À Lille, Martine Aubry se bat pour l’ouverture d’une “salle de shoot”

C’était sa promesse de campagne lors des dernières municipales : une “salle de shoot” aurait dû ouvrir à Lille ce 1er octobre. 

Au sein du Centre de soins d’accompagnement et prévention en addictologie, dans le CHRU à l’écart du centre ville, dans un quartier où la police lutte justement contre des points de deal, tout était prêt pour l’ouverture. Cette “salle de consommation à moindre risque” (SCMR) autoriserait aux toxicomanes de s’injecter de l’héroïne ou d’autres opiacés, en leur assurant un matériel stérile. Le concept est d’ores et déjà expérimenté depuis 2016 à Paris et Strasbourg.  

Mais contrairement à ce qui était annoncé, la salle n’a pas ouvert au mois d’octobre. Et pour cause : Martine Aubry dénonce un blocage politique, contre lequel elle entend se battre. 

Tout partait pourtant sous les meilleurs auspices pour ce projet : en juin 2021, Olivier Véran, alors ministre de la Santé, avait formulé l’engagement de l’ouverture de cette salle en particulier. Mais le choix du quartier a joué contre la salle : le quartier avait été ciblé en amont par le ministre de l’Intérieur pour servir de “quartier témoin” de la lutte menée par le gouvernement contre les stupéfiants. Dans le même temps, Gérald Darmanin avait affiché un désaccord de fond. Selon lui, ces salles fixent les consommateurs dans un même lieu, ce qui amènerait des dégradations ou injections à la vue de tous, et en particulier des riverains. Il ajoute que la “drogue ne doit pas être accompagnée mais combattue” et que depuis le vote de la loi Santé en 2016, les conséquences néfastes des SCMR auraient été constatées sur le terrain par ses services à Paris et Strasbourg.  

Les échanges qui s’en sont suivis avec les cabinets du ministre de l’Intérieur et de Jean Castex n’ont pas non plus permis de changer de lieu d’implantation tout en répondant au cahier des charges de la ville de Lille. La Maire s’était affichée défaitiste sur l’ambition de trouver un autre lieu, mais ne décolère pas sur son ambition d’ouvrir la salle. Le courage politique étant alors essentiel : si tout le monde peut être d’accord sur le principe, peu de gens souhaitent pour autant une salle dans leur quartier.  

Martine Aubry n’entend pas pour autant abandonner le projet suite aux derniers rebondissements. Si elle concède que le ministre s’y oppose personnellement, la loi de 2016 doit être appliquée, d’autant plus que la consommation de crack connaît une vraie recrudescence. Dans un courrier adressé à la première ministre, elle réclame le déblocage politique de l’ouverture de la salle, au nom de la santé publique et de la lutte contre la drogue. 

En effet, les salles de shoot expérimentées à Paris et Strasbourg ont un intérêt de “santé publique”, dans le sens où les consommateurs voient leur risque de finir aux urgences baisser de 24%, selon un rapport de l’Iserm publié en mai. L’intérêt est aussi plus large, celui de  la tranquillité publique : grâce aux salles, la consommation est concentrée dans un lieu unique - ce qui évite que les consommateurs réalisent des injections dans la rue - et les nuisances dans l’espace public sont réduites. Une dimension sécuritaire est aussi ajoutée : à titre d’exemple, dans le 10e arrondissement, l’immobilier a même augmenté davantage autour de la salle que dans les autres quartiers, les utilisateurs de ces commettant moins de délits.  

Sans compter que, selon une étude de l’Inserm es SCMR seraient même efficaces dans la lutte contre la consommation de drogue. Cela fonctionne selon 4 piliers essentiels : ne pas nier le rôle essentiel des politiques de prévention en amont de la consommation, mettre en place une politique de réduction des risques, orienter les toxicomanes vers des soins, tout en continuant de réprimer les trafics. Voilà tout l’intérêt des quatre volets. Le Ministère de la santé avait d’ailleurs affirmé, dès le mois de juin, sa volonté de pérenniser les centres. 

Quoi qu’il en soit, un plan d’action global, et de long terme doit être trouvé, et d’ici-là, un véritable soutien doit être accordé aux villes, comme Lille, qui se montrent prêtes à mener cette expérimentation. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.