Fracture numérique et actions des collectivités

La généralisation des outils numériques dans le quotidien est en marche depuis quelques années déjà. L’objectif est, d’ici à 2022, d’être capable de réaliser 100% des démarches administratives en ligne et, aujourd’hui déjà, les demandes d’aides sociales, les déclarations de revenus, les demandes d’inscription sur liste électorales ou d’immatriculation sont pour la plupart dématérialisées. La recherche d’emploi suit également ce mouvement avec des offres très souvent partagées sur des réseaux, des CV faits sur des logiciels, la nécessité de maîtriser les outils numériques ne serait-ce que pour répondre à une offre.
Or, face à l’utilisation de ces outils, nous ne sommes pas tous égaux et la fracture numérique est à la fois territoriale, sociale et générationnelle. Non seulement le territoire français est loin d’être couvert de façon égale au niveau de réseau Internet, mais toute une partie de la population ne dispose pas forcément d’un accès aux équipements ou aux compétences nécessaire pour l’utilisation du numérique. Ainsi, une étude de l’Insee, réalisée en 2019, montre que près de 13 millions de français sont éloignés du numérique en France, avec en première ligne dans cette situation d’illectronisme les seniors et les plus précaires.

La crise du Covid-19 agit sur le sujet comme un révélateur de la fracture numérique et en exacerbe les effets. Le confinement général et la fermeture des structures d’accompagnement du public telles que les CCAS, les maisons de services ou les bibliothèques, ont privés de nombreuses personnes d’un accès aux outils numériques ou à une aide pour leur démarches en ligne. Un accroissement des inégalités d’autant plus préjudiciable que la crise sanitaire a sensiblement élargie les fonctionnalités du numérique, imposant l’utilisation de ces outils dans une grande partie des activités quotidiennes. Pour les démarches administratives, le télétravail lorsqu’il est possible, l’école ou les études mais également pour l’accès aux soins ou le maintien d’une vie sociale, le numérique devient rapidement indispensable. Cette situation requiert également des compétences accrues pour la gestion de nouveaux outils – logiciels de télétravail, de visioconférences... – et la possession des équipements nécessaires. Ainsi, pour l’école à la maison et la continuité pédagogique par exemple, il est nécessaire de disposer d’une connexion, d’un ordinateur / tablette / smartphone, d’une imprimante mais également de compétences informatiques de la part des parents ou des enfants pour manier ces équipements. Ces prérequis sont donc, inévitablement, sources de nombreuses inégalités d’accès à l’éducation.

Ainsi, la fracture numérique, accentuée par la crise actuelle, nécessite la mise en place d’actions pour lutter aux mieux contre ces inégalités. Si l’État a instauré un site internet (solidarite-numerique.fr) et une ligne téléphonique pour accompagner les citoyens grâce à des des tutoriels ou des ressources pédagogiques, c’est là encore l’échelle locale, au plus près des populations, qui est en première ligne sur ce sujet. Un certain nombres d’actions ont été instaurées, par des associations mais également par les collectivités elles-mêmes, pour faciliter l’accès au numérique. Les communes ont distribué des attestations de déplacement aux personnes ne disposant pas des outils nécessaires pour en imprimer. Les CCAS ont été largement impliqués dans l’identification des personnes isolées du numérique et la prise de contact nécessaire afin de leur fournir une assistance. Des collectivités (comme le département de la Nièvre par exemple) et des associations ont mis en place des tutoriels et des hotlines pour proposer des vidéos explicatives ou pour simplement apporter une aide à distance aux personnes en ayant besoin. Les centres sociaux-culturels ont pu également

jouer un rôle crucial comme intermédiaire entre l’école et les familles dans le suivi pédagogique (impression des cours, soutien scolaire...). Enfin, de nombreuses collectivités ont mis à dispositions d’écoliers des outils numériques (ordinateurs, tablettes, téléphones).

La gestion de la crise sur le plan du numérique mobilise aujourd’hui de nombreux acteurs politiques et la société civile. Cette crise montre les inégalités à l’œuvre et les besoins cruciaux en terme d’accompagnement, de développement des compétences, d’investissements et d’infrastructures qui doivent accompagner la dématérialisation croissante de nos sociétés. Ainsi, le progrès ne peut en être un s’il laisse de côté toute une partie de la population, comme le souligne le défenseur des droits Jacques Toubon.

Marion REIBEL