L’éditorial de François Pupponi

Les nouveaux défis de la laïcité

Nous sommes confrontés, de manière croissante dans nos territoires, à un retour du fait religieux et à son expression dans l’espace public.
Il a beaucoup été question des signes religieux, qui ont pu troubler notre conception cloisonnée des sphères privée et publique.
Cette situation nous oblige à repenser notre rapport aux religions et notamment au culte musulman, vis-à-vis duquel il existe un malaise dans notre pays.
Nous devons mener un dialogue, serein et constructif, sur des aspects aussi variés que les rapports au sein de l’entreprise ou la formation des imams.
À Sarcelles, nous avons depuis longtemps développé un dialogue interreligieux, dans une ville où de nombreuses communautés religieuses coexistent. Ce dialogue permanent permet d’anticiper les crispations.
Ces difficultés, nous les retrouvons au quotidien dans nos relations avec nos administrés, avec le développement des revendications identitaires ou religieuses.
Elles peuvent prendre des formes diverses, allant de demandes d’associations pour une journée sans viande dans les cantines scolaires à des revendications plus marquées comme la demande de créneaux séparés dans un gymnase pour la pratique sportive.
Les élus sont trop souvent désarmés face à ces demandes et les Maires ont longtemps été laissés seuls dans leurs communes face à ces situations.
L’AMF a produit en 2015, un vade-mecum sur la laïcité et l’Observatoire de la laïcité a publié en 2016, un guide « Laïcité et collectivités locales ». Ces deux documents nous donnent des outils pour mieux connaître l’état du droit et répondre à ces revendications mais ne règlent pas toutes les problématiques rencontrées et pour lesquelles nous devons avoir une réflexion globale tant la laïcité entraîne parfois des contradictions.
On ne peut financer de lieux de culte au nom de la laïcité mais comment assurer alors le libre exercice du culte dans ce même esprit ? De la même manière, si une association demande des créneaux séparés, faut-il lui refuser au nom de la laïcité alors que dans le même temps ce même principe appelle à ne pas discriminer cette association ?
Le principe de laïcité peut-il être opposé à la recherche de l’universalité dans la mise en œuvre d’une politique publique alors que son application stricte entraîne de fait l’exclusion de certains de nos concitoyens.
Les enjeux sont complexes et nous devons engager une réflexion sans tabous sur cette question, le futur du vivre ensemble en dépend.
François Pupponi,
député du Val-d’Oise