Droite : la grande glissade, par Philippe Baumel

Edito - Philippe BaumelLe 6 mai est désormais synonyme de victoire de notre candidat François Hollande mais pas uniquement. C’est aussi la date de la première consultation électorale qui marque le dégel des blocs électoraux propres à l’UMP et au FN pour se fondre dans les mêmes eaux sombres du sarkosysme défait. Avec un centre droit, le Modem, amputé de près de 50 % de ses voix au premier tour de la présidentielle, le résultat de Nicolas Sarkozy au deuxième tour reste pourtant important (48,4 %) car il marque une vraie fusion de ce qui avait été longtemps deux blocs antinomiques.

 

En vérité, c’est une sorte d’aboutissement d’un long processus engagé depuis plus de dix ans. Il a largement été facilité par le retrait progressif à droite et à l’extrême-droite de deux des acteurs qui l’avaient longtemps empêché, Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac. Mais, il est aussi le résultat d’une stratégie de campagne délibérément choisie par Nicolas Sarkozy et affichée clairement entre les deux tours, consistant à reprendre les thématiques du Front national pour en faire l’essentiel de son discours, notamment sur l’immigration ou la sécurité.

Dès lors, la grande glissade de la Droite vers une recomposition droitière et populiste est engagée. Le scrutin du 6 mai en est le premier témoignage et il est à craindre que bientôt, à travers les élections législatives, cette fusion soit davantage marquée.  Déjà, dans de nombreuses circonscriptions, beaucoup de candidats UMP, parfois députés sortants, s’appliquent dans leurs discours à tout faire pour capter le plus largement possible le vote Front national sans plus se poser aucune question éthique. Il ne s’agit pas d’alliance encore, plutôt d’appels plus ou moins appuyés pour faire barrage à l’élection probable de députés de gauche, éventualité présentée comme une sorte d’apocalypse. Même le slogan de l’UMP “Ensemble, choisissons la France” pourrait convenir comme un gant aux soutiens de Marine Le Pen et bientôt, peut être, au futur parti populiste de droite dont certains cadres ou militants des deux partis UMP et FN rêvent déjà.

L’échec de Nicolas Sarkozy et de l’UMP, le lot de divisions qu’il génère à droite, avec en parallèle la progression de l’électorat Front national, tout cela incite à penser que, pour les législatives et pour les municipales qui suivront, cette mutation s’opérant davantage encore, peu à peu une nouvelle force de droite populiste émergera jusqu’à être capable de se hisser au plan national vers les marches du pouvoir. Et une nouvelle fois, la Droite française aura fait le choix du pire.

Dès lors, face à cette nouvelle déroute, tant électorale qu’éthique, la Gauche aura l’énorme responsabilité de porter, seule, le devenir de la République.

Philippe Baumel, vice-président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains