Arnaud Ngatcha, le diplomate de la Mairie de Paris

FNESR: Vous êtes Adjoint à la Maire de Paris en charge des relations internationales et de la francophonie. Quels sont les projets que vous portez au quotidien et quel est votre rôle au sein de cette administration?

AN : En qualité d’adjoint chargé des relations internationales et de la francophonie, j’ai un champ d’action très vaste. Ma délégation englobe tous les accords et partenariats que la ville de Paris noue avec différentes villes à travers le monde, que ce soit des grandes métropoles aux Etats Unis, en Afrique, en Asie, en Europe. Paris a des accords de coopération avec plus de 300 villes. Une partie de notre action consiste donc en la gestion de ces accords. A titre d’exemple, nous travaillons en ce moment à un accord de coopération avec Yaoundé.

J'assiste à de nombreux rendez-vous de travail diplomatiques  avec les ambassadeurs de pays étrangers, puisque Paris de part son rayonnement mondial joue un rôle particulier à l’international. Nous recevons des ambassadeurs de tous les pays qui souhaitent rencontrer la Maire de Paris. Je sers d'intermédiaire, je reçois un certain nombre de diplomates notamment pour préparer les rencontres avec la Maire.

Je porte également un certain nombre de thèmes pour Paris à l’international. Je penses par exemple à la lutte pour l'environnement, à l’égalité femme/homme à travers le monde.  Paris s'est positionnée comme la capitale des droits humains. Je promeus à l’étranger l’influence de Paris en matière de politique économique ou encore en matière de sports dans le cadre des jeux olympiques et paralympiques.

Je prépare également des positions politiques pour la Maire, notamment sur l'Arménie, sur les Ouighours. Il s’agit donc d’une délégation aussi passionnante que vaste.

FNESR: Les étudiants internationaux comptent parmi les populations les plus touchées par la crise sanitaire. Mettez-vous en place des actions pour leur venir en aide ?

AN : La situation des étudiants internationaux nous a particulièrement touchée. La maire de Paris a notamment souhaité que nous organisions une vente aux enchères, qui aura lieu bientôt, et qui concerne un certain nombre d’objets offerts à la ville de lors de visites diplomatiques. Les bénéfices de cette vente seront destinés aux étudiants de la Cité Internationale. Cette situation est extrêmement complexe et préoccupante. Beaucoup d’entre eux  avaient une bourse et un petit boulot à côté, avant la crise, ce qui leur permettaient de payer leur loyer et de vivre; Désormais, ils n’ont plus de petit boulot. C’est  une situation dramatique, malheureusement nous n'avons pas beaucoup d’options, à part mettre en place ce dispositif d’aides financières et de suivi.

FNESR : Est ce que vous avez pu constater dans d’autres villes une gestion différente dans la gestion de la crise de la Covid ?  Dans quelle mesure votre travail quotidien est impacté par la crise sanitaire ?

AN : Nous avons été impacté parce qu’il y a moins de voyages, moins de rencontres avec les acteurs. Nous avons toutefois la chance d’avoir sur place une grande partie de l’appareil diplomatique et des organisations. Nous avons pu continuer à nous voir, à échanger.

J’ai beaucoup observé, par les réunions sanitaires auxquelles la maire nous convie avec l’exécutif. Je pense qu’il est un fait indéniable que nous sommes un pays très centralisateur, l'État est très jacobin. Lorsque John Kerry est venu, il nous a expliqué l’investissement dans le cadre du plan Biden auprès des collectivités locales états-uniennes : les grandes villes américaines sont extrêmement puissantes, très autonomes, et néanmoins des milliards d’euros viennent les accompagner en supplément dans le cadre du plan de relance.

En France, il y a un centralisme et une lourdeur administrative qui compliquent l’action des collectivités territoriales.

Au niveau des questions sanitaires, le chef de l’Etat a fait des choix. J’observe seulement qu'Israël est quasiment revenu à une situation normale, et que New York est en train de revivre. Il y a d’autres pays qui sortent de la crise. J'espère que nous serons capables de d’en sortir dans les premiers : il s’agit d’une compétition mondiale qui se joue au niveau des grandes villes. Nous étions leader en organisation de congrès, sur le tourisme, nous étions leader sur un certain nombre de domaines, et j’ai peur que nous ne le soyons plus si nous n’arrivons pas rapidement à trouver des solutions efficaces.

FNESR : Pourquoi avez-vous souhaité occuper cette délégation à la mairie de Paris ? Qu’est ce qui caractérise votre engagement auprès d’Anne Hidalgo ?

AN : J’ai été conseiller spécial de Laura Flessel, qui a été la ministre des sports. C’est dans le cadre de la préparation des candidatures des jeux olympiques que je me suis rapproché de la maire, puisqu’il y avait beaucoup d'auditions et de voyages dans lesquels je la croisais. Anne Hidalgo m’a beaucoup marqué durant ces auditions. Je pense qu’elle peut provoquer beaucoup d'amour, c’est quelqu’un qui ne laisse pas indifférent de par sa personnalité. Je pense qu’elle a joué un rôle très  important dans l’obtention de la candidature des jeux olympiques, car elle incarnait parfaitement Paris à l'international.

Je suis quelqu’un de libre. Quand j’ai quitté le ministère au bout d’un an, nous nous sommes vus avec la maire. Nous avons parlé. C’était un moment particulier politiquement, car je suis arrivé à un moment de sa vie politique où elle avait besoin de se nourrir. Fondamentalement, j’admire les valeurs qu'elle défend et qui lui ont fait faire de la politique. Cela rejoint mes préoccupations : c’est une femme qui s’est construite seule, et qui n’a pas fait le parcours classique de responsables politiques. Elle vient d’un milieu populaire, qu’elle revendique sans entrer dans une forme de démagogie. Elle est profondément attachée aux valeurs de la République, qui sont les miennes. Elle est anti-raciste, elle est pour l’égalité des sexes.

Les plus hautes fonctions ne sont pas réservées à une élite de naissance. Quand elle m’a proposé de faire sa campagne, j’ai accepté. Elle m’a proposé d’être tête de liste dans le 9ème arrondissement. Contre toute attente, nous ne sommes pas passés loin de la victoire, puisque je perds l’arrondissement à seulement 800 voix. Par la suite, elle m’a proposé de rejoindre l’exécutif. Elle voulait, avec ma présence ici, envoyer un message différent, notamment à travers notre politique vis à vis des grandes villes du continent africain. Nous travaillons beaucoup en direction de l’Afrique, et évidemment mon histoire est liée à ce continent. Mon père est d’origine camerounaise, et je pense que ma présence renvoie également un message de diversité et d’incarnation.