Editorial, par Luc Carvounas

  Nos services publics sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas

Pour la première fois sous la Ve République, l’élection présidentielle nous pose la question du choix politique entre une grande régression – avec le retour du centralisme voulu par presque tous les candidats – ou une grande transition qui fera davantage confiance aux maires comme à leurs habitants.

Si nous voulons rendre le futur désirable, nous voulons surtout rendre concrètes et durables ces grandes transformations écologiques et sociales que nous préparons. Pour cela, nous avons besoin d’une République forte et présente sur l’ensemble de nos territoires.

Nous, maires et élus socialistes, savons plus que jamais l’importance du premier guichet républicain que représentent nos communes pour accompagner nos populations et développer de vraies politiques publiques solidaires, en matière d’éducation, de transports, d’environnement ou de cadre de vie.

Aujourd’hui, on nous propose une casse des services publics – avec une baisse de 100 milliards d’euros de dépenses publiques pour les uns, ou de 60 milliards d’euros pour les autres – sans parler du FN qui, lui, a clairement annoncé la couleur : pour les fonctionnaires, ce sera l’allégeance ou la purge !

Benoît Hamon est le seul candidat qui défend farouchement nos services publics, et notamment la fonction publique territoriale. En tant que maire et à titre d’exemple, j’ai pu encore mesurer l’année dernière la nécessité, la compétence, et la réactivité de nos communes lors des épisodes de canicule ou de grande crue en Ile-de-France. Mais qui fera ce travail demain si nous supprimons 120 000 ou pire 500 000 fonctionnaires ?

De plus, il est faux de prétendre redonner du pouvoir d’achat aux contribuables en supprimant la taxe d’habitation. Nous savons très bien que cette baisse drastique des ressources des communes devra être compensée par de nouvelles recettes, donc par une baisse du pouvoir d’achat. Il s’agit donc à la fois d’une iniquité fiscale mais aussi d’un artifice comptable qui mettra davantage nos territoires en difficultés, ce que tous les élus savent déjà !

À quelques semaines du 23 avril, date du premier tour de l’élection présidentielle, je voudrais revenir sur la proposition de notre candidat de “garantie service public” qui assure à toutes et à tous un panier de service public à moins de 30 minutes de chez soi. Seules de telles mesures réussiront à mes yeux à estomper durablement le sentiment de territoires déclassés, qui fait justement le lit des extrémismes de toutes natures.

La France est riche de ses communes ; les cinq années qui nous attendent doivent être une chance pour elles, et non pas une impasse.

Luc Carvounas,
sénateur du Val-de-Marne et maire d’Alfortville