Christophe Bouillon, Maire de Barentin et Président de l'APVF

L’APVF que vous présidez, a publié sa contribution au projet de loi climat et résilience. Vous soulignez quelques point positifs, quelques améliorations mais vous pointez également beaucoup de manquement. Pouvez-vous détailler votre position ?

La transition écologique est au cœur des préoccupations des petites villes et de l’APVF qui représente près de 4 000 communes entre 2 500 et 25 000 habitants. C’est pourquoi très tôt l’APVF a pris position sur ce projet de loi qui doit permettre de répondre à l’urgence écologique qui est aussi sociale et territoriale. Les petites lignes, la transformation de notre industrie, la rénovation des bâtiments sont des sujets avant tout locaux. Certaines avancées du projet du loi doivent être notées autant que plusieurs articles qui suscitent l’inquiétude des élus locaux.

L’APVF a tout d’abord tenu à saluer le travail des membres de la Convention Citoyenne pour le Climat qui ont prouvé que les citoyens étaient capables de s’emparer des questions écologiques. Elle a également tenu à saluer certaines avancées notamment sur le renforcement du pouvoir de publicité des Maires mais aussi sur la prise en compte des critères environnementaux dans la commande publique.

Dans le même temps, plusieurs articles inquiètent légitiment les petites villes, au premier rang desquels les dispositifs relatifs à l’artificialisation des sols. L’APVF qui a échangé à plusieurs reprises avec la Ministre de la Transition écologique et les Parlementaires sur ce sujet a rappelé l’engagement des petites villes en faveur de la sobriété foncière. Les collectivités n’ont pas attendu l’Etat pour s’attaquer à cette problématique. L’APVF partage donc l’objectif mais déplore une nouvelle fois une méthode centralisée où des objectifs sont fixés depuis Paris pour s’appliquer ensuite dans les territoires. Sur ce sujet comme sur bien d’autres, l’APVF plaide pour une approche territoriale et concertée qui tienne compte des spécificités de chaque territoire. L’APVF a par ailleurs plaidé en vain pour que l’interdiction de création de nouvelles surfaces commerciales s’applique également aux entrepôts de e-commerce.

Au-delà de ces inquiétudes légitimes, plusieurs oublis sont à noter dans le texte. Le projet de loi n’aborde presque pas les questions agricoles ou la reconversion industrielle et écologique de nos territoires. La question du financement de la transition écologique locale et de la fiscalité ne sont également pas traitées.

Ce texte n’est aujourd’hui pas à la hauteur des attentes des petites villes qui sont au cœur de la transition écologique.

Vous êtes secrétaire national du Parti Socialiste chargé de l’écologie, du dérèglement climatique et de la biodiversité. Le Parti a récemment dévoilé la partie « justice climatique et politique environnementale » de son projet pour 2022. Ce document très complet, fait état de nombreuses propositions, par exemple sur les collectivités territoriales ou l’énergie nucléaire. Pouvez-vous nous exposer les grandes lignes de ce projet ?

Ce document articulé autour de l’idée de justice climatique détaille la position du Parti socialiste sur les questions écologiques. C’est un véritable changement de société mais aussi de méthode qui est proposé. Le constat est simple et sans appel. On n’est pas tous égaux face au changement climatique. Aujourd’hui, les inégalités environnementales se superposent aux inégalités sociales. La transition écologique doit donc s’attaquer également aux enjeux sociaux.

Pour cela, le Parti socialiste propose une nouvelle définition du PIB pour prendre en compte les questions environnementales et sociales mais aussi une réindustrialisation verte et territoriale du pays. Nous proposons pour accompagner cette réindustrialisation la création de 100 000 contrats verts dès 2022. Cette transformation de notre système productif passera également par l’arrêt progressif des subventions néfastes à l’environnement.

Pour financer cette transition, nous proposons notamment la mise en place d’un ISF vert qui financerait la transition écologique des plus modestes mais également une refonte du PACTE de stabilité européen et du régime des aides d’Etat de l’UE. L’investissement public doit permettre d’impulser et de soutenir les innovations locales.

Plein d’autres propositions sont également faites sur l’agriculture, la rénovation énergétique ou encore les transports avec la relance du fret ferroviaire pour décarboner nos mobilités et désenclaver nos territoires. La protection de la biodiversité avec l’instauration d’un véritable crime d’écocide est également au cœur de notre projet.

Ce document à la fois bien construit et très détaillé était nécessaire et va être très utile dans les mois à venir.


Vous êtes maire de Barentin. Vous démontrez au quotidien votre volonté d’inclure les administrés dans les décisions municipales, notamment par la mise en place d’un Conseil des Sages. Selon-vous en quoi cette concertation est elle nécessaire ?

L'élection n'est pas un chèque en blanc pour 6 ans. Certes nous avons été élus sur la base d'un projet détaillé que nous nous attachons à mettre en oeuvre, mais les habitants doivent être au coeur du dispositif, car en tant qu'usager de la ville ils sont des experts de leur quotidien. Le conseil des sages est effectivement un outil permettant tout au long du mandat de bénéficier du regard aiguisé des ainés. Mais nous le faisons également avec le conseil municipal jeunes. C'est le fait de croiser les regards et d'interroger les différentes modalités d'usage qui permet de construire des projets adaptés aux citoyens. Dernièrement, nous venons de lancer une concertation de la population pour la création d'un futur parc paysager de 17 hectares. Avec les habitants, nous partons d'une page blanche. La concertation va se poursuivre jusqu'à l'été et ce sont les habitants qui à la fin, dans le cadre d'un référendum local, feront le choix entre deux schémas, dont ils auront eux-mêmes pris part au dessin. Si l'on souhaite que les habitants s'approprient leur ville, il faut qu'ils puissent contribuer à la construire.