Editorial, par Philippe Baumel

  Présidentielles : Et la culture dans tout ça ?

Ces dernières semaines, le vent des affaires qui souffle sur les candidats à l’élection présidentielle laisse place à un climat pour le moins atypique, très loin de l’effervescence, de la confrontation d’idées et des débats de famille agités qui sont d’habitude la norme, à la veille d’un scrutin aussi majeur pour l’avenir de notre pays.

L’analyse sérieuse des programmes des candidats semble mise de côté et les thématiques hiérarchisées au gré des faits divers. Des questions essentielles restent soigneusement évitées et trop souvent, la culture en fait les frais.

Source d’espoir et vecteur de progrès, elle apparaît pourtant comme le moyen de répondre à la crise des institutions et de renouer avec la promesse républicaine, qui consiste à donner à chacun, quelles que soient ses origines sociales, les mêmes chances de réussite et d’insertion dans la société.

Les déserts culturels, ces territoires dépourvus de théâtres et de lieux de création, se multiplient alors que les moyens des collectivités locales diminuent et la perte de nombreux départements, régions et communes par la gauche n’a rien arrangé, se traduisant ces dernières années par la mise en danger de manifestations festives et culturelles.

Sérieusement menacée, la culture pour tous, dans les espaces périurbains comme en milieu rural, est l’un des véritables enjeux de cette élection. Aussi, la volonté de réserver 1 % du PIB chaque année au budget de la culture, portée par Benoît Hamon, a retenu toute mon attention. Elle est en effet de nature à pallier le désengagement des collectivités locales et à véritablement lutter contre les inégalités territoriales.

La dimension participative des propositions du candidat socialiste, encourageant les co-constructions dans l’espace public entre artistes et habitants ou le développement de programmations hors les murs, me sont apparues essentielles pour renouer avec les classes populaires et moyennes, qui semblent se détourner de cette élection et de la politique en général.

Enfin, soutenir l’entreprenariat culturel pour trouver des modèles économiques novateurs, pérennes et solidaires est indispensable. Car aujourd’hui encore, trop rares sont les candidats à appréhender la culture comme un apport plus qu’une dépense. D’ailleurs, toutes les études le démontrent : la culture et la création artistique sont les moteurs de l’économie française.

À l’aube de cette campagne électorale et au regard de la place conférée à l’enjeu culturel par les candidats à l’élection présidentielle et par les médias, les motifs d’inquiétude sont nombreux. Certaines propositions elles, sont tout à fait alarmantes. Tant du côté de François Fillon ou de Madame Le Pen, pour qui la culture est une gabegie, que des approximations d’Emmanuel Macron, qui ne semble toujours pas avoir défini précisément les contours de sa politique culturelle s’il était élu.

Levier économique, outil de cohésion sociale, vecteur d’épanouissement personnel et garant de l’égalité des chances, la culture mérite beaucoup mieux que cela. Elle doit aujourd’hui, plus que jamais, prendre toute sa place dans le débat qui s’ouvre et devenir un élément central du choix que seront amenés à effectuer les électeurs. À tout juste un mois du premier tour de l’élection présidentielle, il est plus que temps !

Philippe Baumel,
vice-président de la FNESR