Communiqué de presse : le triple échec de Fadéla Amara

Le plan « Espoir banlieues » devait être un modèle de solidarité et d’efficacité en matière de politique de la ville. Trois ans après qu’en est-il?

Le plan « Espoir banlieues » n’existe nulle part ailleurs que dans les annonces médiatiques de la secrétaire d’Etat. Tandis que les habitants des quartiers les plus isolés sont confrontés à une aggravation de leur situation, les acteurs de la politique de la ville sont totalement désemparés face à une secrétaire d’Etat qui ne leur propose ni crédits, ni méthode, ni cap et objectifs partagés et portés au plus haut niveau de l’Etat.

Tandis que l’ANRU est clairement confronté à un assèchement de ses crédits et que le levier du renouvellement urbain est de plus en plus compromis, le volet cohésion sociale est lui aussi en pleine déshérence.

La réforme de la géographie prioritaire dont la révision était annoncée avec fracas est reportée chaque année et le directeur général de l’Agence pour la cohésion sociale et l’emploi (ACSE) a récemment annoncé qu’elle n’interviendrait pas avant 2014. D’ici là, l’ACSE ne sera même pas en état de maintenir des dispositifs d’intervention déjà trop faibles. La diminution de moitié des moyens alloués à l’Afpee, association qui met en place, aux cotés des communes, les clubs « coup de pouce » dans les écoles est encore un triste illustration de ces renoncements successifs

Sur le terrain, faute d’une réelle «politique de la ville» et d’objectifs partagés par les acteurs locaux et associatifs, les contrats urbains de cohésion sociale sont prorogés chaque année, sans laisser la place à l’évaluation et à l’adaptation aux situations locales.

En refusant de faire de la cohésion sociale une priorité budgétaire, le gouvernement tente de renvoyer dos à dos les communes en difficulté. Ainsi, dans une lettre de cadrage datée du 17 septembre dernier, le directeur de l’ACSE indique à ses délégués départementaux que les crédits d’intervention mobilisés dans le cadre des CUCS (contrats urbains de cohésion sociale) seront en baisse de 12% par rapport au budget primitif 2010 (cette baisse sera de 20% pour les CUCS ayant fait l’objet d’une rallonge budgétaire en cours d’année 2010). Il est aussi précisé que ces crédits iront pour 75% aux quartiers de priorité 1, pour 20% aux quartiers de priorité 2 et pour 5% aux quartiers de priorité 3.

Nous refusons d’entrer dans une démarche de «mise en concurrence» pour l’allocation des crédits de la politique de la ville entre les quartiers qui «seraient le plus en difficulté». Dans les 751 ZUS françaises, un tiers des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Aujourd’hui nous appelons à une réelle mobilisation des crédits de droit commun et des moyens de la puissance publique dans tous les quartiers sensibles et à une réelle évaluation de la politique de la ville pour lui permettre de redevenir ce qu’elle doit être : une politique de mobilisation interministérielle et d’expérimentation au plus proche des analyses des besoins locaux. Si dans certains quartiers les besoins en matière de soutien vers l’emploi, la prévention de la délinquance et l’éducation doivent être prioritairement traités par des moyens de droit commun, dans d’autres, la puissance publique doit être en mesure d’activer des actions de lute contre les discriminations, de prévention en matière de santé publique ou l’émancipation individuelle et collective des habitants de ces quartiers en difficulté.

Cette coupe drastique dans les crédits de la politique de la Ville succède à la baisse énorme des moyens consacrés aux emplois aidés et à la jeunesse, elle intervient aussi en même temps que le gel et la baisse des dotations aux collectivités locales qui sont en première ligne dans ces quartiers.

Incapacité à dépasser les effets d’annonce et les coups médiatiques, ni réforme, ni évaluation de la géographie prioritaire, crédits en baisse…c’est encore un triple échec pour Fadela Amara. Au-delà de cet échec, c’est un constat de désespoir et d’abandon pour des territoires qui souffrent.

Olivier Dussopt, Député de l’Ardèche, Vice-président de la FNESR

Marianne Louis, Adjointe au Maire d’Evry, Secrétaire nationale du PS à la politique de la ville