L’élu de la semaine ; Alain Fontanel

 Alsacien, Strasbourgeois et Français

Il est le premier maire adjoint de Strasbourg, capitale européenne, et entend tourner vers l’avenir un patrimoine historique exceptionnel

Né en 1969, il a fait de brillantes études : Sciences-Po, un DEA en économie et finance internationales. De 1995 à 2003, il quitte la France pour le Vietnam « dans le cadre d’un programme français de transition de l’économie de ce pays à l’économie de marché. »

Un séjour décisif pour lui : il a découvert un pays, une culture mais, si loin de la France, il a surtout pris conscience de quelque chose… « Je me suis découvert alsacien, strasbourgeois et français. Je ne m’étais jamais posé ces questions avant mon départ. »

De retour, il intègre l’ENA, puis passe quelques années à la Cour des Comptes. Militant socialiste depuis 1986, il rencontre en 2007 Roland Ries, futur maire de Strasbourg : le courant passe entre les deux hommes et, en 2008, le voici adjoint aux finances et à l’évaluation des politiques publiques. Puis, en 2014, il devient premier adjoint en charge de la culture et du patrimoine. Il est plus à l’aise dans cette seconde mandature, et lâche dans un sourire : « C’est plus sympa ! Je peux dire oui de temps en temps, quand même… »

Premier adjoint, culture et patrimoine… un tel regroupement est suffisamment rare pour être souligné : « C’est une volonté forte du maire, en écho à notre histoire. La culture représente 25 % de notre budget, elle est sanctuarisée. On ne fait pas de la culture une variable d’ajustement, elle est un élément essentiel du vivre ensemble et du projet politique. »

Dépasser les clivages du passé

Ce qu’il avait ressenti au Vietnam, il le nourrit à son retour par ses rencontres et ses lectures multiples, intègre que Strasbourg s’ancre dans son histoire. Un passé rude, sur fond de guerres séculaires, d’annexions par l’Allemagne de 1870 à 1914 et pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce passé, il le comprend en se promenant dans la ville : « Notre patrimoine et nos pierres incarnent les vicissitudes de notre histoire », lance-t-il.

Il se tourne en permanence vers l’avenir, pour dépasser les clivages du passé. Il porte avec passion des grands projets qui vont marquer l’année 2017, « une année de réconciliation avec notre histoire », pour protéger davantage encore le patrimoine exceptionnel de la ville et le faire vivre. Avec un impératif, Strasbourg ne doit pas être qu’un musée : « C’est un piège, car on n’a pas les moyens d’entretenir des musées partout et, surtout, les bâtiments ne vivraient plus. L’enjeu, c’est de trouver à chaque fois des affectations, et des modèles économiques. »

L’avenir immédiat, pour lui, c’est Strasbourg capitale européenne et métropole transfrontalière, qui assume aujourd’hui son identité rhénane et franco-allemande, son passé, même quand il a été douloureux. 2017 en sera une étape décisive, autour de trois grands projets porteurs de symboles : la réouverture d’une ligne de tramway vers Kehl ; la réalisation d’une grande exposition « Strasbourg laboratoire d’Europe 1880-1930 » ; l’aboutissement de la candidature au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces trois projets, « non reliés à l’origine, s’emboîtent bien pour faire une histoire, pour mieux comprendre et réaffirmer ce que l’on est. » Ils permettront aussi de dépasser les clivages nés du passé.

Denis Lefebvre