Jours tranquilles 
à Conflans-Ste-Honorine

Rocard

Plusieurs centaines de Conflanais ont rendu hommage la 4 juillet à Michel Rocard, qui a été leur maire pendant 17 ans à partir de 1977. Le “rocardisme” est-il aussi une pratique municipale ?

Michel Rocard l’a dit lui-même : « J’ai tout fait à l’envers ». Candidat à l’élection présidentielle dès 1969 sous les couleurs du PSU, député des Yvelines également en 1969…bien avant d’être élu maire de Conflans-Ste-Honorine en 1977, puis conseiller régional d’Ile-de-France en 1986. Aux municipales de 1977, le Parti socialiste gagne de nombreuses villes de province et de banlieue. Un an plus tard, aux législatives de 1978, Michel Rocard retrouve son mandat de député des Yvelines qu’il avait perdu en 1973, après avoir cependant changé de circonscription. Il sera réélu maire en 1983 et 1989. Il quitte la fonction en 1994, un an avant la fin de son troisième mandat, pour passer la main en douceur à son premier adjoint, Jean-Paul Huchon. Autre époque, pendant toute sa carrière ministérielle, entre 1981 et 1991, il restera Monsieur le maire.

Pas de doute pour Jean-Paul Huchon : « C’était l’époque du socialisme municipal, Michel voulait faire un laboratoire qui réussit. Il a transformé la ville. Il l’a truffé de comités de quartier, crée un conseil d’animation piloté par les associations en l’absence de représentants de la mairie, inventé un Club de prévention spécialisé autogéré, construit nombre de logements sociaux sans faire un seul grand ensemble, confié des services publics à des associations, promu la batellerie en prenant avant l’heure la parti de l’écologie, lancé vingt ans avant Paris les vélos gratuits ».

Une ville où il fait bon vivre

Même le Président de la République, François Mitterrand, était venu en 1988 juger sur place de la politique d’économie d’énergie de la municipalité. Conflans a aussi la seule maison d’Europe d’accueil autogérée pour personnes handicapées. La politique culturelle et la fête étaient aussi des points forts, de la construction du théâtre Simone Signoret au festival du café-théâtre, sans oublier les nombreuses fêtes de la rose. Une politique de communication dynamique, avec “VAC” pour “Vivre à Conflans” participait à l’animation de la ville.

Michel Rocard voulait donner la parole, faire que les associations soient actrices. « On a même été mis en cause dans des réunions du PS, suspectés de vouloir dé-municipaliser le service public !», se souvient son successeur. Christophe Paris, actuel secrétaire de section de la ville, souligne combien l’action des municipalités conduites par Michel Rocard est encore présente. « Participation, cadre de vie, action sociale, éducation, culture, action économique, il savait conjuguer ces différentes politiques, il était éminemment moderne. Ce n’est pas un hasard, quand on retrouve des traces 40 ans plus tard ! Il est étonnant d’avoir une telle qualité de la vie, une vraie mixité tranquille, dans une ville de38 000 habitants qui compte 20% de logements sociaux (et même 30% auparavant). C’est vraiment une ville à part où il fait bon vivre ».

“Tranquille”, le même mot revient dans la bouche du secrétaire de section et de Jean-Paul Huchon pour parler de la vie à Conflans. « C’est exactement cela », affirme celui qui a suivi son maire à Paris, comme directeur de cabinet dans tous ses ministères. D’ailleurs, il avait commis un livre sur ces années titré : « Jours tranquilles à Matignon ». « Mais je dois dire que c’était plus vrai à Conflans ! », reconnait-il aujourd’hui.

François Descamps

266 – portrait