A Saint-Céré, Dominique Bizat fait vivre l'écologie sociale

Vous avez pris vos fonctions il y a quelques mois  : comment se passe un début de mandant en période de crise sanitaire  ?

C'est compliqué. Déjà, nous sommes une équipe nouvelle. Le maire précédent était là depuis 25 ans. Il reste 5 élus de l'ancien conseil municipal. Le maire verrouillait beaucoup, ce qui veut dire que nous n'avons pas eu accès aux dossiers pendant le confinement, puisqu'on a été élu au premier tour. Impossible d'entrer dans la mairie. Tout était fermé.

Je cite souvent l'exemple de l'école. Nous avons une école avec 250 élèves, c'est la plus grosse du département. Comme on est en centre bourg, toutes les petites écoles autour ont fermées. Tous les enfants se sont retrouvés là. C'est une école qui fonctionne très bien. Il n'y a pas de problème particulier.  On est arrivé au moment où on rouvrait les écoles donc le protocole sanitaire était flou  : combien prendre d'enfants  ? Comment les faire manger  ? Nous avons mis en place, pour accueillir un maximum d'enfants, le 2S2C. Cela nous a prit du temps pour comprendre comment marchait ce dispositif, de trouver des associations. Sur une première semaine, nous avons commencé doucement pour voir si ça si l'impact était bénéfique. La deuxième semaine nous avons essayé d'accueillir un peu plus d'élèves, jusqu'à la réouverture totale de l'école.

C'est compliqué pour les élus de terrain. Nous jouons un rôle de grande proximité avec la population. Il est nécessaire de trouver le bon équilibre entre le droit et le besoin des gens. Certains Maires dans le département avaient pris des arrêtés contre le port du masque. Mettre des masques, notamment pour des petits enfants, c'est difficile. Entre la règle, le droit, le pragmatisme, le besoin de la population, il faut savoir rendre les arbitrages les plus justes.  Je n'ai pas pris cet arrêté contre le port du masque car nous sommes les représentants de la République  : il faut être responsables et ne pas mettre la population en danger.


Durant cette crise, l'État a joué un rôle très centralisateur. A t-il été suffisamment à l'écoute des élus locaux  ? Quels ont été ses manquements  ?

A la décharge de l'État, c'est très compliqué pour eux aussi de trouver la bonne mesure entre les restrictions sanitaires et les libertés individuelles. En début de confinement, il était urgent de lutter contre ce problème de surpopulation dans les hôpitaux. Sur la durée, il y a des choses que je trouve moins acceptables. Dans les petites villes, le couvre feu à 18h est incompréhensible. Il n'y a pas de métro, pas de bus. Cela n'a pas de sens, si ce n'est d'attaquer le moral de nos concitoyens. Ils ne peuvent pas faire les courses le soir, alors ils les font le samedi. Cela engendre beaucoup d'inquiétude et de stress. Évidemment, je suis pour le port du masque, et je partage l'importance des gestes barrières. Il faudrait cependant adapter les mesures au niveau des lieux et du mode de vie.


L'une des priorités de votre mandat est le développement durable, et dans un sens plus large l'écologie. Comment cela se traduit au quotidien se traduit dans votre action municipale  ?

Au niveau du restaurant scolaire, nous avons mis en place un système d'approvisionnement en produits bio, locaux, en valorisant les circuits courts. Dans une démarche de collégialité, nous avons transmis un questionnaire aux parents afin de recueillir leurs avis.

Nous avons également décidé d'installer un potager éducatif (apprendre la terre, les saisonnalités, la patience...) à la place d'un parking en centre ville qui était prévu par l'ancien conseil municipal. Il se situe a proximité de l'Ephad, ce qui favorisera les relations intergénérationnelles.

Parallèlement, nous avons intégré le dispositif «  petite ville de demain  ». Il s'agit dans un premier temps de faire un inventaire de l'ensemble des bâtiments communaux pour mettre en place un projet pluri-annuel pour la rénovation, la construction... Il s'agit d'un projet global qui prendra peut-être 3 à 5 ans pour voir le jour. Avec l'héritage financier dont nous disposons, il est compliqué de mener certains projets à bout. Heureusement, je peux compter sur la très grande détermination de l'ensemble des élus de la majorité.


Vous portez également la mise en place d'un dispositif de micro-crédits pour les habitants de Saint-Céré. Pouvez-vous nous en dire davantage  ?

Ce projet était à l'origine porté par l'un de mes colisitiers. C'est un dispositif très intéressant, qui peut permettre à une partie de la population d'accéder aux prêts bancaires. Cela permet aussi à ces personnes de venir à la mairie, de se faire connaître, de dialoguer. J'aimerais que la communauté de communes reprenne ce dispositif pour l'appliquer aux autres communes. Il peut permettre d'acheter une voiture à 2/3000 € pour aller travailler. N'oublions pas que nous sommes en zone rurale, et que sans voiture, pas de travail.


Ces initiatives sociales sont très intéressantes. On voit que même si votre prise de fonction est récente, vous avez déjà mis en place beaucoup de projets. Quels sont les autres projets que vous aimeriez concrétiser durant votre mandat  ?

Nous travaillons notamment sur les tarifs municipaux  : au niveau de la restauration scolaire, nous avons mis en place 7 quotients familiaux. Le même schéma se reproduit pour le centre de loisirs

Notre commune  compte 3500 habitants, dont 1000 enfants scolarisés. Il n'existe à l'heure actuelle pas ou peu de lieux pour les enfants, nous avons donc l'intention de monter des projets pour eux et avec eux. Cela passe par la création d'un centre socio-culturel qui regroupera la maison des jeunes et la médiathèque en un même site. Le bâtiment existe mais est à rénover.

Nous réfléchissons aussi sur le chauffage collectif, en chaufferie bois. Notre commune est proche du Massif Central, nous avons donc une réelle ressource bois locale. Cela rentre dans le projet de développement durable.

Sur l'urbanisme, nous voulons enclencher un plan réhabilitation du centre ville, qui a perdu des habitants en faveur des 150 maisons des 3 lotissements en périphérie de la ville. Par ce biais, nous portons un projet d'habitat inclusif dans le bâtiment d'une ancienne école du le centre ville.


Comment définiriez-vous personnellement ce mandat de Maire  ? Il s'agit du premier échelon direct de la démocratie, celui du contact direct, quelle est sa valeur à vos yeux  ?

Le mandat de maire est très intéressant, même si l'on perd certaines compétences retransmises à la communauté de commune. Il s'agit d'un mandat à part, vraiment différent de celui de conseiller départemental que j'exerce parallèlement. Il engendre beaucoup de proximité avec les habitants, même si ça n'apporte pas que des avantages. Les gens comptent sur vous et vous devez avoir réponse à tout. Je suis très inquiète sur l'abandon du droit de vote des gens. Je communique avec eux pour garder le contact et pour qu'ils reprennent confiance en la République et ses représentants.