Entretien avec Rémi Cardon, plus jeune sénateur de la Vème République

Pour commencer, pourriez-vous revenir sur le parcours qui vous a conduit à devenir le plus jeune sénateur de la Vème République ?

Bonjour, merci et c’est avec plaisir.

Pour revenir sur mon parcours, j’ai toujours été engagé dans les milieux associatifs et d’éducation populaire. J’ai intégré le Mouvement des Jeunes Socialistes dès mes 15 ans et je me suis rapidement investi dans des associations d’éducation populaire telle que l’association Léo Lagrange. Je me suis également engagé dans des instances de jeunesse comme le centre régional d'information jeunesse (CRIJ) des Hauts-de-France. À 19 ans, j’ai été élu conseiller municipal délégué à la ville de Camon (Somme, 4 400 habitants) et à 23 ans, j’ai occupé le poste de premier secrétaire de la fédération PS de la Somme.



D’où vient votre intérêt pour la chose publique, la politique ?


Elle vient d’abord d’un milieu familial propice (Rémi Cardon vient d’une famille engagée à gauche et son père a été élu à la mairie d’Amiens, ndlr) mais également de nombreuses rencontres personnelles, du milieu associatif et enfin de ce milieu de l’éducation populaire qui m’a donné très vite une appétence aux débats.


Qu’est-ce qui vous a entrainé dans une élection sénatoriale ? Pourquoi le sénat ?


Cela fait en réalité 10 ans que je suis engagé dans le monde associatif et la politique, que je mène mes combats et que je porte des projets. Mon expérience professionnelle m’a également poussé dans ce choix : j’ai en effet été chef de projet auprès de collectivités territoriales en les aidant dans leur processus de dématérialisation et le développement de leur partie digitale. Mon expérience d’élu local a achevé de me convaincre de ma légitimité à représenter directement les élus au sénat. Il fallait enfin, bien-sûr, une dose d’audace, d’ambition et d’envie d’être utile.


Comment avez-vous vécu votre campagne aux élections sénatoriales ?


Pour moi, cette campagne a vraiment été un merveilleux moment, j’ai adoré être sur le terrain, parcourir plus de 130 communes de la Somme, participer à une vingtaine de réunions publiques, parcourir des milliers de kilomètres. Je la résume vraiment comme un moment de terrain et de rencontres merveilleuses.


Quels sont vos projets, vos axes de travail maintenant que vous êtes élu ?


J’ai été élu par les Samariens sur trois axes de travail que je compte poursuivre. Tout d’abord la défense d’une vraie décentralisation avec de réels moyens financiers pour qu’elle soit effective : il s’agit de mettre quelque chose derrière les 3D (décentralisation, différenciation et déconcentration) du gouvernement. Il s’agit ensuite de la défense du service public dans les territoires. Nous avons un réel besoin de structures France-Services mais également d’un accompagnement à l’utilisation et la formation aux plateformes. Mon travail avec les collectivités territoriales m’a démontré que la mise en place de sites et de plateformes est nécessaire mais elle est aussi inutile si nous ne mettons pas derrière des moyens pour la conduite du changement et la lutte contre la fracture numérique. Enfin, le rôle du sénateur est, pour moi, d’être un facilitateur des projets communaux, de mettre autour de la table les différents acteurs de ces projets.  


Quelle est votre vison du sénat et de sa légitimité ?


Le sénat est une institution primordiale de notre Vème République, une vraie chambre au sein d’un bicaméralisme français qui fonctionne bien. Aujourd’hui plus de 60% des amendements sont votés. Le sénat permet un travail de fond car plus de temps est donné à l’examen de la loi et surtout il est composé de réels élus locaux qui ont une vraie connaissance de leurs territoires. Cela est indispensable car permet au D de différenciation de réellement s’incarner : si la loi est la même partout, il reste important de la réajuster et l’adapter aux territoires. La Somme par exemple comporte des spécificités territoriales importantes et il m’incombe de les porter durant mon mandat.


Où vous voyez-vous dans 40 ans en étant déjà aujourd’hui sénateur ? Voulez-vous faire de la politique toute votre vie ?  


Honnêtement, je ne peux pas vous répondre. L’essentiel c’est d’être ici, aujourd’hui, et de mener les combats qui comptent. Il s’agit de répondre aux urgences climatiques et sociales actuelles et on verra dans 40 ans où nous en serons. Sûrement qu’une fois que j’aurai servi l’intérêt général, je me poserai d’autres questions et je ne pense pas faire de la politique toute ma vie, mais ce sont des réflexions que j’aurai en temps voulu.

Interview par Marion Reibel