L’élue de la semaine : Salima Inezarene

  Au contact de la population

Conseillère régionale de Bourgogne-Franche-Comté, Salima Inezarene est membre du conseil municipal d’Audincourt dans le Doubs

Issue d’un milieu modeste, celui des ouvriers de l’est de la France, Salima Inezarene a grandi dans une famille où le débat politique a toujours eu toute sa place. «Nous ne rations jamais un journal télévisé et la politique nationale et internationale était débattue et commentée. Je garde un souvenir ému du sourire de mes parents lors de l’apparition du visage de François Mitterrand sur l’écran de télévision le 10mai 1981», explique Salima Inezarene, qui confie qu’elle n’avait jamais pensé participer à la vie politique.

Elle connaît bien Audincourt, elle y est née et y vit. Sa ville, elle la quitte après le bac afin de suivre des études en AES puis en Histoire à l’université de Strasbourg. Salima Inezarene devient professeur des écoles et exerce pendant dix ans dans la capitale alsacienne avant de revenir à Audincourt et de prendre un poste dans l’école maternelle où elle fut elle-même élève quelques années auparavant : «J’étais très émue de revenir dans cette école. J’ai été accueillie par la directrice qui était déjà en fonction à mon époque. J’ai vécu cela comme une transmission d’être présentée comme une ancienne élève. Je n’avais pas mesuré l’impact que cela représente d’être issue d’un quartier populaire et de devenir enseignante». Cette situation lui permet une certaine proximité avec les parents d’élèves qui sont pour certains d’anciens camarades de classe.

Le besoin de s’engager

Le déclic politique se produit avec la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 : «Il représente tout ce que je ne voulais pas, un changement de paradigme qui engendre une forme violence envers les symboles de la République. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester simplement spectatrice et que je devais agir». Salima Inezarene s’active au sein de la cité en prenant part aux débats lors de réunions publiques. Elle est rapidement repérée par le maire de l’époque Martial Bourquin. «Il m’a demandé de rejoindre sa liste pour les municipales de 2008. Tout est allé très vite», précise Salima Inezarene qui rejoint dans le même temps le Parti Socialiste. Elle participe à sa première campagne électorale où elle apprécie particulièrement les séances de porte à porte et les moments d’échanges avec les habitants. «Nous sommes dans un contexte favorable pour cette élection et la liste est élue dès le premier tour avec un score presque soviétique», ajoute Salima Inezarene, qui a vu en Martial Bourquin un mentor politique. Élue adjointe au maire, elle est d’abord en charge du développement durable et de l’économie sociale et solidaire. Un de ses premiers objectifs est de développer le tri sélectif au sein des écoles. Quelque temps plus tard, elle endosse l’écharpe de maire adjointe à la culture : «J’y ai vu un symbole fort. On me fait confiance. La culture a une place très importante à Audincourt», confie Salima Inezarene.

De nouveau sur la liste de Martial Bourquin pour les élections municipales de 2014 – élue dès le premier tour –, elle se voit confier la délégation enfance, jeunesse et éducation. «Pour cette mandature, deux délégations ont été fusionnées en une. On me l’a confiée car je connais à la fois les spécificités des écoles de la commune et le fonctionnement plus général de l’Éducation Nationale. Pour éviter tout conflit d’intérêts je suis partie enseigner dans une autre commune», ajoute Salima Inezarene, qui a contribué à la création d’une nouvelle école maternelle dans le centre-ville. À l’issue d’un désaccord avec le maire, elle est relevée de ses fonctions d’adjointe.

Être cohérent

«Lors de législatives partielles organisées suite à la nomination de Pierre Moscovici à la Commission Européenne, nous avons eu un duel entre le PS et le FN, qui se conclura par la victoire de notre candidat Frédéric Barbier. C’est à ce moment que j’ai réellement pris conscience de tout le travail de dédiabolisation fait par l’extrême droite. Certains élus profitent des tensions actuelles pour se donner une image plus acceptable. Nous avons encore du travail pour contrer leurs idées», explique-t-elle.

En 2010, elle est élue au Conseil régional de Franche-Comté. «À la Région, je découvre une nouvelle collectivité avec des enjeux bien plus politiques et bien plus stratégiques. Ce premier mandat est très formateur, notamment sur la gestion d’une collectivité», explique Salima Inezarene qui a été réélue lors des dernières élections régionales de 2015. «Là, nous étions dans une situation inédite, celle d’une nouvelle grande région. Il a fallu composer avec les différentes sensibilités territoriales». Elle s’attelle à la tâche au sein de la commission culture. «Nous avons dû reconstruire une politique culturelle suite à la fusion des deux régions. Nous avons mis en place une campagne de concertation importante de tous les acteurs ainsi que des assises de la culture», déclare Salima Inezarene. Elle est actuellement référente emploi, formation et économie pour le Nord Franc-Comtois et depuis janvier 2018, une nouvelle mission lui est confiée, celle de l’insertion des jeunes.

Julien Bossu