Catherine Lemorton

Elue - Catherine LemortonUne histoire revendiquée

 

Présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Catherine Lemorton est députée de la 1re circonscription de Haute-Garonne, qui couvre le nord-ouest de Toulouse et Blagnac.

 

C’était  le  25 mai  2011.  Catherine Lemorton  le  décrit  encore  comme le plus beau moment de son mandat de député. Quoi qu’il advienne à l’avenir. « Je me sentais porter toute cette histoire »,  raconte-t-elle, encore  émue,  se  souvenant  des  injures des députés de droite que sinon la charité au  moins  la  décence  nous  dispensent  de relater  le  contenu.  En  effet,  l’impudente parlementaire  venait  de  citer  Maximilien Robespierre. Il s’agissait alors de faire procéder à une préemption publique de plus de 100 pages de manuscrits de l’Incorruptible  mis  en  vente  et  qui  risquaient  d’être dispersées.  Opération  réussie  d’ailleurs, grâce à la mobilisation de collectivités locales,  de  citoyens  et  d’institutions  publiques.

Si Catherine Lemorton a ainsi interpellé Frédéric Mitterrand sous les huées de ses collègues de droite, ce n’est pas sur un coup de tête. Elle le dit elle-même, l’ancien député d’Arras puis de Paris l’accompagne depuis  son  adolescence.  Pour  elle,  c’est avant  tout  l’homme  qui  obtint  l’égalité  civile des « hommes libres de couleur »dans les colonies. Celui qui lutta pour le suffrage universel, contre la peine de mort, l’homme qui tenta d’empêcher la guerre avec les puissances  européennes  que  souhaitent et  obtiennent  Louis  XVI  et  les  Girondins. Et  elle  s’avoue  assez  décontenancée  que ses  amis  socialistes  emboîtent  parfois  le pas  de  la  droite  dans  les  caricatures  de l’Incorruptible. Comme si Jaurès et son Histoire socialiste de la Révolution française n’avaient pas existé…

 

Mandat Unique

 

Députée depuis 2007, rien ne destinait Catherine Lemorton à un destin parlementaire. D’abord parce qu’elle ne s’était pas préparée  pour.  Ensuite  car  elle  a  longtemps résisté. Et parce qu’elle a même tenté, une fois élue en juin 2007, de céder son siège à  son  suppléant  avant  de  se  raviser.  Originaire de Picardie, issue d’une famille de droite « gaulliste sociale », elle avoue s’être construite en réaction à ce modèle, un peu “anar” dans sa jeunesse, votant souvent à la gauche de la gauche.

Devenue pharmacienne, installée à Toulouse, elle est licenciée en 1994 de l’officine dans laquelle elle est salariée pour de « fausses raisons économiques », en réalité à cause de ses activités syndicales au sein de la CFDT-Santé. « En l’espace de quelques jours, vous n’êtes plus rien », se remémore-t-elle. Sans aucun doute un moment fort de son engagement et  à  l’origine  d’une  pugnacité  toujours  intacte.  Celle  qui  la  caractérise  depuis  ses combats très durs contre les dérives d’une certaine  industrie  pharmaceutique  et  qui lui  ont  assuré  une  forte  notoriété  depuis son premier mandat.

Associée à une amie de fac, elle prend ensuite la tête d’une officine de pharmacie au centre  de  Toulouse.  Très  impliquée  dans le soutien aux toxicomanes et aux précaires,  habituée  des  maraudes  de  nuit  avec Médecins  du  Monde,  Catherine  Lemorton devient connue, appréciée comme responsable  de  l’association  des  commerçants.

Elle prend sa carte du PS le 22 avril 2002, au lendemain du choc du 21 avril. Devient trésorière  de  section  en  2003,  tentant  de comprendre  pourquoi  des  gens  qu’elle côtoie tous les jours sont amenés à voter Front  national,  parlant  inlassablement avec  eux.  En  2006,  la  circonscription  traditionnelle  du  maire  de  Toulouse  est  réservée “femmes” pour le PS. Elle y affronte en  juin 2007  le  maire  sortant,  Jean-Luc Moudenc,  qu’elle  bat  largement.  Elle  ne veut pas siéger. Mais ses amis de Toulouse et  d’ailleurs  – Martin  Malvy,  Pierre  Cohen, Arnaud  Montebourg –  la convainquent.

Partisane  forcenée  du  mandat  unique, elle  refusera  des  places  aux  municipales et  aux  régionales.  Parlementaire  acharnée, devenue “la” spécialiste des questions de  santé,  son  nom  s’impose  facilement comme présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale de la nouvelle législature. Réélue en 2012 avec 65 % des voix, elle dit cependant qu’il « faut savoir s’arrêter », prévoyant de s’impliquer  à  terme  dans  l’humanitaire  international. Avec encore l’Incorruptible à ses côtés, on s’en doute.

Philippe Foussier