L’élu de la semaine : Loïc Gachon

Décloisonner les quartiers

Loïc Gachon est maire de Vitrolles, commune de la Métropole Marseillaise qui ne cesse de se forger une identité pour contrer la lie de l’extrême-droite

Loïc Gachon est né à Aix-en-Provence mais c’est à Vitrolles qu’il grandit après y être arrivé à l’âge de 10 ans. Enfant de l’éducation populaire, il a grandi dans une famille qui lui a donné le goût de l’engagement. « Mes parents sont des enseignants, aujourd’hui à la retraite. Ils se sont tous deux grandement impliqués dans le monde associatif. Mon père a même été élu à Vitrolles il y a des années », raconte Loïc Gachon qui a été président des Francas dans les Bouches-du-Rhône pendant quatre ans. Son attachement pour sa ville est profond. Plus jeune, il participe aux activités proposées par le service jeunesse de la commune. Plus tard, il en sera même un des animateurs. Puis, les études d’écologie scientifique l’éloignent de sa ville le temps de devenir ingénieur en environnement. Son engagement politique est également lié à un choc : celui de voir sa ville passer aux mains de l’extrême-droite en 1997. Loïc Gachon explique la défaite socialiste aux élections municipales par un manque d’identité des Vitrollais que le Front National a su exploiter et même surexploiter.

Se restructurer
Vitrolles est une ville nouvelle qui s’est développée autour d’axes routiers avec des quartiers qui communiquent peu entre eux. La dynamique qui accompagne le projet de ville nouvelle se tarit et la propagande menée par les Mégret a réussi à envoûter les électeurs. « Nous sommes marqués par le FN c’est à nous de tout faire pour dépasser cela. Aujourd’hui, nous sommes dans les eaux de ce qui se passe dans le département en termes d’électorat d’extrême-droite », explique-t-il. Son projet politique est simple : retrouver la place des citoyens dans le projet de territoire, avec justement un gros travail sur les questions d’identité. Il souhaite mettre en place cela « D’abord en engageant un décloisonnement des quartiers et un réaménagement urbain pour en finir avec l’organisation de l’espace datant des années 1970 ». Pour tenter d’expliquer le repli sur soi et le manque d’identité, Loïc Gachon parle d’une forme de syndrome des villes nouvelles : « Nous avons longuement échangé avec Hélène Geoffroy sur la situation de sa ville nouvelle de Vaux-en-Velin. On trouve de grandes similitudes dans le ressenti des habitants de nos deux communes ».
En 2002, il est sur la liste menée par Guy Obino, qui remporte les élections. « Ce mandat a été celui de la reconstruction de la ville après l’épisode Maigret. En mai 2009, le maire me demande d’être son premier adjoint et malheureusement, malade, il décède en octobre de la même année. Je lui ai donc succédé. Lors des municipales suivantes, la liste que je mène remporte l’élection. Et fait remarquable : le front républicain a fonctionné, le vote de droite s’est reporté sur nous », précise Loïc Gachon, qui a aussi été conseiller général jusqu’en 2015.

Redonner la parole aux citoyens
Loïc Gachon favorise la démocratie participative sur son territoire. Il a demandé aux habitants d’être force de proposition dans le projet d’élaboration du parc des amandiers. « Ce parc de deux hectares sera un lieu de connexion entre les habitants. Au lancement du projet, seulement une vingtaine de personnes ont manifesté leur intérêt. La semaine dernière nous étions plus de 150 pour le début de la plantation des arbres », explique Loïc Gachon qui ajoute que « la participation est le meilleur outil pour redonner la parole aux citoyens et cela passe par une implication concrète dans des choses simples ». Il a choisi d’articuler son action municipale autour du développement durable comme angle transversal entre les politiques sociales, de logement ou culturelles.
Afin de lutter contre l’obscurantisme, Loïc Gachon a fait de la jeunesse une priorité municipale avec des actions menées en faveur des jeunes et leurs familles. « Nous avons mis en place un conseil municipal des enfants. Tous les deux ans, tous les enfants du CP au CM2 votent au suffrage universel, dans les mêmes conditions que les adultes, pour leurs 30 représentants issus des élèves de CM1. Les enfants ont souvent un regard objectif et plein de bon sens. Cette initiative participe grandement à l’éveil à la citoyenneté. Ce sont les électeurs de demain », déclare le maire. Vitrolles fait également partie des villes qui ont maintenu la réforme des rythmes scolaires. « Nous sommes encore dans une phase d’observation. Les retours sont plutôt encourageants mais les pressions du monde enseignant et des parents sont importantes. Le choix sur la continuité de l’expérimentation sera fait en février prochain », précise Loïc Gachon.
Le troisième chantier engagé par Loïc Gachon est celui de l’économie. Vitrolles a aussi la particularité de ne pas être dans le modèle classique de la ville de banlieue qui a une relation travail-logement avec la ville centre. Vitrolles est une ville de près de 35 000 habitants dont 14 000 actifs et propose sur son territoire plus de 22 000 emplois. Malgré cette force économique, Loïc Gachon regrette de ne pas peser plus au sein de la métropole. « Marseille pèse pour moitié dans la représentation et, spécificité locale, elle est la ville pauvre et ce sont nous, les territoires qui devons lui venir en aide. Pour l’organisation et la gestion de l’après Gaudin rien n’est encore tranché. Nous pourrions avoir des surprises lors des prochaines élections », conclut Loïc Gachon.
Julien Bossu