Éditorial, par Jean-Michel Morer

jm-morer Migrants : remettre de l’humanité au cœur du processus

Si la crise des migrants est emblématique, elle révèle des fractures profondes dans notre pays, qui doivent nous interpeller et nous amener non seulement à de belles déclarations de principe mais à des réponses concrètes et adaptées localement. Elle touche à nos valeurs humanistes et républicaines essentielles, avec lesquelles nous ne devons absolument pas transiger. N’oublions jamais que la France, dans son ADN même, est une terre d’accueil dont le droit d’asile constitue un des piliers principaux. Notre pays s’est aussi construit depuis des siècles autour des vagues migratoires successives.

Elle nous place face à notre responsabilité d’élu local. Médiateur du quotidien et de la proximité, notre mission première est bien celle de tisser les liens qui font société, favorisent cohésion sociale et vivre ensemble ; encore faut-il être considéré comme de véritables partenaires et associés à ce titre, le plus en amont possible, dans un dialogue constructif.

Si nous soutenons sans réserve le plan national d’accueil des réfugiés et migrants initié par le gouvernement, comme la décision courageuse de démanteler la “jungle” de Calais, et tous les ghettos indignes qui subsistent encore dans le pays, un constat s’impose. Assurer un traitement juste des conditions d’accueil et demandes d’asile suppose de remettre de l’humanité au cœur du processus. Force est de constater que nous sommes aujourd’hui dans l’urgence, quelquefois même l’improvisation, ce qui conditionne une vision technocratique et quantitative de la problématique alors qu’un accueil digne de ces populations fragilisées exigerait sérénité, anticipation, complémentarité des différents acteurs, qu’ils soient institutionnels ou humanitaires, prise en compte des priorités humaines mais également des réalités locales.

Nous ne devons plus considérer de tels épisodes migratoires comme de simples accidents géopolitiques mais plutôt comme un processus continu. Ce qui impose de bâtir un véritable écosystème permettant d’aboutir à une inclusion sociale et territoriale épanouie. Cette priorité doit également nous animer en matière d’accueil d’urgence, afin de ne pas opposer migrants et publics vulnérables. Il nous faut refonder notre politique d’accueil globalement, y apporter des réponses structurelles sur le court et le moyen terme afin de réussir le plus délicat : l’insertion républicaine et citoyenne de ces différents publics.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de ne raisonner qu’en terme capacitaire, quantitatif, technocratique, de ne privilégier qu’une lecture pyramidale. De telles problématiques doivent s’appréhender de manière systémique, qualitative, locale, humaine tant leur traitement nécessite une longue chaîne de solidarités dans laquelle chaque maillon, aussi infime et fragile soit-il, a un rôle essentiel, du sommet à la base.

Jean-Michel Morer,
maire de Trilport (Seine et Marne),
délégué de la FNESR aux Droits de l’homme