L’élue de la semaine : Juliette Nevers

 Au service du local

Adjointe au maire de St-Pardoux-la-Rivière, déléguée à la vie associative et à la culture, Juliette Nevers est conseillère départementale de la Dordogne, élue dans le canton du Nontronnais

Juliette Nevers est de cette génération qui a subi de plein fouet la présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle de 2002. «Ce n’est pas possible de voir cela. Nous ne pouvions pas laisser faire cela, ni les laisser propager leurs idées», explique-t-elle. Originaire de Corrèze, Juliette Nevers s’est installée en Dordogne pour raison professionnelle. N’étant pas issue d’une famille de militants, elle n’a pas précocement choisi de s’engager en politique. D’ailleurs, ce n’est ni au lycée, ni lors de ses études en aménagement du territoire et en développement économique qu’elle décide de rejoindre les rangs d’un syndicat, mais c’est bien en arrivant en 2003 à St-Pardoux-la-Riviere qu’elle a eu l’envie de faire quelque chose pour sa commune. Elle est alors agent de développement local : «Mon engagement s’est tout naturellement porté vers le local et est le fruit de ma rencontre avec Maurice Combeau qui m’a convaincu de m’investir pleinement». Élue conseillère municipale en 2008 sur la liste conduite par Michel Combeau, maire sortant, Juliette Nevers profite de ce premier mandat pour découvrir en interne la gestion d’une collectivité. Elle devient ensuite l’assistante parlementaire de Colette Langlade, députée de la Dordogne.

Une question de confiance et de personne

«Les idées frontistes se sont largement diffusées sur nos territoires. Cela passe en premier lieu par la remise en cause quasi-systématique des élus. C’est à nous, élus de gauche, de combattre au quotidien cette défiance. Nous devons faire usage de pédagogie pour neutraliser le sentiment d’abandon», ajoute Juliette Nevers. Elle explique devoir faire face aux inquiétudes des habitants dont certains ont l’impression de se retrouver éloigné des décisions. «Dans les territoires ruraux, l’importance de la communauté de communes n’a pas forcément été bien expliquée et entraîne une perte de repères, sur la place de la mairie mais aussi dans ses prises de décisions. C’est une strate locale supplémentaire alors que nous avons aussi dû défendre notre place au sein de la nouvelle grande région. explique-t-elle. Le négatif est malheureusement mis en avant, notamment auprès de notre population vieillissante ayant de petites retraites et souvent mise à l’écart», ajoute Juliette Nevers.

En 2014, la commune est passée au scrutin de liste et un ancien conseiller a monté une liste adverse. «Le clivage droite-gauche se fait ressentir durant la campagne même si dans nos petites communes c’est l’intérêt général qui prime et que le vote se fait plus sur les personnes, s’ils ont les compétences c’est un plus», explique Juliette Nevers, qui regrette le manque d’investissement des citoyens pour la gouvernance locale en dehors des périodes d’élections. Afin d’améliorer les relations entre habitants, Juliette Nevers souhaite mettre en place une équipe de bénévoles issus des différentes associations de la commune pour que «les uns puissent aider les autres».

Agir pour le local

En 2015, le candidat sortant, Pascal Bourdeau, vient la chercher pour former ensemble le binôme socialiste pour les élections départementales. «Je ne l’avais pas forcément prévu mais je me suis lancée. Le département, c’est quelque chose qui parle en zone rurale. Les gens y sont très attachés et pas uniquement pour les différentes aides qu’ils peuvent y trouver», précise Juliette Nevers. Benjamine de l’assemblée départementale, elle se félicite du choix politique de maintenir les aides aux communes ainsi que les contractualisations avec les communes et les intercos. Un projet porté par le département lui tient à cœur, celui des circuits courts dans la restauration collective. «Nous n’allons pas assez vite sur ce projet qui a déjà débuté il y a près de 10 ans dans les collèges de Dordogne. Nous devons impliquer plus d’établissements, notamment des hôpitaux, des maisons de retraite et des écoles». Un chef a été recruté afin d’apporter de la méthodologie. Il parcourt les cuisines collectives pour inciter les chefs à travailler avec des producteurs locaux. «Nous avons su inclure les produits bios dans les menus, à nous maintenant d’ajouter une patte locale», ajoute Juliette Nevers, qui souhaite avoir des résultats probants avant la fin du mandat. Elle travaille également au développement de l’économie locale par filière, à l’image de ce que la région a mis en place avec le cuir. «Cette méthode est transposable sur notre territoire. Nous devons également développer notre offre touristique, qui est sous-exploitée», conclut Juliette Nevers.

Julien Bossu