Jean-François Debat : les collectivités ont un rôle important à jouer pour la transition écologique

Vous êtes Secrétaire National du Parti Socialiste chargé de la transition écologique et sociale des territoires. Pouvez-vous nous expliquer simplement de quoi il s’agit ?

Il me revient, dans la direction nationale du parti socialiste, de préparer pour le secrétariat national, le bureau national et à l’ensemble du parti, des propositions permettant de réorienter notre logiciel politique pour intégrer dans la social-démocratie les objectifs de la transition écologique de notre société : produire autrement, se déplacer différemment, économiser l’énergie.

Il s’agit pour moi de rompre avec un productivisme dans lequel il fallait d’abord, à tout prix, faire de la croissance physique –comme les libéraux le souhaitent aussi- et où notre objectif était de mieux en répartir le produit. Ce n’est plus possible parce la croissance infinie dans un monde dont les ressources sont limitées n’est plus tenable. Il faudra bien sûr produire des richesses, mais avec moins de consommation des ressources. Et encore mieux répartir cette richesse dès lors que l’accroissement pourra être moins fort. Voilà ma mission : préparer ce débat et le soumettre aux militants.


De quelles solutions les collectivités territoriales peuvent-elles se doter pour développer des projets durables et écologiques ? En tant que Maire de Bourg-en-Bresse, quelles actions avez-vous mises en place, et quelles sont vos idées pour l’avenir ?

J’estime que les collectivités ont un rôle important à jouer pour la transition écologique : celui de conduire le changement sur un territoire, en accompagnant les citoyens et les entreprises à réduire fortement, individuellement et collectivement, leur consommation d’énergie fossile et nos émissions de CO2. Il faut néanmoins rester humble : une Collectivité seule – quel que soit son échelon – peut inciter, montrer l’exemple, parfois contraindre, mais elle a impérativement besoin d’un état fort, assurant une cohérence sur l’ensemble du territoire national.

Chaque Collectivité a le devoir de « montrer l’exemple » en agissant d’abord sur ses propres émissions de carbone. À Bourg-en-Bresse, nous avons réalisé un travail important de réduction des émissions de CO² générées par la Collectivité en diminuant nos consommations énergétiques. D’abord, en investissant 20 millions d’euros dans un plan de rénovation thermique portant sur six groupes scolaires et un gymnase. Ce plan engagé en 2015 nous permet désormais de réduire nos émissions de 1000 tCO2/an. Ensuite, l’intervention sur notre patrimoine lumineux, par le renouvellement de l’ensemble des luminaires de l’espace public et les extinctions nocturnes de l’éclairage ou encore la suppression de la moitié des lampadaires de grands boulevards, a permis de réduire d’un million de kW (soit une réduction de 20%) notre consommation par rapport à 2012. Enfin, en 2015, nous avons créé une chaufferie bois, dont la provenance des ressources se fait dans les 100kms à la ronde : elle est aujourd’hui raccordée à plusieurs copropriétés et administrations, permettant de réduire nos émissions de 3100 tCO2/ an. Cette année, un parc photovoltaïque d’un hectare sera construit sur un parking : il permettra de produire de l’électricité pour 800 habitations, mais également de réduire le phénomène d’îlot de chaleur que générait cette grande surface noire d’enrobé.

L’alimentation constitue également un levier structurant de réduction de nos émissions, notamment par l’augmentation à 30% la part de denrées provenant de l’agriculture biologique, à 40% locale, et en réduisant le nombre de repas carnés (deux repas végétariens sont distribués chaque semaine) dans notre restauration collective. L’objectif sur lequel nous travaillons aujourd’hui est de parvenir à un approvisionnement à 100% bio et local pour les légumes d’ici 5 ans, notamment en développant de l’agriculture urbaine qui approvisionnera notre cuisine centrale.

Mon action de Maire s’inscrit aussi dans la logique d’inciter progressivement les habitants à faire évoluer leur pratique, en leur donnant les moyens de le faire : concrètement, en créant un réseau de soixante kilomètres d’aménagements cyclables depuis ces dix dernières années. Nous travaillons actuellement à la mise en place d’un « Réseau Vélo Express » qui permettra aux Burgiens de se déplacer rapidement et en toute sécurité pour réaliser leurs trajets quotidiens domicile-travail.

Ces quelques exemples de la politique que je mène à Bourg-en-Bresse contribuent, je l’espère, à ce que chacun adapte progressivement ses pratiques du quotidien et prenne conscience des profondes conséquences que vont avoir sur nos vies la convergence du pic du pétrole et du changement du climat.


L’État s’était engagé lors de la Convention Citoyenne pour le Climat. Seules quelques propositions sont aujourd’hui retenues. Emmanuel Macron a-t-il manqué à sa parole ? Quelles solutions préconisez-vous à l’échelon local ?

Ce que je trouve particulièrement dommage, c’est de mettre en place un dispositif de concertation inédit – la Convention Citoyenne pour le Climat -, aux objectif tout à fait louables, pour ne retenir qu’une petite partie des propositions formulées pour le projet de loi, alors même que le Président s’était engagé à transmettre les propositions « sans filtres » au parlement.

Le Gouvernement considère que ce projet de loi, soumis à l’assemblée nationale le 8 janvier, vise à susciter une accélération de la transition écologique « sans précédent dans l’histoire de la France ». Je n’ai pas cette impression lorsque je constate que l’essentiel des mesures fortes proposées par la Convention n’y figurent pas. A cela s’ajoute le fait que les études d’impact sensées mesurer les effets qui seront produits par la loi sont sujettes à controverses, laissant penser que nous serons bien éloignés de l’objectif de -40% d’émissions de CO2 en 2030 - qui n’est d’ailleurs qu’un minimum, puisque l’Europe a fixé un objectif à -55%.

Des solutions à l’échelon local existent – j’en ai parlé précédemment -, mais malheureusement, je ne pense que les Collectivités locales puissent toujours prendre le relais sur un Etat qui n’est pas à la hauteur des enjeux – notamment sur les mesures contraignantes. Que se passera-t-il si j’impose à l’échelle de ma ville ou de la communauté d’agglomération un « zéro artificialisation nette » ?  Les entreprises iront tout simplement s’installer dans le bassin de vie voisin, moins regardant sur le sujet…


En 2021, vous proposerez une alternative face à Laurent Wauquiez à la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Quelles seraient les grandes lignes d’un projet social-écologique ?

Vous savez quel sera la première des lignes de notre projet social-écologique ? L’honnêteté et la transparence ! Cela fait six ans que nous endurons un gigantesque raz-de-marée de communication mensongère qui ne permet plus aux citoyens de la région Auvergne-Rhône-Alpes de démêler le vrai du faux.

Laurent Wauquiez se targue d’être le président de la Région la mieux gérée de France. Au-delà de cette fabulation, il faut savoir que 125 millions d’euros ont été supprimés du budget pour la formation ces quatre dernières années. Si la bonne gestion consiste à sacrifier des pans entiers des compétences régionales, alors oui, on peut lui reconnaître d’avoir fait des économies, mais à quel prix ? Notre région se trouve désormais incapable de relever le défi des compétences pour sa population active.

Le rôle d’une Région est bien d’investir pour l’avenir et, il me semble que nous avons de nombreux chantiers ambitieux à mener sérieusement, à commencer par le transport ferroviaire. Le premier enjeu majeur est de décongestionner le réseau ferroviaire Lyonnais, qui est aujourd’hui la source de dysfonctionnements quotidiens. Lorsque l’on sait que la population de l’agglomération ne va qu’accroître dans les décennies à venir et que le véhicule personnel pour les trajets domicile-travail ne peut, bien évidemment, pas constituer une solution viable, alors l’unique issue est bien la restructuration du Nœud Ferroviaire Lyonnais. Ce projet devra permettre de positionner St-Exupéry en nouvelle gare de l’Est de la région, en axe de liaison des TGV nationaux et internationaux – dont le Lyon-Turin et en point de passage obligé d’un futur contournement ferroviaire des trains de frêt – ce qui permettra le désengorgement des gares située au cœur de l’agglomération. Le second enjeu, c’est la rénovation et l’optimisation des 1300km de lignes de trains régionaux pour assurer leur pérennité. Rendez-vous compte : aujourd’hui, il est impossible de relier rapidement en train Clermont-Ferrand et Montluçon. Au lieu de cela, Laurent Wauquiez a préféré réduire de 40 millions d’euros l’investissement ferroviaire ces quatre dernières années et s’engouffrer dans le financement de l’A45 – ce qui, au passage, ne fait pas partie des compétences de la Région.

En 2018, l’Etat a amputé les capacités de financement des organismes HLM en réduisant les montants des APL versés aux bénéficiaires. Les régions doivent prendre le relais sur ces sujets : elles sont les seules à avoir les reins suffisamment solides pour accompagner financièrement les réhabilitations de logements menées par les organismes, en particulier pour assurer une qualité de rénovation énergétique importante. Nous le savons, les logements construits il y a cinquante ou soixante ans sont de véritables passoires énergétiques : il est de notre responsabilité d’y remédier. En agissant ainsi, nous permettons aux familles défavorisées qui logent dans ce type d’habitat de réduire leur facture mensuelle d’énergie : c’est ce type de mesure qui permettra de s’assurer que la transition écologique soit socialement juste.

Enfin, la Région doit assumer son rôle de coordinateur des territoires, en lien avec les élus locaux, notamment sur les questions d’urbanisation. Il faut se rendre compte que tous les sept ans, l’équivalent d’un département français de terres agricoles ou naturelles disparait au profit de l’urbanisation – que ce soit pour de l’habitat ou le développement de nouvelles zones économiques. Cela doit cesser. Pour cela, nous proposerons que la Région se fixe l’objectif de zéro artificialisation nette d’ici 2030. Cela donnera peut-être des idées au Gouvernement, qui sait ?