François Hollande devant le Congrès réuni à Versailles

Après les attaques qui ont frappé la France à Paris et à Saint-Denis dans la nuit de vendredi à samedi, le Président de la République a décidé de réunir l’ensemble des parlementaires de la Nation en Congrès, organisé à Versailles ce lundi, pour marquer l’unité nationale.

« La France est en guerre. Les actes commis vendredi soir à Paris et près du Stade de France sont des actes de guerre. » C’est par ces mots que le Chef de l’Etat a débuté son discours devant les 925 parlementaires, réunis dans la salle du congrès pour entendre les annonces de François Hollande. L’ennemi est clairement désigné : le groupe Daech, armée djihadiste « qui nous combat parce que la France est un pays de liberté, parce que nous sommes la patrie des Droits de l’Homme. » Dans son analyse de la situation que vit le pays, le Président de la République a tenu à apporter une précision essentielle : « Nous ne sommes pas engagés dans une guerre de civilisation, parce que ces assassins n’en représentent aucune. »

Le Chef  de l’Etat a ensuite salué le travail et l’action des services de secours et de soins, ainsi que des forces de l’ordre. « Vendredi, c’est la France toute entière qui était la cible des terroristes. La France qui aime la vie, la culture, le sport, la fête. La France sans distinction de couleur, d’origine, de parcours, de religion. »

Réponse internationale

Face à ces actes de guerre « planifiés en Syrie » et « organisés en Belgique », et à une organisation qui dispose « d’une assise territoriale, de ressources financières et de capacités militaires », une réponse internationale s’impose. Le Chef de l’Etat a ainsi demandé une réunion du Conseil de sécurité, afin d’adopter une résolution marquant la volonté commune des Etats de lutter contre le terrorisme. François Hollande a également annoncé une intensification des opérations en Syrie, avec la poursuite des frappes et le soutien du porte-avions Charles de Gaulle qui sera dépêché dans cette zone. L’objectif des prochaines discussions de la France avec ses alliés sera de constituer une seule et unique coalition contre Daech. François Hollande a annoncé une prochaine rencontre avec Barack Obama et Vladimir Poutine qui permettra d’aller dans ce sens.

Pour le Président de la République, l’Europe doit elle aussi s’investir pleinement dans ce combat contre le terrorisme : « L’Europe ne peut pas vivre dans l’idée que les crises qui l’entourent n’ont pas d’effet sur elle. » Pour cela, François Hollande souhaite saisir les autres pays membres au titre de l’article 42-7 du traité de l’Union, prévoyant que « lorsqu’un Etat est agressé, tous les Etats membres doivent lui apporter solidarité. » D’autre part, le ministre de l’Intérieur présentera les exigences de la France dans le cadre d’une réunion avec ses homologues vendredi : assurer le contrôle effectif des frontières extérieures, lutter contre le trafic d’armes, mais aussi permettre l’adoption du PNR européen avant la fin de l’année.

Révision constitutionnelle

L’état d’urgence, proclamé dans la nuit de vendredi lors du Conseil des ministres, a permis d’effectuer plus de 300 perquisitions. Pour que les investigations et l’action des services puissent être poursuivies rapidement,  « le Parlement sera saisi dès mercredi d’un projet de loi prolongeant l’état d’urgence pour trois mois et adaptant son contenu à l’évolution des technologies et des menaces », pour renforcer et consolider le régime de l’assignation à résidence et des perquisitions administratives.

Mais le Chef de l’Etat souhaite aller plus loin, pour donner aux pouvoirs publics les moyens d’agir contre le terrorisme de guerre. Pour cela, François Hollande souhaite que soit adoptée une révision de la Constitution, suivant les préconisations du comité Balladur de 2007, pour faire figurer l’état d’urgence aux côtés de l’état de siège dans l’article 36 de la Constitution. D’autre part, François Hollande souhaite étendre la procédure de déchéance de nationalité aux binationaux nés français condamnés pour terrorisme ou atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation.

Renforcer substantiellement les moyens

Pour mener à bien ces missions, le Président de la République a décidé de « renforcer substantiellement les moyens dont disposent la justice et les forces de sécurité. » François Hollande a assumé clairement le surcroît de dépenses engendré par ces décisions : « Je considère que le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité », a affirmé avec force le Chef de l’Etat.

Les magistrats antiterroristes pourront recourir aux techniques de renseignement les plus modernes ainsi qu’aux moyens d’enquêtes les plus sophistiqués. Le Chef de l’Etat a également évoqué l’extension de la légitime défense des politiques. Ces différentes propositions feront l’objet d’une loi qui sera présentée rapidement.

François Hollande a ensuite présenté ses décisions concernant le renforcement des moyens destinés à assurer la sécurité des Français. Ainsi, 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes seront créés d’ici deux ans, portant à 10 000 le total des créations d’emploi de sécurité sur le quinquennat. Cela permettra de « restaurer le potentiel des forces de sécurité intérieur au niveau qu’elles connaissaient en 2007 », a précisé le Président de la République. Le ministère de la Justice disposera de 2 500 postes supplémentaires pour l’administration pénitentiaire et les services judiciaires. 1 000 postes seront créés dans l’administration des douanes.

Quant aux armées, particulièrement sollicitées depuis plusieurs mois dans le cadre des opérations extérieures, le Président de la République a annoncé la fin des diminutions d’effectifs jusqu’en 2019, « au bénéfice des unités opérationnelles, de la cyberdéfense et du renseignement. »  Le Chef de l’Etat souhaite également réfléchir à une potentielle garde nationale formée des réservistes, « élément fort du lien entre l’armée et la Nation. »

Pour conclure, François Hollande a affirmé sa volonté que « la France puisse rester elle-même. » C’est pour cela que la Conférence sur le Climat et les élections régionales ne seront pas reportées ou annulées. Avant que la marseillaise ne soit chantée par l’ensemble des parlementaires et des membres du gouvernement, François Hollande a affirmé, avec une détermination sans faille : « Le terrorisme ne détruira pas la République, car c’est la République qui le détruira. »

Yohan Letertre

http://www.elysee.fr/videos/discours-du-president-de-la-republique-devant-le-parlement-reuni-en-congres-2/