Pour une grande loi d’orientation et de programmation pour les territoires

patrice-joly  Après le Brexit, après le désaveu de Mme Merkel dans son land de l’ex-Allemagne de l’Est et après les autres replis nationalistes dans l’Europe de l’Est, l’élection inattendue de Donald Trump aux États-Unis témoigne, une nouvelle fois, du mécontentement des classes populaires qui ont un sentiment de déclassement et d’accentuation des précarités. Une simple observation suffit pour constater que les votes en faveur des solutions les plus populistes, les plus hostiles aux systèmes démocratiques traditionnels, proviennent des territoires ruraux.

Face à la concentration des richesses et aux réorganisations institutionnelles et des services, le sentiment d’abandon s’amplifie.

Il est temps que soit prise la mesure de ce sentiment de relégation d’une grande partie des populations, celle qui vit loin des métropoles, celle qui est rarement sous les projecteurs des médias, celle dont on ne parle jamais et qui se sent abandonnée, méprisée.

À l’aube de nouvelles échéances électorales en France, il y a lieu de considérer ces alertes qui constituent des signaux forts contre la seule logique des marchés, contre le déclassement, contre l’accentuation des inégalités et des précarités, pour la prise en considération des potentiels locaux, pour la proximité, pour l’emploi relocalisé, pour une égalité des chances, etc.

Il est temps d’apporter de vraies réponses aux habitants qui, dans de petites villes, dans des bourgs, des hameaux, voient les services publics se raréfier, la révolution numérique leur échapper faute d’équipement, l’emploi disparaître, les magasins se fermer…

Au-delà des mesures spécifiques, très utiles pour le rural, adoptées lors des trois derniers comités interministériels d’aménagement et de développement du territoire, il est urgent de mettre en place une politique nationale en faveur des territoires non métropolitains qui subissent de plein fouet les effets de la mondialisation sauvage.

Les mesures réparatrices qui répondent à l’instantanéité doivent céder la place à des engagements structurants et permanents afin de s’attaquer aux causes du sentiment de relégation et non plus seulement à ses conséquences.

Plus que jamais, il y a nécessité d’un signe politique fort de la part de l’État et de la part de l’Europe en direction de tous les territoires ruraux à travers notamment une grande loi d’orientation et de programmation pour les territoires. Cette loi doit répondre aux besoins de nos concitoyens tout en atténuant les inégalités entre territoires ruraux et territoires métropolitains.

Plus que jamais les territoires ruraux ont besoin qu’on leur dise qu’ils sont aussi la France et que la France a besoin d’eux !

Patrice Joly,
président du Conseil départemental de la Nièvre,
président de l’Association nationale des Nouvelles Ruralités