L’éditorial d’André Laignel

  Faire entendre la voix des territoires

Le Congrès des maires de France qui s’ouvre mardi prochain avec une participation en forte hausse aura une dimension toute particulière. Tout d’abord parce qu’il s’agit de la 100e édition de ce rendez-vous primordial pour les communes, et plus largement les collectivités locales. Ensuite, parce que ce sera le premier Congrès des maires depuis l’installation de la nouvelle majorité issue des élections du printemps dernier. Le Président de la République a d’ailleurs confirmé sa présence en clôture de nos travaux jeudi 23. C’est peu dire que son intervention est attendue par tous les maires de France, tant les sujets de préoccupation s’accumulent depuis son entrée en fonction. À travers tout le territoire, je constate qu’un sentiment de colère, voire de résignation – ce qui est souvent bien pire – s’installe parmi les maires et leurs équipes. Les causes sont bien connues : une succession de mesures rétrécissant toujours un peu plus le champ des libertés locales et affaiblissant le rôle des communes. C’est évidemment le cas de la nouvelle cure d’économies de 13 milliards d’euros. Parce qu’elle intègre l’inflation et ne tient pas compte des efforts de gestion concédés par les collectivités, cette mesure va rapidement se traduire par une baisse brutale des ressources et une paralysie de l’investissement. Et qu’on ne nous parle pas de « contrat » ; dans quel genre de contrat les termes sont déjà figés et la signature automatique ? Il en va de même pour la suppression de la taxe d’habitation : quel élu sérieux peut croire à la fable de la compensation intégrale ? Les promesses sont légères comme l’air qui les porte alors que la disparition de l’autonomie fiscale est bien réelle. Autre exemple : la restriction du recours à l’emprunt alors même qu’aucune collectivité n’est en faillite et que les dispositifs de contrôle existent déjà. Quand on sait que nos budgets doivent être votés à l’équilibre, il apparaît que c’est avant tout une mesure vexatoire. Sans parler de la baisse du nombre d’élus locaux, dont l’écrasante majorité est bénévole.

Bref, comme maire, comme Premier vice-président de l’AMF, mais surtout comme élu socialiste, je ne peux que déplorer ce qui s’apparente à une remise en cause substantielle de la décentralisation telle que nous l’avons impulsée avec François Mitterrand. L’avenir de la décentralisation : ce n’est là rien de moins que l’enjeu de notre Congrès et j’invite tous les maires à participer pour faire entendre la voix des territoires.

André Laignel,
premier vice-président
de l’Association des maires de France,
maire d’Issoudun