« Budget 2015: la cohésion territoriale comme priorité », par Michèle André

Michle AndrŽLe marathon budgétaire a débuté au Parlement et s’y poursuivra tout l’au­tomne. Pour les collectivités locales, il va impliquer un effort historique, à la hauteur de ce que le pays tout entier a engagé pour redresser des comptes publics délabrés par la droite. Nous ne le rappelle­rons jamais assez : entre 2002 et 2012, la dette a doublé. Son niveau, proche des 100 % de PIB, constitue une double menace. À court terme pour notre souveraineté financière, à long terme car nous ne voulons pas léguer un tel héritage à nos enfants.

Un effort partagé et équitable a été demandé à l’État, la Sécurité sociale et les collectivités territoriales : pour les acteurs locaux, cela se traduira d’ici 2017 par une baisse de 11 mil­liards d’euros des dotations versées par l’État. C’est considérable : on le sait, sur 10 € de dette publique, un seul est dû aux col­lectivités locales. Mais c’est à leur solidarité qu’il est aujourd’hui fait appel. Et ces efforts commencent à payer ! En 2015, le paiement des intérêts de la dette recule, et c’est l’Édu­cation qui devient le premier budget de la République. La politique que nous menons et que nous assumons ne relève pas de la “posture” ou du “totem”, c’est bien pour notre jeunesse et l’avenir de notre République que nous agissons.

Notre conception de l’organisation territoriale a toujours été celle de la justice et de l’équité. Ce budget renforcera les dispositifs financiers de lutte contre les inégalités, notamment pour les communes urbaines et rurales défavori­sées. C’est là que se joue la cohésion territo­riale, et notre pacte républicain.

L’investissement local est l’autre grande prio­rité : tous nos efforts doivent aller à la reprise de notre économie. Le rôle des collectivités y sera central. Certes, l’investissement dimi­nuera l’année prochaine, effet traditionnel du “cycle électoral”. L’enjeu, c’est que ce recul ne soit pas plus fort que lors des précédents renouvellements municipaux. Pour cela, nous réfléchissons à des mesures réalistes qui puissent immédiatement être mises en place. Ce souci ne date pas d’hier. Sur l’ac­cès au financement par exemple, beaucoup a déjà été fait, entre les 20 milliards d’euros débloqués par la Caisse des dépôts ou la création de l’Agence France Locale, gérée par les collectivités, et qui effectuera bientôt ses premiers prêts.

Ne nous voilons pas la face, le paradigme financier a changé : les ressources en dota­tions seront durablement moindres, quand le niveau de fiscalité locale pesant sur les mé­nages et entreprises ne laisse plus beaucoup de marges de manoeuvre… Cette contrainte doit nous forcer à l’imagination : il faudra par exemple avoir une réflexion sur les écono­mies d’énergie réalisées par les collectivités locales et leur utilisation, afin d’aller plus loin que ce qui se fait déjà. Les grandes initiatives en faveur de l’émancipation de l’action lo­cale ont toujours été portées par la gauche, faisons preuve d’audace pour tracer de nou­velles voies.

Michèle André, présidente de la commission des finances du Sénat, sénatrice et conseillère générale

Cet éditorial est extrait de la lettre des élus socialistes et républicains n°184 du 27 octobre 2014

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