Collectivités et cycle de l’eau : quelle stratégie adopter ?

La loi n°2022-217 du 21 février 2022, appellée la loi 3DS (pour la différenciation, décentralisation et déconcentration) porte plusieurs nouvelles dispositions sur la manière d’organiser les collectivités face au défi de la gestion de l’eau, dans le petit et grand cycle, mais pour l’assainissement. Cette nouvelle organisation territoriale renforce les prérogatives des collectivités, notamment celles compétentes dans le domaine de l’eau.  

Les crises multiples que nous traversons - économiques, ou sanitaires mais surtout environnementale - mettent en exergue la question de la gouvernance territoriale. Sans aucun doute, la forme de gouvernance que nous connaissons doit se réinventer. De nombreuses collectivités s’orientent vers une gestion publique de l’eau, dans une dynamique de mutualisation ou encore de solidarité territoriale, sans compter un rapport de proximité avec les habitants.  

L’enjeu est en effet aussi particulièrement important : les villes comptent 80% de la population, de fait la gestion de l’eau en milieu urbain pose véritablement le rôle des collectivités sur l’enjeu d’alimentation et d’assainissement, sur la prévention du risque d’inondation, de la gestion patrimoniale des réseau, ou encore de la préservation des ressources. Dans les années à venir, exploitants comme collectivités devront faire preuve d’adaptibilité face à des exigences réglementaires de plus en plus fortes, eu égard à la qualité des eaux rejetées. Le traitement des eaux devra alors être à la hauteur de l’exigence. 

À ce titre, l’évolution de la consommation d’eau en France témoigne d’une évolution qu’il s’agit de relever : si dans les années 60 un habitant avait pour consommation quotidienne 106 litres d’eau, il en consomme aujourd’hui 150 litres. Il convient néanmoins de noter pourtant que dans les années 2000, ce chiffre s’élevait à 165 litres. On peut donc constater une prise de conscience relativement récente de l’impératif de limiter sa consommation, mais aussi la garantie d’un approvisionnement quotidien qui reste fiable et abondant. 

Face à ces enjeux, les collectivités tiennent surtout un rôle majeur : garantir à tous l’accès à une eau de qualité, et en quantité suffisante. La problématique liée à la gestion de l’eau va même bien au delà du réseau public et des collectivités : les villes continuent de se transformer, d’anciennes zones industrielles sont converties en lieu de résidence, avec plusieurs centaines d’habitants sur une petite surface, et un manque de traçabilité sur la qualité du sol. Ces nouveaux espaces doivent faire l’objet d’une sécurisation d’approvisionnement. 

Une autre question sous-tend cette responsabilité, il s’agit de l’utilisation de l’argent public. Comme nous avons pu le voir avec les manifestations ces dernières semaines, si l’eau est un bien commun, un secteur peut aussi décider de se l’accaparer : c’est par exemple le cas du monde agricole de manière brutale avec l’utilisation de bassines alimentées directement par les nappes phréatiques. De nombreuses recherches le confirment, les prochaines situations de sécheresse ne pourront être dépassées que par une sobriété collective et un partage de la ressource équitable. Il ne faut pas non plus oublier que l’importance de l’eau sera croissante dans les années à venir : les conflits d’usage, tels que ceux préexistants avec les industriels ou les agriculteurs seront de facto amenés à se multiplier. Préserver les ressources implique de repenser les usages et limiter le gaspillage, notamment en renouvelant suffisamment les réseaux : un cinquième de l’eau est actuellement perdu dans les fuites. 

À ce titre, cette dynamique de reprise en main de la part des collectivités est présente depuis déjà une vingtaine d’années, la ville de Grenoble ayant été pionnière du mouvement dans les années 2000. Depuis d’autres villes ont suivi, comme Paris, Nice, Rennes ou encore Montpellier. De nombreuses communes de taille plus réduite qui font elles aussi le choix de reprendre en main la gestion directe de l’eau potable. Entre 2008 et 2019, la part de la gestion publique dans le pourcentage desservi dans la population a grimpé de 30 à 40%. 

Une autre solution, qui ne se subsitue pas aux précédentes, implique de réduire la consommation d’eau, par un plan concerté. C’est l’exemple de la ville de Mérignac, tenue par un maire socialiste, Alain Anziani. Avec plus de 68 000 habitants, Mérignac est la deuxième ville de Gironde, et faisait face à une importante problématique sur la gestion des ressources en eau : la ré-exploitation des nappes anciennes pour répondre à 96% des besoins, faisait sentir ses fragilités. En réponse, la ville a réduit en 10 ans ses consommations d’eau potable de 30%. Principalement grâce à une action sur l’arrosage des espaces verts, sur la consommation des bâtiments, ou encore via une diversification des ressources en eau. La mairie a aussi créé un emploi à temps plein dédié à l’économie des flux afin d’identifier les consommations excédentaires, et de pallier via des travaux ou des relevés de compteurs plus précis. Les habitants ont été aussi mobilisés tout au long du processus. 

Finalement, si les collectivités parviennent enfin à reprendre en main l’enjeu majeur de la gestion de l’eau potable dans les années à venir, elles ne pourront pallier les défis à venir qu’en comptant indéniablement sur un appui motivé et conscient de leurs habitants.