sur le plan social, cela a un impact en terme de qualité de vie pour tous les habitants qui rentrent chez eux ou qui sortent de chez eux. L'enjeu est de savoir comment accéder à saint-Ouen dans les prochaines années : c’est la raison pour laquelle nous avons lancé une réflexion sur les transports, sur les pistes cyclables, sur la marche, sur la voiture électrique, sur les navettes fluviales.