Entretien : Marie-Guite Dufay, Présidente de la Région BFC

FNESR : Vous présidez la région BFC depuis 5 ans. Beaucoup de mesures ont été prises durant votre mandat, de nombreux dispositifs ont été mis en place. Quel bilan en tirez-vous ?

MGD : Notre plan de mandat comportait trois axes et ils ont été intégralement respectés. Ces trois axes sont : conjuguer tout ce qui peut permettre de développer l’emploi, tout ce qui peut permettre d'accélérer les transitions écologiques et tout ce qui peut permettre de faire vivre ce que j’ai toujours appelé la fraternité. Nous avons mis tout cela en place à travers les compétences de la région, c’est-à-dire la culture, le sport, le travail, en lien avec tous les territoires. On a tenu bon sur ces trois piliers !  

Sur le pilier de l’emploi, nous pouvons noter deux choses importantes : nous nous sommes engagés dans des programmes de formation pour les demandeurs d’emploi extrêmement ambitieux, quantitativement et qualitativement, en mettant en place des concertations très larges avec tous les organismes de formation et avec tout le milieu économique. L’objectif était de cerner territoire par territoire la façon dont nous pouvions mettre en relation le besoin économique et les besoins en compétences. Ce travail sur la formation s’est concrétisé par le Programme Régional D’investissement sur les Compétences (PRIC). L'Etat, qui nous apporte des moyens très conséquents, a reconnu que nous sommes pionniers en la matière. Je ne salue absolument pas l’intégralité des politiques du gouvernement, mais sur la formation il a été vraiment au rendez-vous. Nous nous sommes emparé de ces moyens, avec une spécificité de notre région qui est la mise en place d’un dialogue avec les syndicats professionnels pour qu'il y ait des contreparties sociales à toutes les aides qu'on peut mettre en place.  

Toujours sur l'économie, la formation, l'emploi, une grosse avancée qui résulte de ces six années est le travail de structuration d’une filière sur l'hydrogène. C'est important car il s’agit d’un vecteur d'énergie pour l’avenir. Par ces temps où l’on réfléchit à des énergies de plus en plus vertes, de moins en moins carbonées, l'hydrogène est un tremplin extraordinaire et notre région a quelques longueurs d’avance grâce à la recherche sur la pile à combustible, qui est fabriquée depuis 30 ans sur notre territoire.

Sur la partie écologie, nous avons construit une agence régionale de la biodiversité, nous avons renforcé tous les programmes qui permettent de financer les ménages pour la rénovation thermique de leur habitation, et nous avons éco-conditionné nos politiques publiques.

Sur la fraternité, je m’étais engagée envers les acteurs culturels pour la sanctuarisation de ce secteur. Il n’y a donc eu aucune baisse de ce budget pendant tout le mandat, mais au contraire une augmentation, pour soutenir les grands acteurs régionaux des scènes nationales, des orchestres, soutenir les films... Nous sommes aux côtés des acteurs dans les territoires, qui font véritablement vivre le développement local. Nous avons veillé à être équitable avec tous les territoires qu’ils soient urbains comme ruraux. A l’aube de notre mandat, tout le monde se disaient que cette grande région allait totalement ignorer les campagnes et la ruralité. Au contraire, nous avons conclu des contrats avec l’ensemble des territoires ruraux pour pouvoir les accompagner dans les projets qui sont essentiels.

FNESR : La crise sanitaire a exacerbé la précarité étudiante faisant des étudiants à la fois une des populations les plus touchées par la crise et une des populations les plus oubliées des mesures gouvernementales. Vous vous êtes très vite saisie de cette problématique. Pouvez-vous détailler votre action ?

MGD : On voit une grande précarité étudiante, on voit des étudiants qui font la queue pour des distributions alimentaires, et c’est quelque chose qui en tant que femme de gauche me révolte profondément.  Nous avons pris plusieurs mesures.

D’une part, nous avons procédé à la rémunération des étudiants infirmiers, auxiliaires de soin, qui ont été réquisitionnés par les hôpitaux sans contrepartie financière.

D’autre part, pour les étudiants de manière plus générale, nous avons dans un premier temps mis en place des fonds d'urgence à la disposition du CROUS pour renforcer l’aide apportée aux étudiants les plus précaire. Dans un second temps, on s’est aperçu que tout cela n'était pas suffisant et qu’il y avait un certain nombre d’étudiants qui n'étaient pas connus des services sociaux, qui n'étaient pas connus des CROUS mais qui faisaient face à une très grande précarité. Ce ne sont pas forcément des boursiers, mais des étudiants qui avaient l’habitude de trouver des ressources par des jobs. A cause de la crise sanitaire et de la raréfaction de ces jobs, nous avons mis en place une plateforme numérique, via laquelle les étudiants reçoivent de la région une aide de 800 euros jusqu'au mois de juin.

FNESR : Chaque année est marquée par de nombreux féminicides, par des violences sexuelles et sexistes ainsi que par des inégalités femmes-hommes toujours très présentes dans notre société. Durant votre mandat qu’elles ont été les actions menées par la région BFC à ce sujet ?

MGD : Il y a d’abord les actions institutionnelles. Nous veillons dans la collectivité à ce que les femmes accèdent le plus possible à des postes à responsabilité. Chaque année, il y a un rapport qui témoigne des efforts qui sont faits pour avancer vers une meilleure égalité femme-homme. De même, nous allons avoir à voter dans les semaines suivantes un dispositif institutionnel qui s'appliquera à toutes les collectivités, pour aider les agents à repérer des situations où des collègues peuvent être en proie à des situations de souffrance dues à des violences ou des discriminations sexistes.  

Ce que l’on a fait de plus spécifique s’est réalisé dans le cadre de la délégation au sport, parce que la vice-présidente qui travaille à mes côtés sur cette thématique (Laetitia Martinez) a utilisé sa délégation avec mon accord pour en faire un laboratoire de politiques publiques innovantes. Et donc elle a travaillé avec toutes les associations sportives, avec les clubs, sur ces questions de violences, de discriminations. Il y a donc tout un ensemble de formations qui sont mises en place à destination des clubs et des associations sportives. Ce sont des formations qui nous sont demandées maintenant par d’autres associations, et qui vont se répandre dans d’autres collectivités.

FNESR : Si vous ou votre majorité étaient amenés à présider la région pour un mandat supplémentaire que devraient être, selon vous, les grandes lignes de ce second mandat ?

MGD : Très clairement je pense que l'accélération des politiques publiques en matière d’écologie est indispensable. Il faut accélérer, et c’est dans ce sens là d'ailleurs que je recherche vivement un accord avec ceux qui portent l'écologie politique. Nous devons continuer à mener notre action dans un soucis d’égalité, et de faire en sorte que tout le monde puisse en profiter. Il n’est pas question de mener une politique réservée à certains et pas à d'autres. Je pense qu’il faut accélérer dans tous les domaines : l’alimentation, l’habitat, les mobilités… Il y a des ruptures à opérer.

Notre région Bourgogne Franche-Comté est une petite région par rapport à d’autres, qui est peut-être moins connue que d’autres. Il y a là aussi à accélérer, et c’est le maître mot ! Il est nécessaire de développer notre attractivité, car nous sommes une région magnifique, qui a beaucoup d’atouts, une région à dimension humaine, une région aussi agricole qu’industrielle, dotée d’un patrimoine merveilleux !