Jamel Gharbi

Elu - Jamel GharbiLe paradoxe de la double nationalité

 

Jamel Gharbi, conseiller régional des Pays de Loire, s’est retrouvé à la une des journaux il y a quelques jours. Mi-août, en vacances en Tunisie, l’élude la Sarthe a été agressé par des salafistes. Cette agression s’est déroulée en plein jour, à la vue de tout le monde, dans les rues de Bizerte.

 

Ce 16 août 2012 correspond à la clôture du Festival culturel qui se tient depuis trente ans, tous les étés dans la ville de Bizerte. Plusieurs centaines de salafistes se trouvaient en ville pour revendiquer publiquement. L’élu, originaire de la région, accompagné de sa femme et de sa fille de douze ans, a croisé le chemin d’un groupe d’une cinquantaine d’extrémistes. Ils ont été pris à parti, en raison de leurs tenues vestimentaires estivales. Jamel Gharbi a été molesté à coup de matraques et de gourdins. Plainte a été déposée auprès de l’ambassade de France à Tunis. Le ministère des Affaires étrangères tunisien a présenté ses excuses, le minimum diplomatique, dans un espoir à peine dissimulé de convaincre l’élu de retirer sa plainte. Mais non, Jamel Gharbi la maintient, « plus que jamais, pour que les salafistes qui ont commis ces actes soient punis ». Sa mésaventure doit être l’agression de trop, celle qui fera condamner les intégristes.

 

Propagande extrêmiste

 

Franco-tunisien, Jamel Gharbi a beaucoup oeuvré dans le milieu associatif, président de l’association sarthoise de travailleur sen recherche d’emploi et vice-présidentde Carbu’emplois. Il est également administrateur de Passerelle, une association d’insertion. Au Mans, il occupe un poste de chargé de mission. Depuis 2010, il est conseiller régional des Pays de la Loire. Il a toujours voulu garder des liens forts avec la Tunisie, cherchant à améliorer les conditions de vie, en apportant son soutien à la démocratie, aux libertés publiques et à la laïcité. Suite à la révolution arabe, Jamel Gharbi fait partie de la délégation menée par Harlem Désir qui est chargée d’observer la transition démocratique sur l’ensemble du territoire tunisien. Cette délégation a aussi assisté à des réunions de l’Assemblée nationale constituante. Elle a également apporté son soutien financier à une association de protection des femmes isolées. Le gouvernement de Jehabi, islamiste modéré, est responsable de cette dérive violente de la Tunisie qui, si elle n’est pas endiguée dès à présent, peut entraîner le pays dans un cycle infernal, voire une guerre civile. La libération de la parole tunisienne ne doit pas uniquement devenir une tribune de propagande pour les extrémistes salafistes. Jamel Gharbi, qui y a vécu jusque dans les années 1970, constate avec crainte « qu’aujourd’hui la région de Bizerte est défigurée, tout a changé, on est dans l’insécurité totale, on a peur, à partir d’une certaine heure, on se demande ce qui va se passer. Ce sont les femmes qui paient un lourd tribut. Seul, je n’aurais pas été embêté ». Cette agression a d’ailleurs été condamnée par de nombreux responsables politiques comme le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui prend « cet incident très au sérieux » et demande à ce que les représentants français présents en Tunisie entrent en relation avec le gouvernement tunisien afin que cet incident ne tombe pas dans l’oubli. Jacques Auxiette, président de la région Pays de Loire, condamne « fermement cette agression violente et gratuite de la part d’une minorité d’activistes religieux ». Il souhaite amener les Tunisiens, mais aussi les musulmans à débattre sur le lien entre politique et religion car le silence actuel contribue à créer un amalgame entre musulmans et extrémistes.

De son côté, Jamel Gharbi demande réparation, mais surtout il souhaite une condamnation officielle des salafistes parle gouvernement tunisien.

Julien Bossu