L’éditorial, par Boris Vallaud

Refaire du commun dans notre société

Cette XVe législature est inédite avec l’installation du premier « Parlement du non-cumul ». Un défi et une audace ! Cette réforme inventée par l’ancien monde, conçue comme un progrès de la démocratie ouvrant la voie à une nouvelle ère dans les relations entre les collectivités territoriales et les parlementaires, surgit aujourd’hui dans un contexte politique radicalement nouveau. Le nouveau monde se défie des partis, des syndicats, des corps intermédiaires, des collectivités, des élus et des contre-pouvoirs d’une manière générale. Toute opposition est nécessairement cynique, tout désaccord refus de regarder le monde en face.
Dans l’ancien monde nous n’avions pas imaginé inaugurer ces relations nouvelles par une réforme institutionnelle conduisant à réduire le nombre des parlementaires et à les éloigner des territoires et de leurs élus, eux-mêmes trop nombreux… et de toutes évidences inefficaces et clientélistes…
Alors que notre pays est fracturé comme il ne l’a pas été depuis longtemps, alors que des radicalités politiques et sociales nouvelles voient le jour, alors que nombre de nos concitoyens font sécession, les élus, tous les élus, ont à cœur chaque jour, de retisser les fils d’une société qui doit être notre espace de vie commun.
Les élus locaux développent au plus près des Françaises et Français des politiques publiques qui touchent à tous les aspects de la vie, pendant que les parlementaires doivent œuvrer à l’élaboration de lois qui doivent retrouver leur rôle de normes communes, et non de slogan de communication pour des segments d’électorats.
C’est en ayant conscience de nos rôles différents, mais qui se retrouvent autour de ce souci identique de refaire du commun dans notre société, que nous pouvons et devons imaginer ce nouveau dialogue entre le parlement et les collectivités territoriales, entre les parlementaires et les élus locaux.
Quels soucis de la force et du dynamisme de notre société quand on légifère par ordonnance pour organiser l’affaiblissement et le contournement des organisations syndicales dans les entreprises ? Les élus locaux comme les parlementaires savent l’importance d’une société civile organisée et dynamique.
Quelle conception de l’aménagement du territoire, de la ville et de son urbanisme, quand l’État fait des économies sur le dos des bailleurs sociaux ?
Quelle conception des services publics quand l’État stigmatise les fonctionnaires avec la réintroduction du jour de carence dont nous savons d’expérience qu’il ne fera pas faire d’économie, en remettant en cause des accords négociés comme le PPCR ?
Quelle conception des Françaises et des Français, quand l’État décrète que les emplois aidés sont inutiles, ne sont pas de vrais emplois ?
Tous les élus socialistes et républicains, qu’ils soient élus territoriaux ou parlementaires, doivent dans les années qui viennent, reconstruire ce qui leur est commun, en profitant de cette réforme du non-cumul pour inventer de nouvelles collaborations. C’est sur ce chemin que nous élaborerons conjointement, en articulant enjeux législatifs et de politiques publiques, les propositions de la nouvelle gauche pour les Françaises et les Français.

Boris Vallaud,
député des Landes