Editorial, par Eric Andrieu

Pour sauver l’agriculture, changeons de modèle

Alors que la capitale célèbre son agriculture et l’excellence de ses productions au Salon International de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, il serait naïf et irresponsable de voir en cette vitrine offerte au grand public, la réalité idéalisée d’un secteur aujourd’hui en plein questionnement.

La crise agricole que traversent les éleveurs français est significative de l’incompréhension qui demeure entre les pouvoirs publics et le monde agricole. Elle est aussi révélatrice des carences d’une Politique Agricole Commune (PAC), qui ne répond plus aux besoins des agriculteurs, des citoyens européens et d’un mode de développement durable.

En 1957, la PAC a réalisé le plus important transfert de compétences vers l’Union Européenne (UE) et, grâce à une modernisation rapide de l’agriculture, les objectifs d’autosuffisance et indépendance alimentaire ont été pleinement atteints. Elle a aussi structuré une agriculture agro-industrielle, favorisé les intermédiaires au détriment des petits producteurs et contribué à la diminution des populations rurales et de l’emploi.

60 ans après, force est de constater que les éléments qui ont structuré la PAC ne sont plus adaptés à la résolution des crises successives qui frappent notre agriculture.

L’Europe peut-elle continuer à financer des politiques publiques qui ne fonctionnent plus ? Je ne le crois pas.

Parce qu’il ne sait pas répondre aux défis de notre temps que sont : la sécurité alimentaire, l’environnement, le changement climatique et de la gestion de territoires, le modèle libéral de développement agricole a fait la magistrale démonstration de son obsolescence en termes de performances économiques, écologiques et sociales.

Il est maintenant urgent de réintroduire de la régulation publique.

Le temps est venu de prendre conscience que les crises qui frappent régulièrement nos filières et nos territoires ne doivent plus être traitées par des propositions court-termistes, mais abordées de manière structurelle.

Il est impératif d’offrir de nouvelles perspectives à l’agriculture européenne, de s’orienter vers la reconquête du marché intérieur, la qualité alimentaire, les circuits courts et les structures familiales !

Cette politique a besoin de recouvrer une légitimité politique pour pouvoir répondre aux attentes des citoyens et préserver le projet européen mis à mal par les populistes et le référendum britannique sur le Brexit.

Nous devons le démocratiser et en repenser les objectifs afin qu’elle redevienne une politique publique capable de répondre aux attentes des producteurs, des consommateurs et de la société.

Si nous n’avons pas le courage d’affirmer haut et fort qu’une PAC revisitée est tout autant nécessaire que la réorientation de notre modèle agricole, ce sujet sera préempté par les europhobes.

L’attention que porte la candidate du Front National à l’agriculture n’est pas anecdotique. À quelques semaines d’échéances électorales majeures pour la France, gardons-nous de lui abandonner le sujet.

Éric Andrieu,
député Européen,
porte-parole S & D à l’Agriculture
et au Développement Rural