Combattre le communautarisme et l’extrême-droite sur le terrain de la laïcité

 Président du groupe socialiste au Sénat, Didier Guillaume nous livre son point de vue sur la laïcité en nous rappelant que la gauche s’est aussi « structurée grâce au combat républicain et laïque »

Avec la poussée de l’intégrisme religieux, particulièrement de l’islamisme, notre pays connaît de nouveaux débats autour de la laïcité. Vifs débats, parfois dangereux quand certains mettent en cause Charlie Hebdo comme menant une guerre contre les musulmans. Ces débordements n’honorent
pas leurs auteurs et montrent tout le besoin de redonner du sens à la laïcité, principe trop remis en cause aujourd’hui alors qu’il est le ciment de la cohésion républicaine.
Les communautaristes attaquent la laïcité, mais ils ne sont pas les seuls. Depuis les municipales de 2014, l’extrême-droite française a repris son offensive contre la laïcité dans les communes qu’elle dirige. Chaque année, alors que les républicains célèbrent le 9 décembre la Loi de 1905, les maires FN relancent les polémiques autour des crèches dans les lieux publics.
Si la Justice a harmonisé sa jurisprudence sur la question des crèches par rapport à la laïcité, ces maires d’extrême-droite, de Béziers à Hénin-Beaumont, cherchent par tous les moyens à contourner les principes laïques. Leur emboîtant le pas, Laurent Wauquiez, nouveau leader de LR, réitère aussi ses velléités contre la laïcité en contournant les décisions de la Justice. Les attaques contre la laïcité, contre le pacte républicain viennent de partout.
Il ne faut pas ignorer ces faits et ces actes.
Notre République s’est construite autour de l’engagement de ses élus locaux pour la défense des valeurs et principes républicains. La laïcité s’est propagée de commune en commune sous la IIIe République, les maires en sont devenus les premiers garants. Les élus de la gauche républicaine que nous sommes ne doivent pas oublier cet héritage.
La social-démocratie est mise en difficulté partout en Europe. Mais en France, notre gauche a un atout supplémentaire : elle n’a pas construit son histoire que sur la question sociale, elle s’est aussi structurée grâce au combat républicain et laïque. Et cette lutte est loin d’être terminée, elle continuera tant que les mises en cause de la République perdureront. C’est aussi par ce combat que la social-démocratie française retrouvera les chemins de la victoire.
Dans la promotion des principes républicains, les maires sont pourtant souvent bien seuls. Si la Loi de 1905 est claire et qu’une nouvelle loi n’est peut-être pas nécessaire, une réaffirmation des règles qui découlent du principe laïque de notre République ne serait pas de trop aujourd’hui. Elle aiderait chaque maire à prendre les mesures appropriées aux difficultés rencontrées. Elle permettrait aussi une meilleure information et éducation de la laïcité auprès des citoyens. La Justice a entrepris de clarifier sa jurisprudence sur la laïcité, mais elle s’inscrit sur le temps long.
C’est à nous alors, élus de gauche républicaine, de mener le combat militant dans le pays pour reprendre la marche en avant de la laïcité. C’est à nous de rappeler les valeurs et les principes, ainsi que les droits et devoirs qui en découlent pour tous, citoyens ou élus. C’est à nous de promouvoir encore et encore la laïcité comme vecteur d’émancipation. C’est à nous que revient la responsabilité de combattre le communautarisme et l’extrême-droite sur le terrain de la laïcité.
Didier Guillaume,
président du groupe socialiste au Sénat